Piano : l'instrument de musique le plus pratiqué en France ?

Gros plan sur les touches usées d'un vieux piano : une touche noire en bois entre des touches blanches craquelées

En France, le piano est l'instrument de musique le plus pratiqué : les deux enquêtes françaises qui détaillent les instruments, citées ici, le placent en tête, avec 32 % des personnes ayant joué d'un instrument chez Ipsos en 1994 et de nouveau 32 % chez Ifop en 2017, devant la flûte et la guitare. Pour le monde entier, en revanche, aucune enquête fiable ne permet de désigner un vainqueur. Ce qui suit donne les chiffres, leurs limites, puis ce qu'est le piano comme instrument : sa famille, sa mécanique, son histoire, et les raisons de cette première place.

Quel est l'instrument de musique le plus pratiqué en France ?

La plus récente des deux enquêtes qui détaillent les instruments est une enquête Ifop publiée en juin 2017, réalisée auprès de 2 000 Français de 18 ans et plus pour la Fête de la musique. Parmi les personnes qui jouent d'un instrument de temps en temps, un tiers déclarent savoir jouer du piano (32 %), un quart de la flûte (26 %) et environ une sur cinq de la guitare (21 %). Réserve : ces pourcentages ne portent que sur les Français qui jouent de temps en temps, une petite base. Le commanditaire, Piano Lab, est un acteur du piano : la question n'en reste pas moins posée sur tous les instruments, et le classement recoupe une enquête bien plus ancienne.

En septembre 1994, Ipsos interrogeait 1 000 personnes de 15 ans et plus sur la pratique de la musique en France. Parmi les personnes ayant joué d'un instrument, anciens musiciens compris, 32 % citaient le piano comme instrument principal, devant la guitare (18 %) et la flûte (15 %). Le violon et le violoncelle réunis plafonnaient à 6 %, l'accordéon à 5 %.

InstrumentIpsos 1994 : ont joué d'un instrumentIfop 2017 : musiciens occasionnelsIfop 2017 : instrument appris un jour
Piano32 %32 %39 %
Flûte15 %26 %38 %
Guitare18 %21 %33 %

Les colonnes ne se comparent pas terme à terme. Ipsos interrogeait tous ceux qui avaient joué, même ceux qui avaient arrêté, sur leur instrument principal ; Ifop laissait citer plusieurs instruments, ce qui explique que la dernière colonne dépasse 100 % une fois additionnée. Et l'enquête ne dit pas de quelle flûte il s'agit. Le résultat qui tient d'une enquête à l'autre, à vingt-trois ans d'écart, c'est la place du piano : premier en 1994, premier en 2017.

Le même sondage Ifop mesure aussi le désir. Chez les Français qui regrettent de ne pas savoir jouer, 57 % aimeraient jouer du piano, 53 % de la guitare, puis loin derrière la batterie (16 %), le violon (13 %) et le saxophone (10 %).

Combien de Français jouent vraiment d'un instrument ?

Beaucoup moins que ne le laisse penser le nombre d'anciens élèves. L'Insee a publié en novembre 2022 les résultats de l'enquête Pratiques culturelles de 2018 sur les loisirs en amateur : 33 % des 15 ans et plus ont déjà chanté ou joué d'un instrument au cours de leur vie, 22 % pour l'instrument seul. Mais deux tiers de ceux qui ont joué ou chanté ont arrêté, et l'abandon touche 68 % des instrumentistes. En 2018, la musique n'était plus pratiquée que par 11 % des Français.

Côté âges, la moitié des musiciens amateurs ont commencé avant 10 ans, et la moitié de ceux qui ont arrêté l'ont fait avant 15 ans. L'Insee relève aussi que les hommes forment 64 % des instrumentistes, quand les femmes sont majoritaires parmi les chanteurs (61 %).

Plus récent, le baromètre Ipsos pour le Centre national de la musique (octobre 2023) compte 16 % de Français de 15 ans et plus qui jouent actuellement d'un instrument : 6 % souvent, 10 % de temps en temps. Ils sont 24 % à en avoir joué et à ne plus le faire. Pour la seule pratique « de temps en temps », Ifop trouvait 6 % en 2017 (−4 points depuis 2006, quand ceux qui ne jouent plus ou presque plus montaient à 31 %), Ipsos 10 % en 2023 (18 ans et plus chez Ifop, 15 ans et plus chez Ipsos) : l'écart tient aux questions posées et aux méthodes, pas à une envolée soudaine, et on ne peut pas en tirer une tendance.

Le piano, instrument de musique à cordes frappées : comment fonctionne-t-il ?

Le dictionnaire de la musique Larousse le définit en une ligne : un instrument de musique à cordes frappées et à clavier. Le clavier commande ; la corde produit le son. Entre les deux, une mécanique transforme l'appui du doigt en un coup de marteau.

Quand on enfonce une touche, elle lance un marteau en bois, garni de feutre, contre les cordes de la note. Le marteau rebondit aussitôt, sans rester collé à la corde, ce qui la laisse vibrer. Tant que la touche reste enfoncée, l'étouffoir (un petit tampon de feutre posé sur la corde) reste levé ; quand on la relâche, il retombe et coupe le son. La Philharmonie de Paris rappelle que le piano moderne compte 88 notes et généralement trois pédales, dont la pédale forte, qui écarte tous les étouffoirs à la fois pour prolonger le son.

Cordes d'un piano vues de près, en enfilade, sous une barre métallique dorée
Les cordes d'un piano, vues de près : une, deux ou trois par note selon le registre.

Une note n'est pas toujours une seule corde. Selon Larousse, le piano en tend trois par note dans l'aigu, deux dans le médium et une seule dans le grave, où la corde peut atteindre huit millimètres de diamètre.

Reste la question de la famille. Par sa corde, le piano est un cousin du violon et de la guitare ; par son marteau, il a quelque chose de la percussion ; par son clavier, il se range avec l'orgue et le clavecin. Le classement de l'orchestre le place parmi les cordes, sous-groupe des cordes frappées, à côté des cordes frottées et pincées : nous l'expliquons dans l'article sur les trois familles d'instruments. Le clavecin, qui a pourtant la même allure, pince ses cordes au lieu de les frapper.

D'où vient le piano ?

D'un atelier de Florence, au début du XVIIIe siècle. Bartolomeo Cristofori, facteur au service des Médicis, met au point un instrument à clavier dont les cordes sont frappées par de petits marteaux au lieu d'être pincées. Un inventaire des Médicis le mentionne dès 1700, selon le Metropolitan Museum of Art de New York, qui conserve le plus ancien des trois pianos de Cristofori parvenus jusqu'à nous, daté de 1720.

Le nom vient de sa nouveauté. Cristofori présente vers 1709-1711 un gravicembalo col piano e forte, un clavecin « avec le doux et le fort ». Pour la première fois, la force du doigt décide du volume de la note, ce que le clavecin ne permettait pas. De pianoforte, on a gardé la moitié : piano.

Paris a pesé dans la suite. La Philharmonie rappelle que la manufacture Érard est créée à Paris en 1780 et que Pleyel existe depuis 1807. Selon Larousse, le piano droit commence à supplanter le piano carré dans les années 1830-1850. En 1859, Steinway construit le premier grand piano de concert moderne à cordes croisées, selon la Philharmonie : le piano à queue tel qu'on le voit encore sur scène.

Pourquoi le piano est-il l'instrument le plus pratiqué ?

Aucune enquête ne demande aux pianistes pourquoi ils ont choisi leur instrument. On peut en revanche relever ce que les chiffres montrent et ce que l'instrument permet.

  • Il est le plus enseigné : c'est l'instrument que le plus grand nombre de Français ont appris, comme le montre le tableau plus haut.
  • Il joue seul : avec deux mains et 88 notes, un pianiste tient la mélodie et l'accompagnement à la fois, sans autre musicien. Une flûte ou une trompette, elles, ne jouent qu'une note à la fois.
  • Il répond au geste : la nuance dépend de la force de l'appui, ce qui donne à l'élève un retour immédiat sur son toucher.
  • Il fait envie : c'est l'instrument le plus cité par ceux qui regrettent de ne pas jouer.

Les freins sont tout aussi chiffrés. Selon Ifop, un Français sur dix possède un piano (10 %), avec un écart social net : 2 % des ouvriers, 15 % des cadres. Deux fois plus de personnes (20 %) aimeraient en acheter un, et jusqu'à 28 % chez les moins de 25 ans. Ce qui les retient d'abord, c'est le prix (37 % de ceux qui en voudraient un), puis le manque de place (26 %) et le fait que personne ne sache en jouer à la maison (23 %).

Les pianos numériques, plus compacts et jouables au casque, répondent en partie au manque de place. Pour savoir ce qu'on gagne et ce qu'on perd en passant au numérique, voyez notre article sur la place des pianos numériques sur le marché. Et si la question est plutôt « qu'est-ce que le piano apporte à celui qui l'apprend ? », elle est traitée dans pourquoi apprendre le piano.

Main d'un enfant sur le clavier d'un vieux piano en bois
La main d'un enfant sur le clavier d'un piano acoustique.

Le piano est-il aussi l'instrument le plus pratiqué dans le monde ?

On ne peut pas l'affirmer. Les enquêtes citées ici portent sur la France, avec des méthodes qui ne se transposent pas d'un pays à l'autre, et il n'existe pas de recensement mondial des musiciens amateurs par instrument.

Le chiffre a d'ailleurs ses angles morts. Il compte les gens qui savent jouer, pas le temps qu'ils y passent ; il compte un pianiste qui joue une fois par an à Noël comme un élève de conservatoire. « Le plus pratiqué » veut dire ici « le plus répandu », pas « le plus joué » heure par heure.

Quel morceau écouter pour entendre le marteau du piano ?

Pour entendre ce que le marteau change, mettez les 24 Préludes de l'opus 28 de Chopin, que la Philharmonie présente comme dédiés à Camille Pleyel. Écoutez les nuances d'un prélude à l'autre : chaque piano, chaque forte, c'est une décision du doigt sur la touche, celle que Cristofori a rendue possible à Florence. Ensuite, lisez pourquoi Chopin préférait les pianos Pleyel : vous n'entendrez plus ces préludes tout à fait de la même oreille.

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