Exercices de batterie pour débutant : du pad au rythme
mis à jour le 9 min de lecture

Les premiers exercices de batterie pour débutant se font souvent loin de la batterie : sur un pad, avec deux baguettes et un métronome. On y travaille les coups simples (une main, puis l'autre), les coups doubles (deux frappes par main), puis le paradiddle, qui mélange les deux. Ensuite seulement on s'assoit derrière le kit pour poser un premier rythme : un motif régulier au charleston, la caisse claire sur les temps 2 et 4, la grosse caisse sur les temps 1 et 3.
Voici l'ordre, exercice par exercice, avec ce qu'il faut écouter à chaque étape.
Par quels exercices de batterie commencer ?
Par les mains. Les rudiments, la liste de référence du métier, sont des formules de frappe aux baguettes. La Percussive Arts Society, l'association internationale des percussionnistes, a fixé dans une liste datée de 1984 les 40 rudiments internationaux. Un rudiment est une formule de frappe codifiée, avec un nom et un doigté précis (quelle main joue quelle note). Cette liste reprend les 26 rudiments américains traditionnels et y ajoute des formules venues des fanfares, de l'orchestre, d'Europe et du jeu contemporain.
Quarante, c'est beaucoup pour une première année. Le percussionniste John Wooton, dont les leçons servent de base au programme pédagogique du fabricant de baguettes Vic Firth, conseille de ne pas les apprendre dans l'ordre des tableaux mais par paliers. Son premier palier n'en compte que six :
- le roulement en coups simples (single stroke roll) ;
- le roulement à rebonds multiples (multiple bounce roll) ;
- le roulement en coups doubles (double stroke roll) ;
- le paradiddle simple ;
- le flam ;
- le drag.
Chaque palier suivant s'appuie sur les gestes du précédent. Ces six-là suffisent pour une première étape, et les sections qui suivent les prennent un par un.
Exercices au pad de batterie : coups simples et coups doubles
Le pad d'entraînement est une petite surface de caoutchouc ou de maille tendue, posée sur une table, sur les genoux ou sur un pied. Il ne sonne presque pas, ce qui laisse jouer à des heures où la batterie dort. Surtout, il ne pardonne rien : chaque frappe s'entend nettement, et un coup plus faible que l'autre se repère tout de suite.





Avant le premier exercice, la tenue des baguettes et le mouvement de base méritent quelques minutes devant un professeur ou une démonstration filmée. Celle-ci vient de la chaîne officielle de Vic Firth :

Premier exercice : les coups simples. Droite, gauche, droite, gauche (on écrit D G D G, ou R L R L sur les partitions en anglais). La baguette part d'une hauteur, frappe, et remonte à la même hauteur. Les deux mains doivent sonner pareil : même volume, même timbre, même espacement. Si la main faible traîne, on ne compense pas en tapant plus fort avec l'autre ; on ralentit.
Deuxième exercice : les coups doubles. D D G G D D G G. Le second coup de chaque main est souvent plus faible que le premier, parce qu'il naît d'un rebond. Tout le travail consiste à rendre ces deux notes jumelles. Écoutez le pad : il doit dire « ta-ta ta-ta », pas « TA-ta TA-ta ».
Troisième exercice : les rebonds multiples. On pose la baguette sur le pad en laissant les doigts un peu plus fermes, et elle rebondit plusieurs fois d'elle-même. Mains alternées, ces rebonds s'enchaînent en un grésillement continu : c'est le roulement serré qu'on entend à l'orchestre. Sur un pad, le résultat se juge à l'oreille, qui doit percevoir un son lisse, sans trous entre les mains.
Le paradiddle : le premier rudiment qui sépare les deux mains
Le paradiddle simple se joue D G D D, G D G G. Son nom se lit comme le geste : « para », deux coups simples ; « diddle », un coup double. Au bout de quatre notes, la main qui commence change de côté. C'est là que tient son intérêt pour un débutant : il oblige chaque main à quitter son rôle habituel de « main de tête » ou de « main d'accompagnement ».
Une fois le doigté installé, accentuez la première note de chaque groupe : D g d d, G d g g. Les accents passent alors d'une main à l'autre, et la petite note qui suit l'accent doit retomber tout de suite au niveau des autres. Jouez-le aussi en partant de la main gauche, pour que la main faible apprenne à mener.
Sur le kit, le paradiddle se déplace facilement : la main droite au charleston, la gauche à la caisse claire, et l'on obtient déjà un motif qui ressemble à un rythme. On y reviendra dans la partie consacrée au kit.
Flam et drag : les ornements à travailler dès le début
Le flam est une note principale précédée d'une petite note d'ornement, jouée juste avant par l'autre main. Les deux baguettes partent de deux hauteurs différentes : haute pour la note principale, très basse pour l'ornement. Si elles frappent ensemble, on entend un seul coup épais ; trop écartées, deux coups séparés. Le bon flam s'entend comme une note un peu élargie, un « fla » plutôt qu'un « ta ».
Le drag remplace cette petite note par deux petites notes jouées par la même main, en rebond, avant la note principale. Il demande donc le coup double du pad, mais en miniature et à faible volume.
Pour les deux, alternez : un flam qui commence par la droite, puis un par la gauche. Le premier sera presque toujours meilleur que le second, et c'est précisément le second qui mérite les répétitions.

Entraînement batterie au métronome : lent, rapide, lent
Le métronome n'est pas un juge, c'est un repère. La Percussive Arts Society donne une consigne simple pour ses rudiments : les travailler « lent, puis rapide, puis lent » (open, close, open), ou bien à un tempo de marche régulier et modéré. Concrètement, on part d'une vitesse où tout est propre, on accélère peu à peu, puis on redescend jusqu'au point de départ sans perdre la régularité.
Quelle vitesse au départ ? Il n'existe pas de chiffre officiel pour un débutant. Le bon tempo est celui où les deux mains sonnent pareil sans crispation des épaules ni des poignets. Pour l'un ce sera 60 battements par minute, pour l'autre 50 ; le chiffre compte moins que la sensation de jouer détendu. Quand le tempo suivant fait apparaître une raideur, on reste au précédent.
Deux réglages aident. Réglez d'abord le métronome pour qu'il marque les temps, et jouez quatre notes par clic. Ensuite, faites-le sonner seulement sur les temps 2 et 4, comme une caisse claire : vous devrez tenir les temps 1 et 3 vous-même. Pour aller plus loin sur l'outil, notre article sur le métronome et son usage par les musiciens détaille les manières de s'en servir.



Premier rythme sur le kit : l'ostinato de charleston
Un ostinato est un motif répété sans changer, pendant que le reste bouge autour. À la batterie, le premier ostinato est presque toujours celui du charleston : huit croches régulières par mesure de quatre temps, à la main droite (pour un droitier). On compte « 1 et 2 et 3 et 4 et ».
La construction se fait couche par couche, et chaque couche doit tenir seule avant d'en ajouter une autre :
Étape 1. Le charleston seul, fermé, régulier, au métronome. Il doit pouvoir tourner sans qu'on y pense.
Étape 2. On ajoute la caisse claire, main gauche, sur les temps 2 et 4. Elle tombe en même temps qu'une croche du charleston : les deux baguettes frappent ensemble, sans que la droite hésite.
Étape 3. On ajoute la grosse caisse, pied droit, sur les temps 1 et 3. C'est le rythme rock de base. Si le charleston se met à boiter au moment où le pied entre, on retire la caisse claire et l'on travaille charleston et grosse caisse seuls.
Étape 4. On déplace la grosse caisse sans toucher au reste : une note de plus sur le « et » du 3, puis sur le « et » du 2. Le charleston ne doit pas suivre le pied. C'est le premier exercice d'indépendance : un membre change, les autres continuent.
Le quatrième membre, le pied gauche sur la pédale de charleston, arrive ensuite : il ferme et ouvre les cymbales, ou les fait sonner seul sur les temps. Les exercices qui font travailler les quatre membres ensemble sont rassemblés dans notre article sur les meilleurs exercices de coordination à la batterie.
Jeux musicaux avec les pieds et les mains, sans batterie
Boum, boum, tchak. Deux frappes de pied, un claquement de mains. Tout le monde connaît le motif de « We Will Rock You », qui ouvre l'album News of the World de Queen, sorti en 1977. Brian May l'a écrit en pensant au public, et le rythme est fait de pieds qui frappent de vieilles planches et de mains qui claquent. Le titre est devenu un classique des stades, raconte Rolling Stone.
Pour un batteur débutant, c'est déjà une leçon : le pied joue le rôle de la grosse caisse, la main celui de la caisse claire. Assis sur une chaise, on peut pousser le jeu plus loin. Le pied droit marque les quatre temps, la main droite tapote les croches sur la cuisse, la main gauche frappe le genou sur 2 et 4. Boum, boum, tchak devient le rythme rock de la section précédente, sans un seul instrument.
Ces jeux servent aussi entre deux séances : dans un bus, devant un écran, en écoutant un morceau. Ils n'entraînent pas le rebond de la baguette, mais ils installent la répartition entre les membres, qui est la vraie difficulté des débuts.
Quelles erreurs freinent un batteur débutant ?
La première est la vitesse trop tôt. Un coup double joué vite mais inégal reste inégal, et l'habitude s'installe. Chaque séance gagne à repasser par le tempo où tout est net.
La deuxième est la crispation. Épaules qui montent, poignets bloqués, baguette serrée : le son s'écrase et la fatigue arrive vite. Dès qu'une raideur apparaît, on s'arrête, on relâche, on reprend plus lentement.
La troisième est de délaisser la main faible. Commencer chaque rudiment par la main gauche (pour un droitier) une fois sur deux rééquilibre les choses sans exercice supplémentaire.
La dernière tient au regard : on joue les yeux sur la partition ou sur les fûts, et l'on n'écoute plus. Un professeur entend ce qu'on ne remarque pas soi-même.
Réécouter un morceau avec les oreilles d'un batteur
Le prochain morceau que vous aimez, écoutez-le trois fois. La première, ne suivez que le charleston : où il garde ses croches, où il s'ouvre, où il se tait. La deuxième, seulement la caisse claire : tombe-t-elle sur 2 et 4, ou ailleurs ? La troisième, la grosse caisse, celle qui se cache sous la basse. Vous saurez alors lequel des quatre exercices du kit ce batteur est en train de jouer, et ce qu'il y a ajouté.
Pour transformer cette écoute en lignes écrites, et relire ensuite vos propres rythmes sur la portée, rendez-vous sur notre guide pour lire les partitions de batterie.


