Veau d'or vaudou : que disent les paroles de Johnny ?

Guitare électrique dessinée en lumière orangée au milieu de volutes de fumée, sur fond noir

« Je suis le fils de Lucifer. » Dès le premier vers, la question est réglée : dans « Veau d'or vaudou », c'est le diable qui parle, et il ne célèbre aucun rite. Écrite par Alain et Daniel Boublil pour l'album La Peur de Johnny Hallyday, en 1982, la chanson est une satire : le démon s'y vante de mener les hommes par l'argent, les idoles, les drapeaux et la guerre. Le mot « vaudou » n'y sert qu'au refrain, pour le son. Voici d'où vient le titre, ce que disent les paroles vers par vers, et pourquoi la sorcellerie qu'on lui prête n'est pas dans le texte.

D'où vient la chanson « Veau d'or vaudou » ?

Elle figure sur La Peur, l'album produit en 1982 par Phonogram sous l'étiquette Philips. La notice de la Bibliothèque nationale de France situe l'enregistrement à Paris, au Studio des Dames, et place le titre en troisième position, juste après « Le survivant » et « La peur ». La partition, publiée chez Marouani en 1983, crédite les paroles à Alain et Daniel Boublil et la musique à Johnny Hallyday lui-même, selon une autre notice de la BnF, qui en donne aussi le premier vers.

La même année, Johnny la chante sur la scène du Palais des sports de Paris. La cassette vidéo du spectacle, réalisée par Guy Job et éditée par Polygram Video, la place en troisième, après « Fantasmes » et « Le grand banquet », et avant « La peur » et « Le survivant », d'après sa notice à la BnF. Ses voisines donnent le ton : la peur, la survie, et au milieu un narrateur qui rit de tout.

Qui parle dans les paroles de « Veau d'or vaudou » ?

Le diable, en personne et à la première personne. Il se présente comme « Seigneur et maître de la Terre », puis livre son programme : « Je sème la mauvaise parole / Quand vous pleurez, moi, je rigole ». Il ne parle jamais à Dieu ni aux esprits. Il parle aux hommes, qu'il appelle « mes humbles serviteurs », et il les maudit à la fin de chaque couplet.

Johnny prête sa voix au démon, qui se moque de ceux qui lui obéissent sans le savoir. « Ce n'est pas moi qui chante, c'est lui », aurait-il pu répondre à ceux que le premier vers choquait.

Que disent les couplets, vers par vers ?

Les couplets avancent comme un inventaire des œuvres du diable, et chaque image renvoie à quelque chose de précis.

VersCe qu'il ditCe qu'il cache
« J'ai mis K.O. mon challenger / Le jeune hippie de Bethléem / Qui se battait avec des fleurs »Le diable a battu son rivalCe rival est Jésus, en hippie armé de fleurs ; ce sont les hommes qui l'ont « démoli »
« Je vous fabrique vos idoles »C'est lui qui choisit ce que vous adorezLe veau d'or du titre : on se prosterne devant ce qu'on a fabriqué soi-même
« Vous avez besoin de pétrole / Et moi de sang, de sueur et de larmes »Vos besoins nourrissent les siensLes guerres pour l'énergie, et une formule de guerre célèbre retournée
« Dans le Miami-Los Angeles / J'ai mis un dingue avec une bombe »Il a placé un fou armé dans un avionLe terrorisme aérien, deux cents passagers condamnés
« J'ai inventé tous les drapeaux / Pour ne vous mettre jamais d'accord »Il divise pour régnerLe nationalisme, qui fait applaudir le diable : « Je dis "Bravo", je crie "Encore !" »

Deux clins d'œil méritent qu'on s'y arrête. Le « jeune hippie de Bethléem » renvoie sans doute à « Jésus-Christ », que Johnny chantait en 1970 sur des paroles de Philippe Labro et une musique d'Eddie Vartan (notice de la BnF). Douze ans plus tard, le diable se vante d'avoir mis Jésus au tapis. Le « sang, sueur et larmes », lui, rappelle la phrase de Winston Churchill devant les Communes le 13 mai 1940, « I have nothing to offer but blood, toil, tears and sweat », rapportée par l'International Churchill Society.

Que veut dire « la raison du plus fou » dans le refrain ?

« Veau d'or, vaudou / Je suis la raison du plus fou / Vaudou, veau d'or / Je suis la folie du plus fort. » Le refrain détourne la morale du « Loup et l'Agneau », « La raison du plus fort est toujours la meilleure », en croisant ses mots. La raison passe du côté du fou, la folie du côté du fort. Le diable résume ainsi son œuvre : il donne raison aux fous et rend fous les puissants.

Le titre lui-même joue sur les sons. « Veau d'or » et « vaudou », que l'on entend aussi « veau doux », ne diffèrent que par la fin de leur seconde syllabe, et le refrain les fait tourner dans un sens puis dans l'autre, comme une formule. Le jeu n'était pas neuf : en 1967, le Fleuve noir publiait déjà un roman de Hank Janson, traduit de l'anglais, sous le titre Vaudou veau d'or, d'après le catalogue de la BnF.

Statuette de veau doré posée sur un autel de pierre, à la lueur de bougies
Le veau d'or, idole du récit de l'Exode et symbole de l'argent.

Que signifie le veau d'or ?

Le veau d'or est, selon le Larousse, « l'idole que les Hébreux adorèrent au pied du mont Sinaï », devenue le symbole de la richesse et de l'argent. « Adorer le veau d'or », depuis, veut dire faire de l'argent un dieu.

Dans la chanson, le veau d'or moderne prend plusieurs formes : le pétrole, les drapeaux, les idoles que le diable « fabrique ». En 1982, ce que les hommes adorent, ce sont ces idoles-là, bien plus qu'une statue.

Et le vaudou, que vient-il faire dans le titre ?

Le vaudou est, toujours selon le Larousse, un culte pratiqué à Haïti, « syncrétisme de rites animistes africains et de rites catholiques » ; le mot vient du dahoméen vodu. Aucun esprit vaudou n'est nommé dans la chanson, aucun rite n'est décrit.

On lit pourtant que le texte évoquerait des « Loas », un « Baron », des masques, des croix inversées, et même un vers sur des « chaînes d'or » au cou des « rois sans trône ». Rien de cela ne figure dans les paroles.

Johnny Hallyday a-t-il franchi une ligne ?

Le premier vers a de quoi faire sursauter, et le titre a nourri depuis bien des lectures « sulfureuses ». Pourtant, dans les sources que j'ai consultées, je n'ai trouvé trace d'aucune interdiction de la chanson. Le texte est violent, mais sa violence vise les hommes : leurs guerres, leurs bombes, leur goût de l'or.

Réécoutez-la en gardant le refrain en tête : chaque couplet est une preuve que le diable verse au dossier, et c'est nous qu'il accuse. Si Johnny vous intrigue quand il change de voix, l'histoire de ses liens avec « Santiano » ou la question de savoir si Sylvie Vartan a inspiré l'un de ses plus grands tubes prolongent l'écoute.

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