Guitaristes célèbres : quel matériel jouaient-ils vraiment ?

Guitare électrique sunburst à pan coupé unique appuyée contre un tabouret en métal, devant un mur de planches grises

Les guitaristes célèbres n'ont pas joué sur des instruments de vitrine. Jimi Hendrix retournait une Stratocaster de droitier, Jimmy Page a acheté sa Les Paul de 1959 à un autre guitariste, Eric Clapton a fabriqué « Blackie » avec les pièces de trois Stratocaster d'occasion, Brian May a construit la sienne avec son père, et la Frankenstein d'Eddie Van Halen est née d'un corps vendu en pièces détachées. Voici, guitariste par guitariste, ce que l'on peut prouver sur leur matériel, et ce que les légendes ont arrangé en route.

Une règle pour la suite : chaque guitare, chaque ampli cité ici est attesté par l'artiste, sa maison de disques, un musée ou un grand magazine de guitare. Ce qui ne l'est pas a été laissé de côté. Vous trouverez donc moins de modèles que dans les listes habituelles, mais aucun au hasard.

Jimi Hendrix : une Stratocaster de droitier jouée à l'envers

Hendrix était gaucher, et les guitares pour gauchers étaient rares. Sa solution tient en trois gestes, décrits par le Museum of Pop Culture de Seattle à propos d'« Izabella », la Stratocaster blanche qu'il a jouée à Woodstock : inverser les cordes et le sillet en os près de la tête, déplacer le bouton de sangle de la grande corne vers la petite, puis jouer la guitare à l'envers. Pas de modèle spécial, donc. Une guitare de série, retournée.

Le musée précise d'où elle vient. Hendrix l'a achetée neuve chez Manny's Music, à New York, très probablement à l'automne 1968, et l'a jouée lors de plusieurs concerts entre octobre 1968 et septembre 1970. C'est avec elle qu'il donne à Woodstock, en 1969, sa version de « The Star-Spangled Banner », où l'hymne américain laisse passer les échos de la guerre du Vietnam. Peu avant sa mort, le 18 septembre 1970, il l'a offerte à Mitch Mitchell, le batteur de l'Experience.

La guitare porte encore les traces de ce jeu : de petites marques sur le corps, peut-être laissées par ses bagues, et un vernis usé sur la tête, là où il coinçait parfois une cigarette. En septembre 2024, le site officiel de l'artiste racontait qu'elle avait été sortie du musée pour l'ouverture de l'Experience Hendrix Tour à Seattle, et jouée sur scène par d'autres guitaristes. Si Izabella pouvait parler, elle dirait peut-être : « On m'a montée à l'envers, et c'est moi qu'on a gardée. » Une réplique imaginée, bien sûr ; les faits, eux, sont ceux du musée.

Jimmy Page : la Les Paul « Number One » venait de Joe Walsh

Page n'a pas trouvé sa Les Paul dans une boutique. Selon Guitar Player, il jouait une Fender Telecaster avec les Yardbirds et encore lors des premiers concerts de Led Zeppelin en 1968. Guitar World ajoute que c'est cette Telecaster qu'on entend sur le premier album du groupe.

Début 1969, il achète sa première Les Paul Standard, un modèle de 1959 à finition sunburst, à Joe Walsh, alors guitariste du James Gang. Prix : 500 dollars. Page résume la transaction ainsi : Walsh « a insisté pour que je l'achète, et il avait raison ». En mai, la guitare sert à enregistrer Led Zeppelin II. Elle reste sa préférée pendant toutes les années Zeppelin, et c'est en accumulant d'autres instruments qu'il prend l'habitude de l'appeler « Number 1 ».

Page rend lui-même à Clapton le mérite d'avoir associé la Les Paul et l'ampli Marshall. Dans un entretien de 1977 au magazine Trouser Press, cité par Guitar Player, il le dit ainsi : « Eric a été le premier à faire évoluer le son avec la Les Paul et les amplis Marshall. » Sur scène, Page passait aussi à une Gibson EDS-1275 à double manche, notamment pour « Stairway to Heaven ».

La guitare a fini par devenir un produit. En 2004, Gibson en a copié les détails pour une deuxième série de modèles signature : 150 exemplaires vieillis à la main par le luthier Tom Murphy, dont 25 signés par Page.

Eric Clapton : « Blackie », une guitare faite de trois autres

Clapton raconte l'origine de Blackie dans un article publié par uDiscover Music, le magazine en ligne d'Universal Music. De passage à Nashville, il entre dans un magasin qu'il se rappelle être Sho-Bud, et y trouve « tout un rayon de vieilles Strat des années 50 », vendues d'occasion. Elles étaient alors si démodées, dit-il, qu'on en trouvait une authentique « pour deux ou trois cents dollars, voire moins ».

Il en garde plusieurs. Il tenait à un corps noir, mais la Strat noire qu'il avait était en mauvais état : il démonte donc ses achats et assemble Blackie à partir de trois Stratocaster différentes. Lui-même appelle le résultat « un hybride, un bâtard ». Le mot dit tout : la guitare la plus associée à Clapton n'est sortie d'aucune usine sous cette forme.

Il la joue de 1970 à 1985. On la voit au concert du Rainbow en 1973, au Live Aid en 1985, et sur les pochettes de Slowhand et de Just One Night. En juin 2004, elle est vendue chez Christie's, à New York, au profit du Crossroads Centre d'Antigua, le centre de traitement des addictions fondé par Clapton. Selon Christie's, son prix, 959 500 dollars, est alors un record du monde pour une guitare ; l'acheteur est l'enseigne Guitar Center. Deux ans plus tard, 275 copies réalisées avec Fender sont mises en vente et partent en une journée.

Brian May : la Red Special, construite à la main dans une chambre d'amis

Brian May raconte lui-même, sur son site officiel, la naissance de sa guitare. À partir de 1963, il la fabrique avec son père, Harold, dans l'atelier que celui-ci avait aménagé dans la chambre d'amis de leur maison de Feltham, près de Londres. Il leur faut environ deux ans de moments libres, et tout est fait avec des outils à main : rabots, ciseaux à bois, scies, beaucoup de papier de verre. La teinte rougeâtre vient d'une teinture, puis de nombreuses couches de vernis poncées une à une.

La Red Special joue son premier concert en 1966, au Molesey Boat Club, avec le premier groupe de May, nommé 1984 ; elle a encore ses micros faits maison. Elle ne le quittera plus. Restaurée en 1998 par l'Australien Greg Fryer, elle sonne le 3 juin 2002 sur le toit du palais de Buckingham, pour le jubilé d'or d'Elizabeth II, où May joue « God Save the Queen ».

Le reste de son équipement est aussi peu ordinaire. May joue avec une pièce de six pence en guise de médiator : il l'écrit lui-même, « une vieille pièce de six pence au bord crénelé ». En 2014, le magazine Premier Guitar a filmé son installation de scène : trois amplis Vox AC30, réglés de façon que celui du milieu reçoive le son sec et ceux des côtés un écho différent. Pour la saturation, pas de pédale de distorsion : May joue sur le bouton de volume de sa guitare.

Queen's Brian May Rig Rundown Guitar Gear Tour

Eddie Van Halen : la Frankenstein, une légende qu'il a fallu redater

La légende est bien rodée. Van Halen aurait acheté chez Charvel un corps et un manche Boogie Bodies, posé un micro humbucker et un vibrato de Stratocaster, découpé une plaque noire à la main, peint des rayures noires et blanches, puis branché le tout sur son Marshall. Le journaliste Chris Gill, qui préparait avec Brad Tolinski un livre d'entretiens avec le guitariste, a vérifié la date, et elle ne tient pas.

Van Halen disait avoir construit la guitare en 1974 ou 1975, et le Metropolitan Museum de New York a repris la date de 1975 en exposant l'original en 2019. Or, écrit Gill dans Guitar World en 2021, Charvel n'a commencé à vendre les pièces Boogie Bodies qu'à la fin de 1976. La plus ancienne photo datée du corps nu a été prise le 18 février 1977 à Pasadena. La guitare n'est donc pas antérieure à 1976, et elle devient jouable entre la mi-janvier et le 18 février 1977. La peinture rouge vient plus tard, en 1979.

Un détail rattache même la Frankenstein à une guitare plus ancienne : la plaque de fixation du manche porte le numéro de série 61071, cohérent avec la Stratocaster de 1961 que Van Halen possédait avant. Pour Gill, cette Strat est « le père de Frankenstein ». La guitare qui a lancé la mode des « super Strat » est donc, elle aussi, un assemblage. Si c'est le jeu de Van Halen qui vous attire plus que sa guitare, voyez plutôt comment intégrer le tapping à votre jeu.

Ce que ces guitares de légende ont en commun

Mises côte à côte, ces cinq histoires disent surtout d'où viennent les instruments.

Guitariste Instrument D'où il vient Ce qu'on en a fait
Jimi Hendrix Stratocaster « Izabella » Achetée neuve à New York, sans doute en 1968 Cordes et sillet inversés, jouée à l'envers
Jimmy Page Les Paul Standard de 1959 Achetée à Joe Walsh en 1969, 500 dollars Copiée par Gibson en 2004
Eric Clapton Stratocaster « Blackie » Strat d'occasion achetées à Nashville Assemblée à partir de trois guitares
Brian May Red Special Fabriquée à la main avec son père, dès 1963 Restaurée en 1998, jouée depuis 1966
Eddie Van Halen Frankenstein Corps Boogie Bodies, fin 1976 au plus tôt Repeinte en 1979, datée trop tôt par la légende

Une seule de ces guitares est sortie d'un magasin neuve et telle qu'on la connaît, et c'est celle qu'on a retournée. Les autres sont d'occasion, faites maison ou recomposées. Toutes ont été transformées par leur propriétaire, et c'est justement cette part-là qu'aucun catalogue ne vend.

Faut-il jouer le matériel d'un guitariste célèbre pour avoir son son ?

Un modèle signature ne livre pas tout : une copie reproduit l'objet, pas le geste de celui qui le jouait.

Avant d'acheter, mieux vaut donc savoir ce que l'on cherche. Un timbre ? L'ampli compte souvent autant que la guitare, et notre guide pour choisir un ampli de guitare électrique aide à s'y retrouver. Un effet précis ? Certains sons tiennent à une seule pédale, comme le raconte l'article sur la pédale qui a façonné le son de Nirvana. Une façon de jouer ? Là, aucun achat ne remplace le travail.

Réécouter ces guitaristes célèbres en pensant à leur instrument

La prochaine fois que vous entendez « The Star-Spangled Banner » de Woodstock, pensez aux cordes inversées. Écoutez Led Zeppelin II en sachant que la guitare venait d'arriver, quelques mois plus tôt, des mains de Joe Walsh. Et quand le solo de « God Save the Queen » résonne au-dessus de Buckingham, souvenez-vous de la chambre d'amis de Feltham. Pour prolonger, réécoutez autrement les solos de guitare les plus emblématiques du rock : derrière plusieurs d'entre eux, il y a l'une de ces guitares.

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