Rythmique batterie : apprendre les rythmes complexes
mis à jour le 6 min de lecture

Le meilleur moyen d'apprendre un rythme complexe à la batterie, c'est de le démonter. Comptez la subdivision à voix haute, isolez le coup qui vous fait trébucher, jouez les membres deux par deux, et ralentissez le métronome jusqu'à ne plus faire une seule erreur ; vous n'accélérez qu'ensuite. Le déplacement d'accent et le découpage des mesures impaires viennent par-dessus, pour que la rythmique batterie la plus touffue devienne une suite de gestes simples que vous savez déjà faire.
Ce qui suit part d'un motif réel et le démonte dans l'ordre où on le travaille, seul, sur un kit ou sur un pad.
Pourquoi un rythme de batterie paraît-il complexe ?
Un rythme ne semble difficile que pour quatre raisons, souvent mélangées. Les notes tombent sur des subdivisions fines (doubles croches, triolets) que l'oreille ne situe pas tout de suite. Quatre membres jouent quatre choses différentes en même temps. Des accents tombent à contretemps, là où le corps ne les attend pas. Ou la mesure elle-même est impaire : cinq, sept, neuf temps.
Repérer laquelle de ces raisons vous bloque indique quoi travailler. Une grosse caisse décalée ne se travaille pas comme un 7/8. Écoutez le passage plusieurs fois avant de toucher les baguettes, et nommez la difficulté.
Compter la subdivision à voix haute, la base de toute rythmique
Compter, c'est poser une grille sous le rythme. En doubles croches, chaque temps se dit en quatre syllabes, « un, e, et, a », à la façon des méthodes anglo-saxonnes ; en triolets, en trois, « un, tri, olet » ou simplement « un, deux, trois ». La voix tient la grille, les mains et les pieds viennent s'y accrocher. Chaque coup a alors une adresse précise : le coup de grosse caisse n'est plus « un peu avant le deux », il est sur le « a » du un.
Comptez fort, vraiment à voix haute, même quand cela paraît ridicule : c'est la voix qui vous dira où le motif se décale. Pour noter ces adresses sur papier et les relire plus tard, la méthode est détaillée dans notre article sur comment lire une partition de batterie.
Démonter un rythme complexe en cinq étapes
Prenons un exemple courant en funk : charleston en croches, caisse claire sur le deux et le quatre, et une grosse caisse en doubles croches décalées, sur le un, sur le « a » du un et sur le « e » du trois. Chaque membre, pris seul, est simple. C'est leur rencontre qui accroche, presque toujours au même endroit. Lentement : c'est le mot qui revient à chaque étape, parce qu'à tempo lent le cerveau a le temps de construire le mouvement au lieu de le subir.
- Situer chaque coup sur la grille : chantez le motif en comptant les quatre syllabes, et dites à voix haute où tombe chaque grosse caisse.
- Isoler le coup qui gêne : jouez seulement la grosse caisse décalée, la voix tenant la subdivision, jusqu'à ce que le « a » du un tombe sans y penser.
- Assembler par paires : grosse caisse et charleston d'abord, car c'est là que le pied et la main se croisent ; puis grosse caisse et caisse claire ; les trois ensuite.
- Boucler le passage difficile : un seul temps, le un et son « a », répété sans s'arrêter, avant de le replacer dans la mesure entière.
- Monter le tempo par petits paliers, en redescendant dès que le motif se dégrade, puis en jouant la mesure suivie d'une mesure de groove simple, pour apprendre à y entrer et à en sortir.
Si les mains et la grosse caisse ne tournent pas encore ensemble sur un groove de base, reprenez d'abord nos exercices de batterie pour débutant, qui présentent aussi les rudiments, ces formules de coups de baguettes au doigté fixe.

Un métronome qui sait marquer les subdivisions aide beaucoup à ces étapes, puisqu'il fait entendre la grille que vous comptez. Le Dr. Beat DB-90 de Boss propose, selon la fiche du marchand, des dizaines de motifs rythmiques en plus du simple clic ; le Rhythm Watch de Tama est pensé pour les batteurs.



Déplacer l'accent pour entendre autrement un rythme de batterie
Le déplacement d'accent part d'une suite de notes régulières. Accentuez le premier temps, puis décalez l'accent d'une double croche à chaque reprise : sur le « e » du un, puis sur le « et », puis sur le « a ». Le motif ne change pas, seule sa couleur bouge, et l'oreille apprend à reconnaître chaque place de la grille quand elle est mise en avant. C'est exactement ce que demande la grosse caisse décalée de l'exemple, transposé aux mains.
L'idée a une histoire. Joe Morello, qui prenait des leçons auprès de George Lawrence Stone, à Boston, travaillait les doigtés de Stick Control, le recueil que Stone avait publié en 1935, et une fois les doigtés acquis il y ajoutait des accents à différents endroits. Selon la Percussive Arts Society, Stone s'en est inspiré pour son livre suivant, Accents and Rebounds, qu'il a dédié à Morello. Pour ce travail, un pad d'entraînement suffit, et un pad de grosse caisse ou un petit kit d'entraînement permet d'y ajouter les pieds sans réveiller l'immeuble.





Ces décalages sont aussi la matière première de l'improvisation à la batterie. Un batteur qui improvise réarrange des éléments qu'il a déjà dans les mains : le même motif, l'accent ailleurs, une phrase qui chevauche la barre de mesure. Morello disait de son célèbre solo dans « Take Five » qu'il tenait moins de la vitesse que de l'espace et du jeu par-dessus la barre de mesure, selon la Percussive Arts Society. Pour que les mains improvisent pendant que les pieds tiennent un motif fixe, un ostinato, c'est l'indépendance à la batterie qui prend le relais.
Comment jouer une mesure impaire à la batterie ?
Une mesure à cinq ou sept temps se découpe en groupes de deux et de trois. Un 5/4 se compte « un deux trois, un deux » ou « un deux, un deux trois » ; un 7/8, en « deux, deux, trois » ou une autre combinaison selon le morceau. Une fois le découpage trouvé, voici une façon simple de le répartir sur les membres : la grosse caisse marque le début de chaque groupe, la caisse claire le dernier temps fort, et la charleston tient la subdivision régulière par-dessus. Le groupe de trois est presque toujours celui qui déraille ; c'est lui qu'on boucle seul, au métronome, comme le temps difficile de l'exemple plus haut.
Le pas suivant consiste à faire passer le compte de la voix au corps : jouer le motif en ne disant plus que le premier temps de chaque groupe, puis plus rien du tout. Tant que vous avez besoin de compter tous les temps, le découpage n'est pas encore installé, et il vaut mieux rester sur un tempo lent que d'accélérer en comptant.
« Take Five », du Dave Brubeck Quartet, reste l'exemple le plus écouté d'un 5/4 qui balance : réécoutez-le en comptant à voix haute, puis lisez notre article sur le rythme jazz, qui raconte ce morceau et suit ces décalages d'un instrument à l'autre.


