Réparer un piano soi-même : ce qu'on fait, ce qu'on laisse
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Réparer un piano soi-même, c'est possible pour tout ce qui se passe à l'extérieur de l'instrument : nettoyer les touches et le meuble, surveiller l'humidité de la pièce. Tout le reste se laisse à un technicien : l'accord, les cordes, la mécanique, les pédales. La consigne de ne pas réparer soi-même est écrite noir sur blanc par les fabricants et par les techniciens eux-mêmes.
Pourquoi les fabricants déconseillent-ils de réparer un piano soi-même ?
La Piano Technicians Guild, l'association américaine des techniciens du piano, l'écrit sans détour dans ses règles d'entretien : « Do not perform repairs yourself ». Elle ajoute que les réparations d'amateur ratées coûtent en général bien plus cher à corriger que la panne de départ. Steinway & Sons va dans le même sens sur sa page d'entretien : accord, harmonisation, réglage et réparations reviennent à un technicien qualifié.
La raison tient d'abord dans les cordes. Un piano courant en compte environ 230, chacune tendue en moyenne de 60 à 100 kilogrammes-force, soit une tension cumulée qui peut atteindre 20 tonnes, selon Nippon Steel SG Wire, fabricant japonais de fil d'acier. Une erreur de tension ne se rattrape pas d'un coup de clé : chaque corde porte sa part de cette charge.
Vient ensuite la mécanique, ce que les techniciens appellent l'action : l'ensemble des leviers, feutres et ressorts qui transforment l'appui sur une touche en frappe du marteau. Chaque pièce est réglée par rapport aux autres. La vidéo de Steinway tournée dans son usine montre à quel point ce travail est minutieux.

Les gestes d'entretien sans risque, à faire soi-même
Au propriétaire reviennent des gestes simples, que les fabricants et la Piano Technicians Guild décrivent ainsi.
- Nettoyer les touches avec un chiffon à peine humide, puis les sécher aussitôt, sans laisser l'eau couler sur les côtés. Yamaha conseille une eau très légèrement savonneuse et proscrit tout nettoyant à base d'alcool, qui peut décolorer ou fendre les touches avec le temps.
- Essuyer le meuble avec un chiffon doux et sec. Steinway écarte les produits pour meubles, qui contiennent des cires et parfois du silicone ; la Piano Technicians Guild bannit tout aérosol, dont le nuage peut se déposer sur les cordes, les chevilles et la mécanique.
- Ne rien poser de liquide sur le piano, ni verre ni vase, et glisser un feutre sous les objets pour ne pas rayer le vernis.
- Bien placer l'instrument : loin des fenêtres, des portes donnant sur l'extérieur et des radiateurs, hors du soleil direct. Fermer le couvercle quand on ne joue pas garde la poussière dehors.
Reste l'humidité, à suivre avec un hygromètre posé près du piano, et sur laquelle les chiffres varient d'une marque à l'autre. Steinway recommande une température stable d'environ 20 °C et une humidité relative de 45 à 70 % ; Yamaha vise 35 à 55 %, avec 45 % comme repère. Les deux insistent sur la même chose : éviter les variations brusques, surtout en période de chauffage, où Steinway conseille un humidificateur.
Réparer une touche de piano qui coince : ce que l'on peut tenter
Une touche qui reste enfoncée ou remonte mal fait peur. Elle n'annonce pourtant pas toujours une panne. Chez Yamaha, le responsable des services piano cité sur le blog de la marque désigne l'humidité, plus que le chaud ou le froid, comme la cause habituelle des touches qui collent ou qui grincent. Le premier réflexe est donc de regarder l'hygromètre : le bois et les feutres gonflent quand l'air est trop humide.
Deuxième cas : un objet tombé. Une pièce de monnaie, une agrafe, un capuchon de stylo se glissent entre deux touches. S'il est visible et qu'on l'attrape du bout des doigts, le simple bon sens permet de le retirer, sans outil et sans forcer. S'il a disparu sous le clavier, on s'arrête là : fermez le couvercle du clavier, ne jouez plus la touche et signalez-le en prenant rendez-vous. Pour l'atteindre, il faut ouvrir le meuble, et l'on touche alors à l'intérieur du piano, que la Piano Technicians Guild réserve au technicien.
Si la touche coince après quelques jours d'air plus sec, ou si plusieurs touches voisines sont touchées, notez-le : c'est une information précieuse pour la personne qui viendra.
Pourquoi l'accord reste-t-il le travail de l'accordeur ?
Yamaha ne nuance pas : l'accord est une chose que l'on ne doit surtout pas tenter soi-même, au risque d'abîmer l'instrument. Accorder, c'est régler la tension de chaque corde en tournant sa cheville. Or la plupart des notes du piano sont jouées par deux ou trois cordes, qui doivent s'accorder entre elles avant de s'accorder avec le reste du clavier. Une application d'accordeur sur un téléphone affiche une fréquence ; elle ne dit rien de la tenue de la cheville dans le bois, ni de ce qu'une corde ancienne supportera.
Un piano resté longtemps sans accord demande souvent, selon la Piano Technicians Guild, une remise au diapason, c'est-à-dire une remontée générale de la tension avant l'accord proprement dit. Pour un instrument resté muet très longtemps, notre article sur un piano désaccordé depuis vingt ans revient sur l'état des cordes, des chevilles et du sommier avant tout accord.
Quant à la fréquence, les marques ne disent pas tout à fait la même chose. Yamaha demande au moins un accord par an, deux ou plus pour un piano neuf ou très joué. Steinway recommande des accords fréquents la première année, le temps que les cordes se stabilisent, puis au moins deux par an.
Corde, pédale, mécanique : ce que seul le technicien répare
Changer une corde, c'est remettre sous tension un fil d'acier à côté de ses voisines déjà tendues, puis le faire tenir à l'accord : chaque étape demande l'outil et l'oreille du métier. Il en va de même pour le réglage, qui consiste à ajuster la course des touches, la position des marteaux et des étouffoirs, et pour l'harmonisation, qui travaille le feutre des marteaux pour égaliser le timbre d'une note à l'autre.
Les pédales semblent plus accessibles. Une pédale qui grince donne envie de sortir la burette. Yamaha répond « Don't do it! » : pas de lubrifiant pulvérisé au hasard, c'est au technicien de trouver l'endroit réel du problème. Pour comprendre ce que chacune fait avant de décrire le problème, notre article sur les trois pédales du piano aide à mettre des mots justes. Pour un déménagement, la Piano Technicians Guild et Steinway demandent tous deux de faire appel à des déménageurs spécialisés.
Ce savoir-faire s'apprend en France notamment par le CAP accordeur de pianos, préparé en deux ans selon l'Onisep, qui forme à l'accord, à l'harmonisation, au réglage et à la réparation. Pour une restauration complète d'un piano ancien, les mêmes précautions valent que pour tout instrument d'époque : notre article sur les erreurs à éviter quand on restaure un instrument ancien les passe en revue.
Bien préparer la visite de l'accordeur ou du technicien
Ce que vous pouvez faire de plus utile tient dans un carnet. Quelle note, quelle touche, depuis quand ? Le problème est-il apparu après un déménagement, une semaine de chauffage, un été humide ? Quelle humidité affiche l'hygromètre ? Ces réponses orientent le diagnostic, et le prix se discute ensuite sur devis, selon ce que le technicien trouve.
Et quand le piano est de nouveau accordé, rejouez un morceau que vous connaissez par cœur. Vous l'entendrez autrement. Puis écoutez le contraire : l'histoire d'un piano qu'on n'accorde jamais, volontairement, montre ce que la justesse change à une musique.


