Effet musical : quels effets audio sont les plus utilisés ?

Magnétophone à bandes vintage, bobines et boutons rotatifs vus en gros plan

Un effet musical, en studio, est un traitement qui transforme un son déjà enregistré : il lui donne de l'espace, le répète, resserre ses écarts de volume, change sa couleur ou sa hauteur. Les plus utilisés en production tiennent en six familles : la réverbération, le delay, la compression, l'égalisation, la distorsion et les modulations, auxquelles s'ajoute la correction de hauteur de la voix, l'Auto-Tune. Voici ce que fait chacun, d'où il vient et où l'oreille le reconnaît sur un disque.

Les sept effets audio les plus utilisés en studio

Les sept effets, ce qu'ils font et ce qu'ils masquent :

EffetCe qu'il fait au sonCe qu'il cache
RéverbérationAjoute les réflexions d'une pièceUne pièce sans écho
DelayRépète le son après un temps régléUne phrase chantée une seule fois
CompressionRéduit l'écart entre passages forts et faiblesLes mots murmurés qui se perdaient
ÉgalisationMonte ou baisse des bandes de fréquencesLes graves inutiles qui encombraient
DistorsionSature et déforme le signalUne guitare jouée en son clair
ModulationsFont bouger une copie du son dans le tempsUne seule prise qui sonne comme plusieurs
Auto-TuneCorrige ou force la hauteur des notesUne note chantée un peu à côté

Réverbération : d'où vient l'effet d'espace ?

La réverbération reproduit ce qu'une pièce fait au son : des milliers de réflexions sur les murs qui prolongent la note après qu'elle s'est tue. Une voix enregistrée de près, dans une cabine traitée, sonne sèche ; la réverbération la replace dans une salle, petite ou immense. Le phénomène est d'abord naturel, et certains lieux en ont fait leur signature, comme le raconte notre article sur l'acoustique des cathédrales.

La version artificielle a une date et un lieu étonnants. Selon Abbey Road Studios, elle naît en 1947 dans la salle de bains de l'ingénieur américain Bill Putnam. Le principe devient la chambre d'écho : une petite pièce aux murs très réfléchissants, souvent non parallèles, où un haut-parleur diffuse le son pendant qu'un ou deux micros recueillent sa réverbération. Les ingénieurs d'Abbey Road coupaient une partie des graves envoyés vers la chambre, parce que les basses fréquences y traînent plus longtemps et brouillent le mélange.

En 1957, la société EMT lance la première réverbération à plaque : une grande feuille de métal, environ 1,2 sur 2,4 mètres pour les modèles EMT 140 d'Abbey Road, qu'un transducteur fait vibrer en son centre et que des capteurs écoutent. Le studio londonien en utilisait quatre, et en a tiré depuis des versions logicielles avec l'éditeur Waves.

Inside The Abbey Road Reverb Chamber (Sound On Sound)

Delay : comment un écho se fabrique-t-il ?

Le delay (retard, en français) ne simule pas une pièce : il répète le son, distinctement, après un temps choisi. Les premiers appareils étaient des magnétophones. Roland explique sur son site que dans un écho à bande, le son est écrit par une tête d'enregistrement puis relu par une tête de lecture placée un peu plus loin ; la vitesse de la bande fixe l'écart entre les deux. Un bouton renvoie le signal retardé vers l'entrée, et c'est cette boucle, le feedback, qui produit plusieurs répétitions au lieu d'une seule.

Le modèle le plus connu de cette famille, le Roland RE-201 Space Echo, sort en 1974 et associe écho à bande et réverbération, d'après l'histoire publiée par la marque. Il comptait trois têtes de lecture, de quoi créer des motifs de répétitions.

Comment la compression rend-elle une voix audible du premier au dernier mot ?

La compression est l'effet qu'on entend le moins et qu'on trouve partout. La revue britannique Sound On Sound la définit comme un traitement qui réduit la plage dynamique d'un signal, c'est-à-dire l'écart entre ses moments les plus forts et les plus faibles. Quatre réglages la gouvernent. Le seuil fixe le niveau à partir duquel le compresseur agit ; le ratio, de combien il réduit ce qui dépasse ; l'attaque, à quelle vitesse il intervient ; le relâchement, combien de temps il met à rendre la main. Un gain de sortie compense ensuite le volume perdu.

Prenons une chanteuse qui murmure un couplet puis lance son refrain à pleine voix : compressée, elle reste lisible d'un bout à l'autre. Trop compressé, le même chant perd ses nuances et finit par fatiguer l'oreille.

Pourquoi égaliser chaque instrument d'un mixage ?

L'égalisation, ou EQ, monte ou baisse certaines bandes de fréquences : les graves, les médiums, les aigus, ou une zone bien plus étroite. Son usage le plus courant consiste à retirer plutôt qu'à ajouter. Sound On Sound rappelle qu'un excès de graves consomme la marge d'un mixage, d'où l'intérêt du filtre passe-haut, qui laisse passer les fréquences au-dessus d'un seuil et coupe celles d'en dessous. Son exemple type est la guitare acoustique dans un mixage rock, qui gagne à perdre une bonne partie de son bas du spectre pour ne plus se heurter aux autres instruments. Pour la suite de ce travail d'équilibre, notre article sur la réussite d'un mixage audio prend le relais.

Quels effets donnent du caractère à une guitare ou à une voix ?

La distorsion sature volontairement le signal : le son est poussé au-delà de ce que le circuit accepte proprement, et il en ressort plus rugueux, plus dense. Elle colle à la guitare électrique, mais se pose aussi sur une basse ou une voix. Certaines pédales ont même défini le son d'une époque, à l'image de la pédale d'effet derrière le son de Nirvana.

Les modulations partent d'une copie du son légèrement retardée, dont on fait varier le retard en continu. Le chorus mélange cette copie, légèrement désaccordée par le mouvement, au son d'origine : une guitare semble doublée. Le flanger, explique Sound On Sound, utilise des retards plus courts et renvoie une partie du signal vers l'entrée, d'où son souffle caractéristique qui tourne au sifflement quand on pousse ce retour. Le phaser, lui, fait passer le son par plusieurs étages qui décalent sa phase, en général trois à six.

Comment l'Auto-Tune est-il devenu un effet voix à part entière ?

L'Auto-Tune est né d'un tout autre métier. Son inventeur, Andy Hildebrand, a lancé le logiciel en 1997 avec sa société Antares, à partir d'un calcul qu'il avait d'abord mis au point pour l'industrie pétrolière, afin de lire les données sismiques du sous-sol. Comme le rappelle NPR, il imaginait un outil discret, qui corrige de petites erreurs de justesse sans qu'on l'entende.

Le 19 octobre 1998, Cher sort « Believe », que la radio publique américaine présente comme le premier tube à utiliser l'Auto-Tune comme un instrument : on y entend ce petit chevrotement de la voix d'une note à l'autre. T-Pain en fait ensuite sa signature dans les années 2000.

Effets audio et effets sonores (SFX) : quelle différence ?

Les effets sonores, ou SFX, sont des sons ajoutés à une image ou à un jeu : une porte qui claque, des pas, une explosion, enregistrés ou fabriqués par un bruiteur. Les effets audio dont parle cet article ne créent pas de sons nouveaux ; ils transforment un signal qui existe déjà. Une scène de film peut cumuler les deux : des pas, puis une réverbération posée dessus pour suggérer un couloir de pierre.

Réécouter un disque en cherchant ses effets

Le plus parlant reste de prendre une chanson connue et de chercher ses effets plutôt que sa mélodie. Sur un vieux rock, cherchez la queue de réverbération derrière la voix, ou les répétitions d'un écho à bande sur la guitare. Et si c'est le son des pédales qui vous intrigue, faites l'exercice avec les effets de guitare du blues : on y entend ces mêmes familles, réduites à quelques boîtiers posés au sol.

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