Solos de guitare électrique célèbres : quatre à écouter de près
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Une cassette lue au téléphone, entre Malibu et un studio de Miami : sans elle, le solo de « Hotel California » ne sonnerait pas comme on le connaît. Parmi les solos de guitare électrique célèbres, quatre reviennent sans cesse : « Stairway to Heaven » de Jimmy Page (1971), « Hotel California » de Don Felder et Joe Walsh (1976), « Eruption » d'Eddie Van Halen (1978) et « Comfortably Numb » de David Gilmour (1979). Aucun ne doit sa place à la seule vitesse. Chacun a une histoire de prise, et cette histoire s'entend quand on sait où tendre l'oreille.
« Stairway to Heaven » : pourquoi Jimmy Page a-t-il sorti une Telecaster ?
Le morceau figure sur le quatrième album de Led Zeppelin, sans titre, paru le 8 novembre 1971. Pour le solo, Page laisse de côté sa Les Paul et prend une Telecaster de 1959 que lui avait donnée Jeff Beck, branchée dans un petit ampli Supro ; il a reconnu plus tard qu'il pouvait s'agir d'un Marshall. Trois solos improvisés sont enregistrés, et il hésite longtemps avant de choisir.
Improvisés, mais pas tout à fait. Page a raconté qu'il avait travaillé la première phrase, puis la phrase de liaison, et laissé le reste venir. On l'entend : une entrée préparée, posée, presque chantée, puis un jeu qui se resserre et monte.
« Hotel California » : un solo rejoué d'après une démo
L'album des Eagles qui porte le même titre sort fin 1976. Un an plus tôt, Don Felder avait enregistré une démo où il se répondait à lui-même, Stratocaster contre Les Paul. En studio à Miami, il commence à jouer autre chose avec Joe Walsh. Don Henley l'arrête : il faut jouer exactement ce qu'il y a sur la démo. La cassette est restée à Malibu. Felder appelle sa femme de ménage, qui la passe au téléphone ; on l'enregistre sur un magnétophone du studio, et Felder réapprend ce qu'il avait improvisé sur la démo. Il l'a raconté en 2014, comme le rapporte Classic Rock.
Sur le disque, les deux guitaristes jouent chacun leur tour, puis s'unissent en harmonie et finissent sur des arpèges. À l'écoute, suivez une seule guitare d'un bout à l'autre : le dialogue se construit phrase contre phrase.
« Eruption » : le solo de guitare rock qui a révélé le tapping
Une minute quarante-deux, en deuxième plage du premier album de Van Halen, paru en février 1978. Le morceau n'était pas prévu : le producteur Ted Templeman entend Eddie Van Halen le répéter au studio Sunset Sound, en septembre 1977, pour un concert au Whisky a Go Go, et décide de le garder.
Ce qui l'a rendu célèbre, c'est le tapping à deux mains : la main droite frappe les notes sur le manche au lieu de gratter. « Eruption » l'a fait entendre au grand public du rock. Notre guide du tapping à la guitare en décompose les gestes, et l'on retrouve la même main droite dans le solo de « Beat It » pour Michael Jackson. En 2013, les lecteurs de Guitar World l'ont élu meilleur solo de tous les temps, au terme d'un tournoi dont la finale l'opposait à « Comfortably Numb » (57,06 % des voix).

« Comfortably Numb » : pourquoi Gilmour n'a-t-il jamais appris son second solo ?
Le morceau figure sur « The Wall » de Pink Floyd, en 1979, et compte deux solos. Le premier arrive à 2 minutes 38 ; c'est le préféré du producteur Bob Ezrin. Le second, qui ferme le morceau, a été enregistré sans Ezrin, avec James Guthrie à la production. David Gilmour joue sa Stratocaster noire dans des amplis Hiwatt et une cabine rotative Yamaha.
Pour le premier, Ezrin se souvient d'une prise jouée presque d'emblée, la toute première ou l'une des premières. Pour le second, Gilmour a expliqué avoir enregistré cinq ou six prises et assemblé le solo final à partir des meilleurs passages. Plus surprenant : il a dit à Rick Beato ne l'avoir jamais appris, et préférer l'improviser à chaque concert, selon Guitar Player en juillet 2026. Comptez les silences du second solo : ils durent parfois autant que les notes.
Comment travailler un solo de guitare connu à l'oreille ?
Un solo célèbre se mémorise d'abord comme une mélodie. Pour l'aborder :
- Chanter la première phrase avant de toucher la guitare, comme Page avait fixé la sienne.
- Repérer où le solo respire, et garder ces silences en le jouant.
- Ralentir l'enregistrement pour les passages rapides, sans changer la hauteur des notes.
- Comparer ensuite avec une version en concert : chez Gilmour, elle ne sera jamais la même.
Le son tient aussi aux instruments : la Les Paul de Page et la Frankenstein de Van Halen ont leur histoire dans notre article sur le matériel des guitaristes célèbres.
Ce soir, réécoutez « Comfortably Numb » deux fois : la première pour le solo de 2 minutes 38, la seconde pour celui de la fin. Puis lisez comment un solo d'Eric Clapton a été gravé en une seule prise.


