Violon rare : comment reconnaître un vieux violon de valeur ?

Violon ancien au vernis usé couché dans son étui, vu de près autour de l'ouïe et du chevalet

Un violon rare n'est pas un violon vieux. C'est un instrument dont un expert peut nommer l'auteur ou l'atelier, dont l'état a traversé le temps et dont l'histoire se prouve, papier après papier ; l'étiquette collée à l'intérieur ne compte presque pas. Pour savoir ce que vaut un violon de grenier ou de brocante, on le montre d'abord à un luthier, puis, si l'enjeu le justifie, on demande un certificat à un expert. Voici ce qui fait la rareté d'un violon, les pièges qui trompent le plus souvent, comment se fait une attribution et ce qu'il faut savoir avant d'acheter un violon ancien, en 7/8 ou en taille entière.

Qu'est-ce qui rend un violon rare ?

La main vient en premier. Un violon sorti de l'atelier d'Antonio Stradivari ou de celui des Guarneri, à Crémone, ne se refabrique pas, et leur nombre ne peut que baisser. L'état passe ensuite : une table d'origine sans fissure grave et un vernis peu retouché pèsent plus lourd que les années. Reste la provenance, c'est-à-dire la suite des propriétaires connus, appuyée sur des documents.

Le « Lady Blunt » coche toutes les cases. Ce Stradivarius de 1721 porte le nom de Lady Anne Blunt, petite-fille du poète Lord Byron, qui l'a gardé une trentaine d'années, et le directeur de la maison de vente Tarisio le décrivait comme le Stradivarius le mieux conservé mis en vente depuis quarante ans. Vendu en juin 2011 pour 9,8 millions de livres, frais compris, selon le magazine britannique The Strad, il détient toujours le record d'un instrument de musique aux enchères. En février 2025, le « Joachim-Ma », autre Stradivarius adjugé chez Sotheby's à New York pour environ 11,3 millions de dollars, ne l'a pas dépassé. L'histoire complète de cette vente et de l'atelier de Crémone se lit dans notre article sur le violon Stradivarius.

Arlequins et faux : pourquoi un vieux violon trompe-t-il si souvent ?

Le premier piège est connu : l'étiquette « Stradivarius » lue à travers l'ouïe désigne en général le modèle copié, imprimée en série au XIXe siècle sur des violons d'atelier, et notre article sur les instruments anciens en brocante explique comment la lire et quoi vérifier sur un stand. Deux autres pièges, moins souvent racontés, comptent davantage quand le violon semble sortir de l'ordinaire. Josiane Bran-Ricci, conservatrice en chef honoraire du patrimoine au musée de la Musique, les décrit dans l'article de l'Encyclopædia Universalis sur la restauration des instruments.

Le violon arlequin, d'abord. Il est assemblé avec des pièces de plusieurs facteurs : la table de l'un, le fond d'un autre. Un tel instrument peut porter une partie ancienne et soignée qui attire l'œil, alors que le reste n'a rien à voir avec elle. Une belle volute ne garantit donc pas que la caisse vienne de la même main, et c'est l'ensemble que l'expert examine, pièce par pièce.

Le faux complet, ensuite. Au début du XXe siècle, un marchand italien, Leopoldo Franciolini, vendait des instruments recomposés à partir de morceaux anciens ou entièrement falsifiés, au point de publier un catalogue de ce qu'il proposait.

Violon démonté sur un établi : caisse sans sa table, table posée à côté, manche, chevilles et deux outils de luthier
Table ôtée, l'intérieur d'un violon montre ce que l'étiquette tait : réparations, pièces rapportées, manière de l'atelier.

Le violon du Titanic : quand l'histoire fait la valeur

Les trouvailles authentiques existent, mais elles ressemblent rarement aux légendes. En 2006, un violon est retrouvé dans un grenier. Une plaque d'argent fixée sur l'instrument porte une dédicace en anglais : « Pour Wallace, à l'occasion de nos fiançailles. De Maria. » Wallace Hartley dirigeait l'orchestre du Titanic, qui jouait encore pendant que le paquebot sombrait, en avril 1912. Après sept ans d'enquête et d'analyses, la maison Henry Aldridge and Son, à Devizes, l'a présenté comme authentique et l'a vendu en octobre 2013 pour 900 000 livres à un collectionneur britannique, selon l'AFP.

Ce n'est pas un violon de maître. Il s'agit d'un instrument de fabrication allemande, dont la valeur tient à l'objet d'histoire et non à la lutherie. Son authenticité a d'abord été contestée, certains doutant qu'un violon ait pu survivre à l'eau de mer ; les analyses commandées par la maison de vente l'ont confirmée. Pour un violon de famille, le réflexe utile est de conserver les papiers de succession et les noms des anciens propriétaires : c'est la matière première de toute provenance, et elle se perd plus vite que le bois.

Comment faire expertiser un violon ancien ?

La démarche se fait par étapes, et chacune décide s'il faut passer à la suivante.

  1. Ne rien réparer avant : ni colle, ni retouche de vernis, ni nettoyage énergique. Un geste maladroit efface des indices que l'expert aurait lus ; les erreurs à éviter quand on restaure un instrument ancien valent aussi pour un violon.
  2. Montrer l'instrument à un luthier, qui distingue un violon d'étude, une fabrication d'atelier et une pièce qui mérite d'aller plus loin. Demandez-lui aussi le coût d'une remise en état : il pèse dans la décision de vendre ou de garder.
  3. Demander un certificat à un expert si le luthier y voit une pièce de valeur. Selon l'Encyclopædia Universalis, l'identification des instruments de lutherie revient à des experts assermentés. Sans ce certificat, un violon ne se vend pas comme l'œuvre d'un grand nom.
  4. Ajouter une analyse du bois quand l'âge annoncé est en jeu.

Cette analyse, la dendrochronologie, date le bois de la table en épicéa d'après ses cernes de croissance. Ses limites sont nettes, et l'institut fédéral suisse de recherches WSL les résume dans une présentation des travaux du dendrochronologue Paolo Cherubini (en anglais) : elle donne l'année du dernier cerne visible, donc une date avant laquelle l'instrument n'a pas pu être fait, et non sa date de fabrication, puisque le bois a pu attendre des années en stock. Il faut aussi assez de cernes, au moins une cinquantaine, ce que les petits instruments n'offrent pas toujours. Un dernier cerne vers 1700 n'attribue rien à Stradivari. Un dernier cerne vers 1850, en revanche, suffit à écarter un prétendu violon crémonais du XVIIIe siècle.

Violon ancien 7/8 : une taille réservée aux violons de maître ?

Non. Le 7/8 est une taille intermédiaire entre le 3/4 et le violon entier, le 4/4, pensée pour des adultes ou des adolescents aux mains plus petites. Il en existe d'anciens, que l'on croise en vente sous le nom de « vieux violon 7/8 » ou de « violon de maître 7/8 ». La taille ne change rien à l'examen : un 7/8 passe par le même luthier et, s'il le mérite, par le même expert qu'un 4/4. Si vous le cherchez pour jouer, essayez-le avant d'acheter ; à cette taille, c'est le confort de la main gauche qui décide.

Acheter un violon d'occasion pour jouer : à qui s'adresser ?

Si le but est de jouer et non de placer de l'argent, la rareté passe au second plan. Chez un luthier, on peut essayer l'instrument et faire vérifier le chevalet et l'âme, cette petite baguette d'épicéa coincée entre la table et le fond, qui transmet les vibrations. Une annonce entre particuliers ou un stand de brocante ne permettent souvent ni l'un ni l'autre.

Le neuf de facture d'étude reste une solution honnête pour commencer ou reprendre. Voici quelques violons en taille entière, du plus cher au plus simple :

Si vous visez plutôt un violon d'occasion vendu sur internet, lisez avant de payer notre article acheter un instrument d'occasion en ligne : bonne idée ou piège ?, puis demandez à un luthier de voir le violon avant d'y toucher.

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