Pédale piano : à quoi servent les trois pédales ?

Clavier d'un piano noir vu d'en haut, avec ses trois pédales dorées et une banquette en cuir

Une pédale de piano ne vient presque jamais seule : il y en a le plus souvent trois, et chacune agit sur les cordes à sa façon. À droite, la pédale de sustain laisse les notes résonner après qu'on a levé les doigts. À gauche, la pédale douce adoucit le son. Au milieu, tout dépend de l'instrument : sur un piano à queue, elle ne prolonge que certaines notes ; sur un piano droit, elle sert le plus souvent à jouer en sourdine. Et sur un piano numérique, l'effet dépend surtout de la pédale que l'on branche. Voici ce que fait chacune, comment s'en servir et ce qu'il faut vérifier avant d'acheter une pédale pour piano numérique.

À quoi servent les pédales d'un piano ?

Sous le couvercle, chaque note est frappée par un marteau, puis un étouffoir retombe sur les cordes quand on relâche la touche : le son s'arrête. Les trois pédales modifient ce mécanisme, et Yamaha le résume ainsi dans son guide sur le fonctionnement du piano : chacune est conçue pour changer le son de l'instrument d'une certaine manière.

La première prolonge, la deuxième adoucit, la troisième trie ou étouffe. Tout l'intérêt est là : tenir un son que les doigts ne peuvent plus tenir, ou changer la couleur d'un passage sans changer de toucher.

La pédale de sustain, celle qu'on utilise le plus

La pédale de droite porte plusieurs noms : pédale de sustain, pédale forte, pédale de résonance, ou damper en anglais. Son rôle est le même partout. Selon Yamaha, elle soulève tous les étouffoirs de toutes les cordes, qui vibrent alors librement. Kawai ajoute, dans sa page d'aide sur les pédales, que les autres cordes se mettent aussi à vibrer par sympathie : c'est ce halo qui donne au piano son ampleur quand la pédale est enfoncée.

Le revers est connu. Si l'on garde la pédale pendant un changement d'accord, les deux harmonies se mélangent et le son devient brouillé. La technique de base, souvent appelée pédale de liaison ou pédale syncopée, consiste à décaler le pied par rapport aux mains :

  1. jouer le premier accord, puis enfoncer la pédale juste après ;
  2. au moment de jouer l'accord suivant, relever la pédale ;
  3. la renfoncer aussitôt après l'attaque, pendant que les doigts tiennent encore les touches.

Les étouffoirs ont ainsi le temps de couper l'ancien accord, et le nouveau est pris dans la résonance sans trou entre les deux. Ce décalage se travaille sur des accords simples, très lentement, en écoutant si le son se brouille ou s'il se coupe.

Pédale douce et pédale du milieu : piano à queue ou piano droit ?

Les deux autres pédales ne font pas la même chose selon le type de piano. Le guide de Yamaha le dit sans détour : sur un piano droit, deux des pédales portent un autre nom et fonctionnent un peu autrement. Seule la pédale de droite agit de la même façon partout. Mettons côte à côte ce qu'on croit et ce que fait vraiment chaque pédale.

PédaleCe qu'on croitPiano à queuePiano droit
Gauche (douce)Elle baisse le volumeUna corda : tout le clavier et la mécanique glissent un peu vers la droite, les marteaux peuvent ne pas frapper toutes les cordes et les touchent avec une partie plus tendre de leur tête ; c'est le timbre qui changeLes marteaux se rapprochent des cordes, ce qui réduit légèrement le volume
MilieuUne seconde pédale de sustainPédale tonale (sostenuto) : seules les notes déjà enfoncées au moment où l'on appuie restent tenues, les suivantes ne le sont pasLe plus souvent une sourdine : une bande de feutre descend entre les marteaux et les cordes et étouffe le son
Droite (sustain)Elle rend le son plus fortElle lève tous les étouffoirs : les notes continuent de sonner après le relâchement des touches

La pédale douce se réserve donc d'abord aux passages pianissimo, comme le précise Kawai, quand on cherche une couleur plus feutrée. La pédale tonale sert dans un autre cas : tenir une basse ou un accord pendant que les mains jouent autre chose de plus détaché, sans tout noyer dans la résonance. Le magazine Pianist consacre une leçon filmée à ces deux pédales, avec le professeur Graham Fitch.

Piano Lesson on the Una Corda and Sostenuto Pedals

Quelle pédale choisir pour un piano numérique ?

Un piano numérique n'a pas de cordes : la pédale envoie un signal, et c'est l'instrument qui imite l'effet. Yamaha distingue, dans la fiche officielle de sa pédale FC3A, les simples interrupteurs FC5 et FC4A, qui sont soit enfoncés soit relâchés, et la FC3A, qui transmet une valeur continue : on peut ne tenir les notes qu'en partie selon la profondeur à laquelle on enfonce la pédale. C'est ce qu'on appelle la demi-pédale.

Cette nuance ne sert que si l'instrument sait la lire : avant d'acheter, il faut donc chercher « demi-pédale » ou half-damper dans la notice de son propre instrument. Pour les pianos qui ont trois prises, la marque vend aussi un pédalier à trois pédales, le LP-7A, qui assure sustain, tonale et pédale douce avec effet de demi-pédale. Kawai indique de son côté que ses pianos numériques reproduisent la pédale tonale et la pédale douce. Si le choix de l'instrument lui-même n'est pas encore fait, notre article pour choisir entre un piano acoustique et un piano numérique pose les critères, et celui sur la place prise par les pianos numériques explique leur succès.

Pédale de sustain inversée : pourquoi et comment corriger ?

Le son reste tenu quand le pied est levé, et se coupe quand on appuie ? La pédale n'est pas forcément en panne. Yamaha explique, dans sa fiche sur la pédale de sustain inversée, que le fonctionnement peut s'inverser si la pédale est enfoncée pendant la mise sous tension : l'instrument prend alors la position appuyée pour la position de repos. La correction est simple : éteindre le clavier, débrancher puis rebrancher la pédale, et rallumer sans la toucher. Si cela ne suffit pas, Yamaha conseille une réinitialisation d'usine, décrite dans la notice de chaque modèle.

Écouter le pied du pianiste

Les pédales ne s'entendent pas comme des notes, et c'est pour cela qu'on les oublie. Pour les entendre, le plus parlant est de prendre un morceau qu'on connaît déjà et de l'écouter en ne suivant que les fins de phrase : là où le son s'éteint net, la pédale vient de remonter. Les morceaux de piano classique pour débutants s'y prêtent bien, parce que leur écriture laisse entendre chaque changement d'harmonie. Et pour relier ce travail du pied au reste du jeu, notre article sur l'art de jouer du piano de manière expressive prend le relais.

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