Piano classique débutant : quels morceaux jouer d'abord ?
mis à jour le 6 min de lecture

En piano classique, un débutant peut commencer par trois morceaux que l'éditeur de partitions Henle classe parmi les plus accessibles : le Menuet en sol du cahier d'Anna Magdalena Bach, les premières pièces de l'Album pour la jeunesse de Schumann et la Gymnopédie n° 1 d'Erik Satie. La Lettre à Élise vient juste après. La sonate que Mozart destinait lui-même aux débutants arrive bien plus tard qu'on ne le croit, et c'est elle qui donne son fil à cette liste.
Comment savoir si un morceau de piano classique est à votre portée ?
Les listes de « morceaux faciles » se recopient souvent sans dire sur quoi elles reposent. Celle-ci suit une échelle publique : les niveaux de difficulté de Henle, éditeur allemand de partitions Urtext, c'est-à-dire établies d'après les manuscrits et les premières éditions. Chaque pièce y reçoit une note de 1 à 9, répartie en trois paliers : facile de 1 à 3, moyen de 4 à 6, difficile de 7 à 9. Le niveau 1 désigne des pièces jouables, idéalement, après environ un an de bon enseignement du piano.
Henle prévient lui-même que ce classement reste relatif et subjectif, et qu'en cas d'hésitation son auteur retient la note la plus basse. Un niveau ne promet donc pas qu'un morceau sera prêt en une semaine. Il permet de comparer deux pièces entre elles, et cela suffit pour bâtir un ordre de travail.
Le Menuet en sol, porte d'entrée du cahier d'Anna Magdalena Bach
Bach a offert à sa femme, Anna Magdalena, deux cahiers de musique écrits à la main. Le second, daté de 1725, rassemble des pièces pour clavier de styles très variés, de Bach et d'autres compositeurs, selon la présentation de l'édition Henle. On y trouve le Menuet en sol majeur, catalogué BWV Anhang 114, et le menuet qui le suit dans le catalogue, BWV Anhang 115. Henle place l'un et l'autre au niveau 1, le plus bas de son échelle.
Le nom imprimé sur la partition mérite un détour. Ce menuet a longtemps porté celui de Bach ; des recherches plus récentes l'attribuent à un autre musicien, Christian Petzold, comme le rappelle Classic FM. La radio britannique le reconnaît d'ailleurs : le monde entier continue de dire « le Menuet en sol de Bach ». Pour le débutant, l'intérêt reste le même. La main droite porte la mélodie, la main gauche lui répond sur une seule ligne de notes, et la danse tient en deux courtes parties, chacune reprise.
Schumann et l'Album pour la jeunesse, un cadeau pour sa fille
Robert Schumann publie en 1848 son Album pour la jeunesse, opus 68, d'après la présentation de l'édition Henle. L'éditeur rappelle que le recueil n'était d'abord conçu que comme un album d'anniversaire pour sa fille Marie. Les premiers titres parlent d'ailleurs la langue d'un enfant : « Melodie », « Soldatenmarsch » (marche de soldats), « Trällerliedchen » (petite chanson qu'on fredonne), « Stückchen » (petit morceau).
Ces quatre pièces, les n° 1, 2, 3 et 5, sont classées au niveau 2 par Henle. Le n° 4, « Ein Choral », puis les n° 6 à 10, parmi lesquels « Wilder Reiter » (le cavalier sauvage) et « Fröhlicher Landmann, von der Arbeit zurückkehrend » (le joyeux paysan, de retour du travail), passent au niveau 3. Ici, « facile » a un sens très concret : Schumann pensait à une petite fille de la maison, pas à une salle de concert, et l'ordre du recueil permet de progresser sans quitter le même compositeur.
Pourquoi la Gymnopédie n° 1 de Satie convient-elle aux débutants ?
Erik Satie commence ses Gymnopédies en 1888 et 1889, selon la chronologie de Henle, qui voit dans ces trois miniatures le premier témoignage de son idée d'une « nouvelle simplicité ». Les trois sont classées au niveau 2. Classic FM rappelle que la première est marquée pour être jouée lentement.
La difficulté, ici, ne se loge pas dans les doigts. La main gauche alterne une note grave et un accord, la main droite pose une mélodie longue au-dessus, et tout repose sur la régularité du pas et sur la qualité du son. Une page simple laisse entendre chaque inégalité, ce que les pièces rapides masquent plus volontiers. Pour lier ces accords sans brouiller l'harmonie, le pianiste s'appuie sur la pédale ; notre article sur l'usage des pédales du piano détaille ce geste.
La Lettre à Élise, à la limite haute du palier facile
La Bagatelle en la mineur WoO 59, que tout le monde appelle Lettre à Élise, est classée au niveau 3 par Henle. Le sigle WoO signifie « Werk ohne Opuszahl », œuvre sans numéro d'opus. La pièce reste donc dans le palier facile, mais tout en haut. Le thème que l'on fredonne revient plusieurs fois, et ce sont les épisodes placés entre ses retours qui demandent davantage : c'est souvent là qu'un débutant s'arrête, après avoir appris le début.
Même le titre reste incertain. Henle pose la question sans détour : faut-il lire « Elise » dans la dédicace du manuscrit autographe, ou « Therese » ? Le prénom que l'on chante sans y penser n'est peut-être pas le bon. Pour replacer cette page dans la vie du compositeur, notre article sur la surdité de Beethoven retrace ce que l'on sait de son audition au fil des années. Un tutoriel vidéo consacré au morceau :

Pourquoi la Sonata facile de Mozart n'est-elle pas si facile ?
En 1788, Mozart inscrit dans le catalogue de ses œuvres une « kleine klavier Sonate für anfänger », une petite sonate pour piano destinée aux débutants : c'est la Sonate en do majeur K. 545, surnommée Sonata facile (Henle). On peut lui prêter une réplique, inventée ici pour l'occasion : « Pour débutants, ai-je écrit. Pas pour débutants pressés. »
Henle ne se laisse pas prendre au surnom. L'éditeur écrit que la sonate n'est « pas du tout si facile » à jouer et la classe au niveau 5, au milieu du palier moyen, le niveau qu'il donne aussi à la Sonate K. 283 du même Mozart. Le premier mouvement enchaîne gammes et traits rapides qui doivent rester égaux du début à la fin, sans rien pour les cacher.
Pour un débutant, la Sonata facile est donc un objectif, pas un point de départ. Entre les deux, Henle range au niveau 3 la Sonate op. 49 n° 2 de Beethoven, qui fait une étape plus mesurée. Et une fois la sonate de Mozart en main, le répertoire présenté dans notre sélection de morceaux classiques pour pianistes avancés devient la suite naturelle.
Dans quel ordre travailler ces morceaux de piano classique ?
Le tableau reprend les pièces citées, de la plus accessible à la plus exigeante, avec le niveau publié par Henle. Il y ajoute un recueil que l'éditeur cite lui-même en exemple de niveau 1 : les pièces n° 1 à 35 du Mikrokosmos de Béla Bartók.
| Morceau | Compositeur | Niveau Henle (1 à 9) |
|---|---|---|
| Menuet en sol majeur, BWV Anhang 114 | Christian Petzold (longtemps attribué à Bach) | 1 |
| Mikrokosmos, pièces n° 1 à 35 | Béla Bartók | 1 |
| Album pour la jeunesse op. 68, n° 1, 2, 3 et 5 | Robert Schumann | 2 |
| Gymnopédie n° 1 | Erik Satie | 2 |
| Bagatelle WoO 59, Lettre à Élise | Ludwig van Beethoven | 3 |
| Sonate op. 49 n° 2 | Ludwig van Beethoven | 3 |
| Sonate K. 545, Sonata facile | Wolfgang Amadeus Mozart | 5 |
Cet ordre n'est pas un calendrier. Il ne dit rien du temps que demandera chaque pièce, qui dépend de chacun, de sa pratique et de son professeur. Il évite seulement l'erreur la plus répandue dans les listes pour débutants : mettre côte à côte un menuet de niveau 1 et une sonate de niveau 5 parce que l'un et l'autre portent l'étiquette « classique connu ».
Avant de poser les mains sur le clavier, réécoutez le Menuet en sol en suivant seulement la main gauche : une ligne seule, presque discrète, qui tient pourtant toute la danse. Puis, le jour où la sonate de Mozart vous semblera à portée, lisez notre article sur le jeu expressif au piano : à ce stade, la question ne sera plus de trouver les notes, mais de leur donner une couleur.


