Meilleur batteur metal : ce que disent les classements

Pédale de grosse caisse à deux batteurs de feutre, posée sur une scène sous des lumières rouges et bleues

Il n'existe pas de meilleur batteur metal unique : tout dépend du classement que l'on ouvre. Dans les 100 plus grands batteurs de tous les temps de Rolling Stone (mars 2016), le batteur de metal le mieux classé est Danny Carey (Tool), 26e. Chez les lecteurs du magazine spécialisé MusicRadar, en 2020 comme en 2022, c'est Jay Weinberg, alors chez Slipknot, qui arrive en tête des batteurs de metal, avec le Français Mario Duplantier (Gojira) sur le podium. Trois listes, trois réponses, et chacune a sa date.

Voici ce que disent vraiment ces classements publiés, nom par nom, et pourquoi ils se contredisent.

Qui est le meilleur batteur du monde selon les classements ?

Pour Rolling Stone, c'est John Bonham, numéro un de la liste de 2016. Le magazine rappelle l'effet de « Good Times Bad Times », premier titre du premier album de Led Zeppelin, avec ses coups de grosse caisse en rafale. Jimmy Page s'en amusait encore des années plus tard : tout le monde pariait que Bonzo jouait avec deux grosses caisses, alors qu'il n'en avait qu'une. Rolling Stone ajoute que presque tous les batteurs de rock venus après lui ont, un jour, cherché à retrouver son jeu.

Les lecteurs de MusicRadar ne sont pas d'accord. Dans leur vote des plus grands batteurs de tous les temps (juin 2021), Bonham n'est que deuxième, derrière Neil Peart, de Rush, mort en 2020. Aucun des deux n'est un batteur de metal au sens strict : la question « qui est le meilleur batteur du monde ? » et celle du meilleur batteur metal n'ont donc pas la même réponse.

Quels batteurs de metal figurent chez Rolling Stone ?

Ils sont peu nombreux, et souvent loin dans la liste. Le premier batteur de Black Sabbath, Bill Ward (42e), joue dans le groupe qui, selon le magazine, a inventé le heavy metal. Rolling Stone insiste sur sa souplesse de batteur nourri de jazz, de Joe Morello à Gene Krupa : au lieu de doubler les riffs de Tony Iommi, il danse autour, comme au milieu d'« Electric Funeral ».

Dave Lombardo (47e) est le batteur de la vitesse. Ses camarades de Slayer l'ont surnommé « A.D. Dave » à cause d'« Angel of Death », qui monte à 210 battements par minute et contient, écrit Rolling Stone, l'un des breaks de batterie les plus impressionnants du metal. Plus haut dans la liste, Danny Carey, entré dans Tool en 1990, présenté comme l'héritier de Neil Peart et Bill Bruford. Tout en bas, à la 93e, le Suédois Tomas Haake (Meshuggah) garde un temps régulier à la main droite pendant que le reste du corps part en polyrythmies, c'est-à-dire plusieurs découpages du temps joués en même temps.

Deux grands noms du hard rock complètent le tableau : Ian Paice (Deep Purple, 21e), dont le magazine écrit que sans lui, il n'y aurait pas de batterie heavy metal, et Cozy Powell (50e), passé par Rainbow et par Black Sabbath. Un absent, en revanche : Lars Ulrich. Le batteur de Metallica ne figure pas dans les cent noms.

Meilleurs batteurs metal : trois classements côte à côte

Batteur (groupe)Rolling Stone, 2016MusicRadar, tous styles, 2021MusicRadar, metal, 2020
Danny Carey (Tool)26e6e4e
Dave Lombardo (Slayer)47e14eabsent
Mike Portnoy (Dream Theater, Sons of Apollo)absent9e5e
Joey Jordison (Slipknot)absent20eabsent
Mario Duplantier (Gojira)absent26e2e
Jay Weinberg (Slipknot)absent29e1er
Lars Ulrich (Metallica)absentabsent9e

Seul Danny Carey apparaît dans les trois listes. MusicRadar résume son apport : la puissance de Bonham, le goût du rock progressif, et toute une génération initiée aux mesures impaires.

Le classement des lecteurs : qui est le meilleur batteur metal aujourd'hui ?

Le vote annuel de MusicRadar, publié le 31 décembre 2020, ne porte que sur les batteurs en activité. Jay Weinberg le gagnait pour la quatrième année de suite. Derrière lui : Alex Bent (Trivium), Danny Carey, Mike Portnoy, puis Eloy Casagrande, alors chez Sepultura, à la 8e place, et Lars Ulrich, 9e. Le magazine note avec humour que Lars encaisse depuis des années les moqueries sur un son de caisse claire enregistré dix-sept ans plus tôt, et se range dans son camp.

Le vote du 25 décembre 2022 redonne la première place à Weinberg, après une année où Mario Duplantier l'avait emporté, devant Christoph Schneider (Rammstein) et Duplantier, 3e ; Danny Carey est sixième ; Lars Ulrich et Mike Portnoy n'y sont plus. Puis la donne change encore : en novembre 2023, Slipknot a annoncé se séparer de Jay Weinberg, et c'est l'ancien batteur de Sepultura, Eloy Casagrande, qui a pris sa place, comme le montrait MusicRadar en mars 2025.

Mario Duplantier, le batteur français des classements

Pour décrire son jeu, MusicRadar le compare à un tireur d'élite qui se servirait d'une batterie, précis et rapide. Le grand public français l'a vu le 26 juillet 2024, à la cérémonie d'ouverture des Jeux de Paris. Rolling Stone décrit la scène : chaque membre de Gojira joue à une fenêtre différente de la Conciergerie, entouré de flammes, pendant que la mezzo-soprano Marina Viotti passe sur un bateau en chantant « Ah ! ça ira ». Le morceau avance sur la double grosse caisse de Mario.

Ce « Mea Culpa (Ah ! Ça ira !) » a valu au groupe le Grammy de la meilleure performance metal en 2025. Gojira avait déjà été nommé dans cette catégorie en 2017, avec « Silvera », dont le groupe a publié le clip :

Gojira - Silvera [OFFICIAL VIDEO]

Pourquoi les classements ne donnent-ils pas le même nom ?

Parce qu'ils ne mesurent pas la même chose. La liste de Rolling Stone couvre toute l'histoire du rock, du funk, de la soul et du jazz : le metal y pèse peu. Chez MusicRadar, ce sont les lecteurs qui votent, et le palmarès metal ne regarde que l'année écoulée. Un nom qui manque dans une liste n'a donc pas forcément moins compté.

Joey Jordison en est l'exemple. Absent de Rolling Stone, il est 20e chez MusicRadar, qui écrit qu'avant de quitter Slipknot, malade d'une myélite transverse, il avait donné envie à des millions de batteurs d'acheter une double pédale. Il est mort en juillet 2021, à 46 ans. La double pédale, justement, reste la signature du genre, de Lombardo à Duplantier.

Mains réglant une pédale de grosse caisse posée contre le fût, sur fond sombre
La pédale de grosse caisse, l'outil que le metal a poussé le plus loin.

On peut imaginer Bonham, devant ces palmarès, hausser les épaules : « Je n'avais qu'une grosse caisse, et ça a suffi. » La réplique est inventée ; l'idée, elle, est dans les classements. Réécoutez « Good Times Bad Times », puis « Angel of Death », et comptez les coups de pied : vous entendrez comment la grosse caisse a pris le pouvoir. Pour comparer avec trois géants hors metal, lisez Laboriel, Gadd ou Colaiuta : qui mérite le titre de GOAT de la batterie ?

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