Enregistrer une guitare électrique : micro, placement et prise directe
mis à jour le 8 min de lecture

Pour enregistrer une guitare électrique, il existe deux chemins : placer un micro dynamique tout près du haut-parleur de l'ampli, ou brancher la guitare en direct dans une interface audio et confier le son de l'ampli à un simulateur. Le premier capte un vrai haut-parleur qui pousse de l'air dans une vraie pièce. Le second est silencieux et se corrige après coup. Le magazine Sound On Sound conseille de faire les deux à la fois : c'est la décision la plus prudente quand on débute.
Reste à savoir quel micro choisir, où le placer et comment régler la prise.
Micro devant l'ampli ou branchement direct : que choisir pour enregistrer une guitare ?
Tout dépend de la pièce, du volume que vous pouvez vous permettre et de ce que vous voulez garder la liberté de changer. Le tableau résume ce que chaque méthode demande et ce qu'elle permet.
| Méthode | Matériel | Ce qu'elle apporte | Sa limite |
|---|---|---|---|
| Micro devant l'ampli | Ampli, micro dynamique, pied, interface avec préampli micro | Le grain du haut-parleur, la réaction de l'ampli au toucher | Il faut jouer fort, et le son est figé à la prise |
| Direct (DI) et simulation | Entrée haute impédance ou boîtier DI, logiciel de simulation | Silence, son modifiable jusqu'au mixage | Les saturations intermédiaires, sensibles au toucher, sont plus difficiles à imiter |
| Les deux en parallèle | Les deux chaînes, une piste chacune | Une prise d'ampli, plus une piste propre en réserve | Deux pistes à gérer, et la phase à surveiller |
Dans les trois cas, il faut un logiciel d'enregistrement, ce qu'on appelle une station audionumérique ou DAW. Le choix compte moins qu'on le croit pour la guitare ; si vous hésitez, notre comparatif des logiciels pour enregistrer sa musique à la maison passe en revue les plus répandus.
Quel est le meilleur micro pour un ampli de guitare ?
La réponse la plus honnête : le Shure SM57. Ce micro dynamique à directivité cardioïde (il capte surtout ce qui se trouve devant lui et rejette l'arrière) est sorti en 1965, selon l'historien de la marque, Michael Pettersen. Plus de soixante ans plus tard, il reste la référence devant les baffles de guitare. Pettersen le dit sans détour : il est « excellent sur les amplis guitare, surtout quand ils jouent fort, parce qu'on ne peut pas le saturer ».
Sa fiche officielle annonce une bande passante de 40 à 15 000 Hz et une bosse dans les hauts médiums, qui aide un instrument à passer devant les autres dans un mélange. Le magazine Sound On Sound, référence de la presse spécialisée, le classe parmi les micros les plus utilisés pour cette tâche et précise qu'un SM58, le cousin pensé pour la voix, fait aussi l'affaire.
Il existe d'autres voies. Dans un article de Sound On Sound consacré aux prises à deux micros, Paul White cite un micro à ruban, le Royer R121, qui apporte un bas plus plein et des aigus adoucis, et des micros statiques (à condensateur) comme le Neumann U87 ou l'AKG C414, qui demandent une alimentation fantôme et dont le rendu varie davantage d'un modèle à l'autre. Il les présente en complément d'un SM57, associés à lui sur le même haut-parleur.




Où placer le micro devant le haut-parleur ?
Le placement compte davantage que le modèle de micro. Un haut-parleur de guitare ne sonne pas pareil au centre et sur les bords. Paul White, dans Sound On Sound, rappelle la règle : le centre du cône donne le son le plus brillant, et en s'approchant du bord, l'aigu s'adoucit et le son gagne un peu de profondeur. Voici la méthode qu'il propose, dans l'ordre.
- Repérez le meilleur haut-parleur. Dans un baffle à plusieurs haut-parleurs, l'un d'eux sonne souvent mieux que les autres : écoutez-les un par un avant de poser le micro.
- Posez le micro à deux ou trois centimètres de la toile, pointé droit sur le haut-parleur.
- Faites une courte prise au centre, une au bord, une ou deux entre les deux, et comparez-les au casque.
- Si le son reste trop agressif, tournez le micro d'environ 45 degrés : une capsule directionnelle prise de biais assombrit le son.
- Essayez enfin de reculer. Paul White dit préférer souvent une vingtaine de centimètres, pour laisser entrer la résonance du baffle et un peu de la pièce.
Cette dernière étape dépend de votre pièce. Plus le micro s'éloigne, plus il entend les murs ; dans une chambre qui résonne comme une boîte, mieux vaut rester collé à la toile. Un détail surprend souvent : la prise rapprochée paraît très sèche, presque morte. Sound On Sound conseille d'y ajouter un peu de réverbération à l'écoute avant de la juger, sans l'enregistrer.
La distance joue aussi quand on ajoute un second micro, plus loin, pour capter la pièce. Plus ce micro d'ambiance est éloigné de l'ampli, plus la guitare recule dans le mixage, notent Dave Lockwood et Paul White.

Deux micros sur un même ampli : comment éviter les problèmes de phase ?
Associer deux micros, par exemple un SM57 pour le mordant et un ruban pour le bas, donne un son plus large. Ça peut aussi donner l'inverse. Une onde sonore n'arrive pas au même instant sur deux capsules placées à des distances différentes : mélangées, certaines fréquences s'additionnent, d'autres s'annulent. On appelle cela un problème de phase, et il se reconnaît à un son creux, maigre, comme filtré.
La parade la plus simple consiste à placer les deux capsules à la même distance du haut-parleur. Pour aller plus loin, Paul White décrit dans le même article une méthode qui ne demande que des oreilles. Faites jouer un bruit continu par l'ampli, inversez la polarité du second micro dans votre logiciel, puis déplacez-le doucement jusqu'à trouver la position où le mélange sonne le plus faible. C'est là que les deux micros sont le plus en accord. Rétablissez alors la polarité : le son devient plein.
Dernier contrôle, l'écoute en mono. Bien des systèmes d'écoute grand public mélangent les deux canaux ; un défaut de phase qui passe inaperçu en stéréo peut y vider une guitare de sa substance.
Enregistrer une guitare électrique en direct : quelle entrée, quel boîtier ?
Brancher un câble jack de la guitare vers l'interface semble simple. Encore faut-il le brancher dans la bonne prise. Les micros passifs d'une guitare ont besoin d'une entrée haute impédance, notée « Hi-Z », « Inst » ou « Guitare » sur la plupart des interfaces. Dans un article de juin 2018, Paul White indique que ces entrées se situent généralement entre 500 kilohms et 1 mégohm. Une entrée ligne classique, de plus faible impédance, charge les micros de la guitare : l'aigu baisse et le son paraît étouffé.
Si l'interface n'a pas d'entrée Hi-Z, un boîtier de direct (DI) fait la conversion ; Paul White recommande plutôt un modèle actif. Il met aussi en garde contre une erreur qui peut coûter cher : ne jamais brancher la sortie haut-parleur d'un ampli dans un boîtier DI ordinaire, conçu pour un niveau ligne. Il faut un boîtier prévu pour le niveau haut-parleur.




Une fois la guitare enregistrée sans traitement, tout le reste se fait dans l'ordinateur : simulation d'ampli, puis simulation du baffle par réponse impulsionnelle, une sorte d'empreinte sonore d'un haut-parleur capté par un micro. Changer d'empreinte revient à changer de baffle et de placement de micro, ce que Paul White conseille d'essayer largement. Il note aussi les limites : les sons clairs se simulent bien, les saturations légères qui réagissent à l'attaque, moins.
Comment régler l'ampli et préparer la prise ?
Le conseil le plus contre-intuitif vient des mêmes auteurs : mettez moins de saturation qu'en concert, surtout pour les rythmiques. En live, le gain masque les imprécisions et remplit l'espace. Sur un enregistrement, plusieurs couches de guitares très saturées se fondent en une bouillie sans attaque. Varier d'une prise à l'autre la guitare, ses micros ou le réglage de l'ampli aide aussi chaque partie à garder sa place.
Le reste relève de la préparation. Des cordes neuves, bien détendues avant l'accordage final, et une justesse vérifiée si vous avez changé de tirant. Un accordage contrôlé avant chaque prise : les studios chauffent, les cordes bougent. Et une chasse au bourdonnement : les micros simple bobinage captent les champs des transformateurs et des écrans, il faut donc chercher l'endroit le plus calme de la pièce et s'éloigner des écrans d'ordinateur.
Pour les effets, la logique est la même que pour le son d'ampli. Ceux qui changent votre façon de jouer, comme la saturation, la wah-wah ou un écho rythmique, se gardent à la prise : sans eux, le guitariste ne joue pas pareil. La réverbération, elle, s'ajoute au mixage, où on peut encore la doser. Si le choix de l'ampli lui-même vous arrête, notre guide pour choisir son ampli de guitare électrique vous aidera à trancher.
Solo et doublage : comment enregistrer les parties de guitare ?
Pour un solo, enregistrez plusieurs prises complètes sur des pistes séparées, puis montez la meilleure à partir des meilleurs passages. Faites-le avant d'ajouter écho ou réverbération : les raccords s'entendent moins. Pour une rythmique plus large, rejouez la partie une seconde fois sur une autre piste plutôt que de copier la première et de la décaler. Deux prises jouées ne sont jamais identiques, et c'est précisément ce léger écart qui épaissit le son une fois les pistes ouvertes à gauche et à droite.
La guitare acoustique obéit à d'autres règles : pas d'ampli, un micro qui regarde la caisse et le manche, une pièce qui compte beaucoup plus. Nous les détaillons dans l'article sur la prise de son d'un instrument acoustique.
Réécoutez les grands solos du rock en pensant au micro posé à quelques centimètres de la toile : il a gardé le jeu tel quel, défauts compris. Commencez par l'histoire de ce solo d'Eric Clapton enregistré en une seule prise : on y entend ce que vaut une prise jouée d'un trait.


