Percussion africaine : comment l'utiliser dans votre musique ?
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En 1960, Columbia publie Drums of Passion du Nigérian Babatunde Olatunji, l'un des premiers albums de musique du monde sortis par une grande maison de disques, rappelle Billboard. Neuf ans plus tard, son titre « Gin-Go-Lo-Ba » devient « Jingo » sur le premier album de Santana. Utiliser une percussion africaine dans votre musique, c'est d'abord lui rendre son rôle : savoir quel tambour mène, lequel accompagne, où tombent les accents. Le son vient après.
Quelles percussions africaines choisir selon le rôle qu'elles tiendront ?
On parle souvent des percussions africaines comme d'une seule couleur. C'est l'erreur de départ : chaque instrument a une place précise dans son ensemble d'origine. Avant de choisir un timbre, choisissez une fonction : une basse, un motif qui tourne, une voix qui improvise, une mélodie. Le tableau ci-dessous se limite aux instruments présentés plus bas, à partir des fiches du Metropolitan Museum of Art, de l'Unesco et de la recherche publiée.
| Instrument | D'où il vient | Sa place dans l'ensemble | Ce qu'il peut tenir dans votre morceau |
|---|---|---|---|
| Djembé | Monde mandingue (Mali, Guinée, Côte d'Ivoire…) | Accompagne ou mène l'improvisation | La voix soliste, ou un motif répété |
| Dundun mandingue | Même région | Tambour grave qui accompagne le djembé | La basse rythmique |
| Sagba, kenkeni et cloche kenken | Même région | Petits tambours d'accompagnement, chacun avec sa cloche de fer | Le motif qui tourne sans varier |
| Dùndún yoruba (tambour parlant) | Pays yoruba, Nigeria | Le plus grand, l'ìyáàlù, dirige l'ensemble | Une phrase qui glisse, presque chantée |
| Balafon | Mandingues, Sénoufo (Mali, Guinée, Burkina Faso, Côte d'Ivoire) | Rythme et mélodie à la fois | Un riff, une mélodie, avec sa propre gamme |
D'autres instruments existent, bien sûr, comme l'udu, la jarre percée que nous présentons parmi les instruments de percussion à main les plus insolites. Mais ces cinq-là suffisent à comprendre une idée simple : dans les ensembles décrits ici, chaque partie prend son sens par rapport aux autres.
Comment sonne un djembé, et pourquoi un seul échantillon ne suffit pas ?
Le djembé, que les ethnomusicologues écrivent souvent jembe, est un tambour en forme de calice, le plus souvent taillé dans une seule pièce de bois. Le Metropolitan Museum of Art de New York décrit son montage : une peau de chèvre trempée, tenue par trois anneaux de fer, puis une corde passée en zigzag et retendue plusieurs fois une fois la peau sèche. Ces trois anneaux le distinguent des autres tambours en calice de la région.
Il se joue toujours à mains nues, et l'endroit comme la façon de frapper changent la couleur et la hauteur du son. En bambara, la langue parlée surtout au Mali, les joueurs décrivent trois frappes par leur hauteur : haute, moyenne, basse. En anglais, on les appelle tone, slap et bass ; en français, on parle volontiers de ton, de claqué et de basse. Avant de jouer, certains jembefola, les joueurs de djembé, approchent même leur instrument du feu : la peau sèche, se tend, et la note monte.
Pour vous, la conséquence est directe. Un djembé, ce n'est pas un son, ce sont au moins trois sons, plus toutes les nuances entre eux. Un seul échantillon recopié sur tout un motif donne une boucle raide, qui n'a plus rien de la frappe d'une main. Si vous travaillez sur ordinateur, prenez une banque qui sépare les trois frappes et plusieurs intensités, et alternez-les. Si vous enregistrez un musicien, laissez-le régler la tension de sa peau avant la prise : c'est elle qui donne la hauteur, donc la place du djembé face à votre basse et à votre caisse claire.
Reste une question, plus importante que le choix de la banque de sons : avec qui joue-t-il ?
Djembé, dundun, cloches : comment se répartissent les rôles dans un rythme mandingue ?
Le djembé peut jouer en solo ou avec le seul dundun, mais la fiche du Met décrit aussi des ensembles plus fournis : un à trois joueurs de djembé, un à trois joueurs de dundun, ce tambour grave qui l'accompagne d'ordinaire, et les joueurs de deux tambours plus petits, le sagba et le kenkeni, chacun avec sa cloche de fer, le kenken. La formation varie selon l'occasion et la région.
Le vocabulaire malien dit tout de leur relation. Le motif d'accompagnement s'appelle den, « l'enfant ». Le motif qui mène s'appelle ba, « la mère ». Une pièce repose en général sur un ou deux motifs d'accompagnement, et c'est par-dessus que le soliste improvise.
Une phrase de la même fiche devrait être affichée au-dessus de chaque logiciel de musique : dans les rythmes malinkés, les temps accentués tombent rarement sur la pulsation de base. Autrement dit, si vous calez chaque coup fort sur le premier temps de la mesure, comme on le ferait pour une grosse caisse de rock, le timbre reste, mais le rythme n'a plus rien de malinké.
Le tambour parlant yoruba : comment peut-il suivre la langue ?
La mère, encore. Chez les Yoruba, le plus grand tambour de l'ensemble dùndún s'appelle l'ìyáàlù, « le tambour mère », et c'est lui qui dirige. Une étude publiée en 2022 dans la revue Frontiers in Communication décrit ces tambours : des instruments en forme de sablier, à deux peaux reliées par des cordes de tension, frappés avec une baguette recourbée en forme de « J », l'opá. Le joueur serre les cordes contre son corps : la peau se tend, la note change.
Pourquoi tant d'efforts pour changer de note ? Parce que le yoruba est une langue tonale, où la hauteur de la voix distingue les mots ; l'étude y relève trois hauteurs relatives, basse, moyenne et haute. En imitant ces hauteurs et les glissements entre elles, le tambour peut reproduire des paroles. C'est tout l'objet de l'étude de Frontiers : la manière dont ces tambours servent de substitut à la parole.
Deux conséquences pour un compositeur. D'abord, une partie de tambour parlant s'écrit comme une ligne de chant, avec des notes qui montent, descendent et glissent, pas comme une suite de coups de tom. Ensuite, une phrase de dùndún peut avoir un sens. Si vous découpez un échantillon dans un enregistrement, vous ne savez pas forcément ce qu'il dit. Avant de le mettre en boucle au centre d'un refrain, renseignez-vous sur son origine et sur ses paroles.
Le balafon : comment l'accorder quand sa gamme n'est pas celle du piano ?
Le balafon est un xylophone à lames de bois, posé sur des calebasses qui servent de caisses de résonance. Les pratiques et expressions culturelles liées au balafon sénoufo, le ncegele, joué au Mali, au Burkina Faso et en Côte d'Ivoire, sont inscrites au patrimoine culturel immatériel de l'humanité depuis 2012. La décision de l'Unesco décrit cet instrument avec précision : onze à vingt et une lames, des calebasses percées dont les trous sont recouverts de filaments de cocons d'araignée pour enrichir le son, des baguettes de bois garnies de caoutchouc.

Selon l'Unesco, son accord repose sur une division de l'octave en cinq intervalles égaux. Faisons le calcul : une octave compte 1 200 cents ; divisée en cinq, chaque intervalle mesure, en théorie, 240 cents. La gamme pentatonique d'un piano alterne des écarts de 200 et de 300 cents : à part la note de départ et son octave, les notes des deux systèmes ne coïncident pas. C'est l'accord du balafon sénoufo ; d'autres balafons, mandingues notamment, ont d'autres gammes : vérifiez celle de l'instrument ou de la banque de sons que vous utilisez.
Vous avez trois options. Construire le morceau autour du balafon et faire jouer les autres instruments sans frettes ni touches fixes, la voix, un violon, une basse fretless, qui peuvent s'ajuster. Garder la friction, assumée, comme une couleur. Ou réaccorder un échantillon de balafon sur le tempérament égal, en sachant que vous changez alors l'instrument.
Un rappel, enfin : certains balafons ne sont pas des instruments de studio. En Guinée, le Sosso-Bala, un balafon d'environ 1,5 mètre à vingt lames qui aurait appartenu au roi Soumaoro Kanté, monté sur le trône de Sosso au début du XIIIe siècle, est conservé à Nyagassola. Selon l'Unesco, seul le Balatigui, patriarche de la famille Dökala, a le droit d'en jouer, pour les grandes occasions comme le nouvel an musulman ou les funérailles. Pour l'histoire de l'instrument, lisez aussi notre article sur le balafon.
Ce que « Jingo » de Santana montre d'un emprunt à Olatunji
Revenons à 1969 et à « Jingo ». Le titre a perdu deux syllabes, mais on y entend encore l'original. C'est la leçon à retenir : quand vous empruntez, laissez votre source visible. La musique d'Olatunji n'a pas voyagé que par ses disques. Selon le même article de Billboard, paru à sa mort en 2003, il fonde dans les années 1960 à New York l'Olatunji Center for African Culture, avec l'aide de John Coltrane ; Mickey Hart, le batteur du Grateful Dead, fait paraître chez Rykodisc ses albums des années 1980, puis tourne avec lui dans les années 1990.
« Jingo », version Santana :

Intégrer des percussions africaines à un morceau : la méthode, étape par étape
- Écouter des pièces entières, pas des boucles. Drums of Passion est un bon point de départ.
- Choisir un rôle avant un timbre. Une basse rythmique, une cloche qui tourne, une voix soliste, une ligne mélodique : décidez ce qui manque à votre morceau, puis prenez l'instrument qui tient ce rôle.
- Programmer l'enfant d'abord. Un ou deux motifs d'accompagnement, avec des accents décalés de la pulsation. Laissez de la place au-dessus.
- Garder un soliste vivant. Une boucle répétée n'improvise pas : pour la partie qui improvise par-dessus l'enfant et la mère, faites appel à un percussionniste, ou apprenez-la auprès d'un professeur.
- Accorder autour du balafon, après avoir vérifié sa gamme, ou choisir en connaissance de cause de le réaccorder.
- Nommer ce que vous utilisez dans les crédits : l'instrument, le musicien, la provenance de l'échantillon.
Une limite à garder en tête : une banque de sons, même excellente, vous donne les frappes, pas la grammaire. Elle ne vous dira pas où placer le motif qui mène, ni quand le soliste doit se taire.
Réécoutez « Jingo », puis « Gin-Go-Lo-Ba », l'une après l'autre. Cette fois, ne suivez ni la guitare ni le chant : cherchez quelle partie répète sans varier et laquelle parle par-dessus. Et pour savoir d'où vient le tambour qui a fait le tour du monde, poursuivez avec l'histoire du djembé.


