Pourquoi choisir une guitare électro-acoustique ?
mis à jour le 5 min de lecture

On choisit une guitare électro-acoustique pour se faire entendre : jouer devant du monde, enregistrer sans micro, tenir sa place à côté d'instruments amplifiés. C'est une guitare acoustique ordinaire, à laquelle on a ajouté un capteur et, le plus souvent, un préampli ; débranchée, elle sonne comme n'importe quelle acoustique. Pour jouer seul chez soi sans enregistrer, elle n'apporte donc rien de plus. Le plus bel exemple tient dans un titre trompeur : à « MTV Unplugged », littéralement « débranché », la guitare de Kurt Cobain était branchée. Pour un comparatif point par point, voyez les différences entre guitare acoustique et électro-acoustique ; ici, on regarde comment elle fonctionne et à qui elle sert.
Comment fonctionne une guitare électro-acoustique ?
La corde vibre, transmet sa vibration au chevalet, puis à la table, et la caisse fait résonner le tout. L'électro-acoustique ne touche pas à ce trajet. Elle y greffe un capteur, qui traduit une vibration en un faible signal électrique, puis un préampli, le circuit qui renforce ce signal, le met en forme et l'envoie par la prise jack vers un ampli ou une table de mixage.
Le système Classic 4 de Fishman, monté sur des guitares Martin, montre à quoi cela ressemble. Son capteur est placé sous le sillet de chevalet, d'après son guide d'utilisation ; le préampli aligne un volume et quatre curseurs (graves, médiums, aigus, brillance) et tourne sur une pile de 9 volts. Quand la pile s'épuise, seul le son amplifié est touché : la guitare continue de sonner en acoustique.
Piézo, micro magnétique, capteur de table : trois façons de capter
| Capteur | Où il se trouve | Ce qu'il entend |
|---|---|---|
| Piézo sous le sillet | Sous la petite barrette du chevalet où reposent les cordes | Les cordes seulement, pas l'air qui résonne dans la caisse, selon Yamaha ; un son clair et net |
| Micro magnétique | Fixé dans la rosace, sous les cordes | Le mouvement des cordes métalliques ; il reste muet avec des cordes en nylon, qui ne réagissent pas à un aimant, rappelle Fishman |
| Capteur de table ou micro interne | Contre la table, ou dans la caisse | La vibration du bois, ou l'air de la caisse : on cherche à rendre la résonance de l'instrument |
Les fabricants marient souvent plusieurs capteurs. Le système Atmosfeel de Yamaha réunit ainsi un piézo sous le chevalet, une feuille sensible collée sous la table et un petit micro dans la caisse. Taylor, sur son Expression System 2, place le sien derrière le sillet plutôt que dessous.

Ce que la prise jack change, sur scène et à la maison
Sans capteur, une guitare acoustique s'amplifie avec un micro sur pied, placé devant la rosace. Le guitariste reste alors planté face à ce micro, qui entend aussi la voix, la batterie et la salle. Branchée, la guitare part directement vers la sono ou vers un ampli pour guitare acoustique : on peut bouger sans que le volume varie, et l'on corrige le son depuis l'instrument.
Le même câble sert chez soi. Une carte son suffit pour enregistrer une idée de chanson sans se soucier de l'acoustique de la pièce, même si le capteur n'a pas la profondeur d'un bon micro bien placé ; pour une prise soignée, voyez comment enregistrer un instrument acoustique de manière professionnelle. La prise ouvre enfin la porte aux effets : une réverbération, un écho ou un boucleur (un looper, qui rejoue en boucle ce qu'on vient de jouer) se placent entre la guitare et l'ampli, comme pour une électrique.
Kurt Cobain à « MTV Unplugged » : une acoustique branchée
Le 18 novembre 1993, à New York, Nirvana enregistre son concert pour MTV. Cobain joue une Martin D-18E de 1959, achetée quelques semaines plus tôt. Martin n'avait pas dessiné de nouveau modèle : la marque avait vissé deux micros magnétiques et des boutons de réglage sur une caisse existante. Cobain y fait ajouter un micro de rosace Bartolini, puis relie la guitare à un ampli Fender Twin Reverb qui lui sert de retour, que la production dissimule aux caméras derrière un cache, raconte le magazine Guitar.com.
Le disque sonne boisé, presque à nu ; l'instrument, lui, passe par des micros et un ampli. Cette Martin a été vendue en juin 2020 chez Julien's Auctions, à Beverly Hills, pour 6 millions de dollars, un record pour une guitare à l'époque, selon CBS News.
L'effet Larsen, une limite que le capteur ne supprime pas
L'effet Larsen, c'est le sifflement qui monte quand le son de l'enceinte revient dans le capteur, ressort amplifié, puis revient encore. Une électro-acoustique n'y échappe pas : sa caisse reste creuse et sa table vibre. Plus le volume monte, plus la boucle se forme vite : c'est sur scène, ampli ou retours tout près, qu'elle devient un problème.

Dans une chronique de juillet 2007 pour Premier Guitar, le guitariste Joe Coffey raconte avoir essayé un obturateur de rosace en caoutchouc plein. Le Larsen s'arrête, mais il y perd du son et du sustain (la durée pendant laquelle une note tient), et son guitariste soliste lui trouve un côté banjo. Un modèle ajouré, qui laisse passer l'air, lui coûte bien moins de son. Pour le reste, il s'éloigne de l'ampli et des retours, étouffe les cordes et ne pousse pas le volume ; couper les graves à l'égaliseur, il le réserve au dernier recours. Le guide du Classic 4 propose une autre piste : creuser franchement les médiums, un réglage qui convient aux forts volumes et aide à limiter le Larsen.
Faut-il une guitare électro-acoustique pour débuter ?
Pour apprendre, non. On progresse grâce au confort du manche, à la hauteur des cordes et à la justesse, et le capteur n'y change rien. À budget égal, une partie du prix d'une électro-acoustique paie l'électronique, quand une acoustique sans capteur peut le consacrer à la fabrication. Elle se justifie dès le départ si un groupe, une chorale ou une scène ouverte est déjà en vue. Les critères de base sont réunis dans notre guide pour bien choisir sa première guitare.
Comment choisir une guitare électro-acoustique ?
- L'essayer branchée : un capteur se juge à l'oreille, amplifié, pas sur une fiche produit.
- Regarder le préampli : un réglage de graves et d'aigus au minimum, parfois des médiums, un accordeur intégré qui évite un accessoire de plus.
- Repérer la pile : un logement qui s'ouvre sans outil se change en coulisses. Sur le Classic 4, le préampli s'allume dès qu'un câble entre dans la prise, et Fishman compte environ 300 heures par pile ; laisser le jack branché pendant des jours, c'est la vider.
- Ne pas confondre forme et électronique : un pan coupé, cette échancrure de la caisse sous le manche, facilite l'accès aux notes aiguës, sans rien à voir avec le capteur.




Remettez « MTV Unplugged in New York » et écoutez les cordes claquer en sachant qu'un micro les attend dans la rosace. Puis comparez avec le son saturé des albums studio, en lisant notre face-à-face « In Utero » contre « Nevermind » : la même voix, cette fois sans chercher à cacher l'électricité.


