Musique italienne Dolce Vita : quelles chansons écouter ?

Pile de disques 45 tours dans des pochettes pastel à côté d’un tourne-disque portable crème, sur une table de café en marbre

La musique italienne de la Dolce Vita tient en deux réponses. Si vous pensez au film de Federico Fellini sorti en 1960, sa musique est signée Nino Rota. Si vous cherchez l’ambiance que ce nom évoque aujourd’hui, ce sont surtout quelques chansons de la fin des années 1950 et des années 1960 : « Nel blu dipinto di blu », plus connue sous le nom de « Volare », « Tu vuò fà l’americano », « Il cielo in una stanza », puis « Azzurro ». Et si c’est une chanson intitulée « Dolce Vita » que vous avez en tête, c’est sans doute celle de Ryan Paris, sortie en 1983.

Le plus intéressant commence quand on relit les paroles. Presque aucune de ces chansons ne raconte la vie douce et légère qu’on leur prête.

Quelle est la musique du film La Dolce Vita ?

Tout part d’un film. La dolce vita, tourné en 1959 et sorti en 1960, est réalisé par Federico Fellini, avec une musique de Nino Rota, et il a remporté la Palme d’or au 13e Festival de Cannes, comme le rappelle la fiche de l’encyclopédie Treccani. C’est le film du bain d’Anita Ekberg, alias Sylvia, dans la fontaine de Trevi, et du photographe nommé Paparazzo.

Ce que l’on oublie, c’est que la bande originale n’est pas une suite de chansons à fredonner. C’est une partition de cinéma, écrite pour accompagner les nuits romaines de Marcello Rubini, le journaliste à scandales joué par Marcello Mastroianni. Si la façon dont une musique de film guide nos émotions vous intéresse, notre article sur les musiques de film qui manipulent vos émotions détaille le procédé.

Un détail relie pourtant le film aux chansons de cette liste. Dans la distribution, Treccani crédite un certain Adriano Celentano dans le rôle d’un chanteur. Huit ans plus tard, c’est lui qui chantera « Azzurro ».

Trois chansons italiennes de l’époque du film

« Volare » de Domenico Modugno (1958)

Le titre officiel est « Nel blu dipinto di blu ». Écrite par Modugno et Franco Migliacci, elle remporte le festival de Sanremo le 1er février 1958, chantée par Domenico Modugno en duo avec Johnny Dorelli, comme le voulait alors le règlement, rappelle Panorama. Treccani la décrit comme le disque italien le plus vendu à l’étranger. Aux États-Unis, lors de la toute première cérémonie des Grammy Awards, elle obtient à la fois le prix de l’enregistrement de l’année et celui de la chanson de l’année, d’après le palmarès officiel des Grammy.

On la chante comme un hymne au ciel bleu. Relisez le premier couplet : « Penso che un sogno così non ritorni mai più ». C’est un rêve, et le narrateur sait déjà qu’il ne reviendra pas. Il se peignait les mains et le visage en bleu, il s’envolait, puis l’aube arrive et le rêve s’efface. Le bleu, il le retrouve à la fin dans les yeux de la femme aimée.

Modugno la chante lui-même à la télévision américaine :

Domenico Modugno, « Volare (Nel blu, dipinto di blu) » au Ed Sullivan Show (The Ed Sullivan Show)

« Tu vuò fà l’americano » de Renato Carosone

Son swing semble tout droit sorti de l’Italie insouciante des années 1950. Treccani la range parmi les compositions de Renato Carosone, pianiste napolitain qui quitte brusquement la scène en 1960, au sommet de sa carrière : l’année même de la sortie du film de Fellini.

Sous le swing, c’est une moquerie. Le personnage veut faire l’Américain : whisky and soda, rock’n’roll, base-ball. La chute est cruelle et drôle à la fois : l’argent pour ses Camel, c’est encore « la borsetta di mammà », le sac à main de sa mère. La publicité s’en sert aujourd’hui pour vendre une Italie authentique.

« Il cielo in una stanza » de Gino Paoli

Treccani cite « Il cielo in una stanza » parmi les succès de Gino Paoli du début des années 1960, à côté de « Senza fine » et « Sapore di sale ». C’est la plus intime des trois. Le décor tient dans une pièce : quand l’autre est là, « questa stanza non ha più pareti », cette chambre n’a plus de murs, seulement des arbres à l’infini.

Pas de Vespa, pas de terrasse ni de côte ensoleillée : tout se joue entre quatre murs. Si vous cherchez une chanson d’Italie qui ressemble à une déclaration murmurée plutôt qu’à une carte postale, c’est celle-là.

« Azzurro » : la chanson de l’été qui parle d’un homme resté en ville

« Azzurro » sort en 1968 en face A d’un 45 tours d’Adriano Celentano, avec une musique de Paolo Conte et des paroles de Vito Pallavicini. Sky TG24 la décrit comme devenue un vrai hymne italien, bien au-delà des frontières du pays.

Le fil de la chanson, c’est l’été. « Cerco l’estate tutto l’anno » : je cherche l’été toute l’année. Et quand il arrive enfin, la femme qu’il aime est partie vers les plages, et lui est resté seul, là-haut, en ville. L’après-midi est trop bleu et trop long pour lui. Il n’est pas en vacances. Il attend.

On en a pourtant fait une chanson de vacances, à écouter verre à la main. Paolo Conte et Pallavicini ont écrit l’inverse : l’été vu de l’appartement, par celui qui n’est pas parti.

Réplique imaginée, pour le plaisir : si l’on demandait à l’homme d’« Azzurro » s’il vit la dolce vita, il répondrait sans doute qu’il la regarde partir en train.

Quelle est la chanson « Dolce Vita » des années 1980 ?

Si c’est « la dolce vita chanson » que vous cherchez, la réponse n’est alors ni Fellini ni Modugno. Il s’agit de « Dolce Vita », chantée par Ryan Paris, de son vrai nom Fabio Roscioli. Selon Il Resto del Carlino, le single sort en janvier 1983, avec un texte de Gazebo, et il est produit par Pierluigi Giombini. Le quotidien rapporte qu’il atteint cette année-là le sommet des hit-parades dans huit pays européens.

Musicalement, on est loin des années 1950 : c’est de l’italo disco, une pop dansante faite de synthétiseurs et de boîtes à rythmes. Le titre reprend l’expression rendue célèbre par le film, mais la chanson appartient à une autre génération. Si vous montez une playlist sur ce thème, elle peut y figurer, à condition de savoir qu’elle fait un saut de vingt ans.

Caruso et les autres : quand la playlist dépasse l’époque

Une playlist de « chansons italiennes Dolce Vita » peut aussi mélanger les décennies, par exemple avec « Caruso », de Lucio Dalla. Treccani la place parmi les chefs-d’œuvre de Dalla, avec « Piazza Grande » ou « L’anno che verrà », mais elle n’appartient pas à l’époque du film.

Son sujet n’a rien de léger. Elle s’ouvre au bord de la mer, « dove il mare luccica e tira forte il vento », et son refrain, qui s’ouvre en napolitain sur « Te voglio bene assaje », dit un amour immense sur une mélodie grave. Elle a sa place dans une écoute de la chanson d’Italie. Elle n’a pas sa place dans une playlist d’apéritif en terrasse, sauf à aimer les contrastes.

Ce que disent vraiment ces chansons d’Italie

TitreAnnéeCe qu’on croit entendreCe que dit la chanson
Nel blu dipinto di blu (Volare), Domenico Modugno1958Un hymne joyeux au ciel bleuUn rêve de vol qui s’efface à l’aube
Tu vuò fà l’americano, Renato CarosoneAnnées 1950L’Italie insouciante qui swingueLa moquerie d’un jeune Napolitain qui singe l’Amérique avec l’argent de sa mère
Il cielo in una stanza, Gino PaoliDébut des années 1960Une romance de plusUne pièce dont les murs disparaissent quand l’autre est là
Azzurro, Adriano Celentano1968Une chanson de vacancesUn homme resté seul en ville pendant que celle qu’il aime est à la plage
Dolce Vita, Ryan Paris1983Un classique de l’époque FelliniUn tube italo disco, vingt ans après le film

Ces mélodies tiennent peut-être si bien parce que leur gaieté porte des paroles qui regardent ailleurs. Le phénomène n’a rien de propre à l’Italie, et notre article sur les chansons qui restent en tête pendant des années explique pourquoi certains refrains, comme « Volare, oh oh », s’installent si durablement.

Comment écouter autrement la musique italienne de la Dolce Vita ?

Commencez par le film plutôt que par la playlist : la musique de Nino Rota vous donnera le climat réel de 1960, avant les chansons qu’on y a accrochées ensuite. Puis écoutez « Volare » jusqu’au bout, en guettant le moment où le rêve se termine, et « Azzurro » en vous mettant à la place de celui qui n’est pas parti.

Si ce décalage entre une mélodie radieuse et des paroles plus sombres vous a plu, prolongez avec cette chanson d’amour ultra romantique qui cache un message bien moins tendre, et réécoutez-la en lisant les paroles.

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