Instruments anciens en brocante : repérer, estimer, acheter

Vieux piano droit en bois avec un violon, une flûte et une guitare posés autour

Un instrument ancien se repère à sa marque et à sa facture, et s'estime d'après des ventes comparables et l'avis d'un luthier ou d'un expert. En brocante, il s'achète après quelques vérifications faites sur place, sans outil. L'étiquette collée à l'intérieur ne prouve rien, l'état compte plus que l'âge, et certaines matières (ivoire, palissandre de Rio) changent les règles de la revente. Voici comment examiner un violon, une guitare, un accordéon, un cuivre ou un piano posé sur une table pliante, avant de sortir le porte-monnaie.

Une étiquette « Stradivarius » prouve-t-elle quelque chose ?

Penchez-vous sur l'ouïe d'un vieux violon. Vous y lirez peut-être « Antonius Stradiuarius Cremonensis », suivi d'une date du XVIII siècle. La phrase est imprimée. Elle désigne le modèle copié, et rien d'autre.

L'encyclopédie Universalis le rappelle dans son article sur la restauration des instruments de musique. Son autrice, Josiane Bran-Ricci, conservatrice en chef honoraire du patrimoine au musée de la Musique, explique qu'au XIX siècle des violons construits en grande partie à Mirecourt, dans les Vosges, et en Allemagne portaient une étiquette imprimée au nom de Stradivarius, datée, sans aucune valeur d'authentification. Elle précise que l'identification des instruments de lutherie revient à des experts assermentés : un amateur, même armé de bons ouvrages, n'authentifie pas le violon du grenier.

Un violon d'atelier de Mirecourt bien fait reste pourtant un instrument qui sonne, qui se répare, et qui a une histoire. On le regarde pour ce qu'il est, une fabrication soignée en série. Les étals réservent aussi d'autres méprises, sur des instruments mal identifiés par leur vendeur, que nous racontons dans l'article sur les instruments que les brocanteurs confondent.

Que vérifier sur un stand de brocante avant d'acheter un instrument ancien ?

Sur un stand, on n'a ni lampe d'atelier ni outillage, seulement ses mains, ses yeux et ses oreilles. Cela suffit pour écarter la plupart des mauvaises affaires. Demandez à prendre l'instrument en main, à le tourner vers la lumière, à en jouer quelques notes même si vous jouez mal ; si le vendeur refuse, passez au stand suivant.

Chaque famille d'instruments a ses points faibles, et ce sont eux qu'on regarde en premier.

InstrumentCe qu'on vérifie sur placeCe qui annonce une réparation lourde
Violon, alto, violoncelleFissures de la table, surtout près des ouïes ; touche bien collée ; chevilles qui tiennentFissure à l'endroit de l'âme ou du chevalet ; manche qui bascule vers l'avant
GuitareAlignement du manche (en visant depuis la tête) ; chevalet bien collé ; frettesChevalet qui se soulève ; table bombée derrière lui ; manche vrillé
AccordéonSoufflet tiré sans appuyer ni sur les touches ni sur le bouton d'air : il doit résister ; chaque note jouée une à uneSoufflet qui fuit de partout ; série de notes muettes ou qui sonnent faux
Saxophone, trompette, clarinetteClés et pistons qui reviennent seuls ; bosses ; état des tamponsCorps ou bocal tordu ; soudures arrachées ; pistons bloqués
Piano droitToutes les touches qui remontent ; état des marteaux ; bruit de la mécaniqueCadre ou table d'harmonie fendus ; chevilles qui ne tiennent plus l'accord

Deux mots de vocabulaire éclairent ce tableau. L'âme est la petite baguette d'épicéa coincée, sans colle, entre la table et le fond d'un violon : une fissure à son niveau touche le cœur de l'instrument. Les tampons sont les rondelles, souvent en cuir, qui ferment les trous d'un saxophone ; usés, ils laissent passer l'air et le son s'étrangle. Leur remplacement demande un réparateur et du temps.

Vieil accordéon à clavier piano, au boîtier gris nacré et au soufflet noir, posé sur une table en bois
Sur un accordéon, le soufflet se vérifie avant la musique : tiré sans toucher ni touche ni bouton d'air, il doit résister.

Restent les indices qui renseignent vraiment sur l'âge et la provenance : un nom de fabricant gravé ou estampé, un numéro de série frappé sur le corps d'un cuivre, une plaque de facteur à l'intérieur d'un piano. Notez-les et photographiez-les avant de repartir avec l'instrument, ou même avant de négocier.

Estimer un vieil instrument de musique avec méthode

Personne ne devrait vous donner de cote au coin d'un stand, et nous n'en donnerons pas ici : la valeur d'un instrument ancien dépend de la facture, de l'état et du marché du moment. Aucun tableau général ne la fixe. On peut en revanche suivre une méthode en quatre étapes.

  1. Identifier : marque, modèle, numéro de série, lieu de fabrication. Pour un cuivre ou un saxophone, le numéro de série permet, chez les grandes marques, de dater l'instrument d'après les listes de numéros publiées.
  2. Comparer des ventes réelles plutôt que des annonces : les résultats d'enchères publiés par les maisons de vente montrent ce qu'un instrument comparable s'est vraiment vendu, ce qu'un prix demandé en ligne ne dit jamais.
  3. Faire examiner l'instrument par un luthier ou un réparateur, qui dira son état réel et le coût de sa remise en jeu.
  4. Faire expertiser si les étapes précédentes laissent penser à une pièce rare.

Une règle simple évite bien des déceptions : additionnez le prix demandé et le coût de remise en état annoncé par le professionnel, puis comparez avec un instrument équivalent déjà réglé chez un marchand. Si l'ancien coûte plus cher pour jouer moins bien, vous l'achetez pour son histoire ; c'est permis, à condition de le savoir. Les achats à distance, où l'on ne peut rien toucher, posent d'autres questions, détaillées dans notre article sur l'achat d'un instrument d'occasion en ligne.

Ivoire, palissandre de Rio : les matières qui encadrent la revente

Certains vieux instruments de musique contiennent des matières protégées. Les touches blanches de nombreux pianos anciens sont plaquées d'ivoire, des archets portent une garniture en ivoire, et des guitares ont un fond et des éclisses en palissandre de Rio.

Garder et jouer chez soi un piano aux touches d'ivoire ne pose aucun problème. Ce sont la revente, l'exportation ou le remplacement d'une pièce en ivoire qui demandent des papiers, et donc du temps, à prévoir si vous comptiez sur une plus-value.

Nettoyer et recorder sans abîmer l'instrument

L'instrument est chez vous. La tentation est forte de tout resserrer et de tout recoller. C'est le moment de ralentir. Un vernis ancien ne se frotte pas avec un produit ménager, et une colle moderne sur une vieille fissure peut rendre la future réparation impossible ; ces faux pas sont décrits un par un dans notre article sur les erreurs à éviter quand on restaure un instrument ancien.

Pour une guitare saine dont le vernis est en bon état, le premier entretien reste à portée de main : dépoussiérer, entretenir la touche, changer les cordes. Un kit complet comme le MN108 de Music Nomad réunit, selon la fiche du marchand, de quoi nettoyer traces de doigts, poussière et résidus sur une guitare ou une basse. Sur un vernis ancien ou à la gomme-laque, demandez d'abord l'avis du luthier.

Pour un violon, l'ordre compte davantage : le réglage de l'âme et du chevalet d'abord, les cordes neuves ensuite. Une fois l'instrument d'atelier remis en réglage, le choix du jeu se fait avec le luthier. Les Dynamo de Thomastik-Infeld sont présentées par le marchand comme une corde professionnelle pensée pour des violons de profils variés. Le jeu Dominant de la même marque associe, selon la fiche, un mi à âme acier à des cordes graves à âme synthétique.

Puis vient la première note, après des années dans un carton. Écoutez-la deux fois : une pour le plaisir, une pour entendre ce que le bois a gardé de ses anciens propriétaires. Et si votre trouvaille est un violon, lisez ensuite pourquoi certains violons anciens atteignent des millions : vous regarderez l'étiquette du vôtre d'un autre œil.

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