Daniel Balavoine : ce que racontent ses chansons les plus connues

Disque vinyle sur une platine, dans un salon aux fauteuils de cuir éclairé par une lampe

Daniel Balavoine a laissé en un peu plus de dix ans de carrière une poignée de chansons que la France chante encore : « Le Chanteur » (1978), « SOS d'un terrien en détresse » dans Starmania, « Mon fils, ma bataille » et « Je ne suis pas un héros » (1980), « Vivre ou survivre » (1982), « L'Aziza » et « Tous les cris les SOS » (1985). Elles ont un point commun : derrière une mélodie qui accroche, chacune parle d'un sujet que la variété de l'époque évitait. Voici ce qu'elles racontent, dans l'ordre de leur sortie.

« Le Chanteur » (1978) : un tube qui se moque du métier de chanteur

« Le Chanteur » est le premier extrait de son troisième album, qui porte le même titre, et un tube dès sa sortie en 1978. La première ligne est restée dans toutes les mémoires : « Je m'présente, je m'appelle Henri ». Henri n'est pas Daniel. C'est un jeune homme qui rêve de gloire et qui en déroule le programme, de la richesse à la chute.

On peut le fredonner comme un hymne à la réussite. Il dit le contraire. Le chanteur de la chanson veut tout, et la chanson montre ce que ce « tout » a de creux. Balavoine, ancien choriste de Patrick Juvet, regarde déjà avec méfiance le métier qu'il est en train de gagner.

La même année, Michel Berger et Luc Plamondon lui confient le rôle de Johnny Rockfort dans Starmania. C'est dans ce rôle qu'il chante « SOS d'un terrien en détresse », signée par le duo, et que le grand public entend jusqu'où monte sa voix.

« Mon fils, ma bataille » et « Je ne suis pas un héros » : l'album de 1980

En novembre 1980 paraît Un autre monde. Deux chansons en sortent et ne le quittent plus.

« Mon fils, ma bataille » raconte un divorce du côté du père, qui se bat pour garder son enfant. Le divorce, d'ordinaire chanté comme un amour qui finit, se chante ici comme un procès. Balavoine l'a expliqué à Antenne 2 en 1982 : la chanson n'est pas autobiographique, un ami en plein divorce lui avait demandé de l'écrire, et le film Kramer contre Kramer l'a nourrie. Ce n'est donc pas une confession mais un récit prêté à un autre, et c'est ce qui lui permet de prendre parti si franchement.

« Je ne suis pas un héros » a d'abord été écrite pour Johnny Hallyday, qui l'enregistre la même année. Chez Balavoine, elle prolonge « Le Chanteur » : la célébrité est là, mais il refuse le piédestal. Le titre suffit à le dire. Il ne dit pas « je ne suis pas encore » un héros. Il dit qu'il ne l'est pas, point.

Balavoine face à Mitterrand : quand le chanteur prend la parole

Le 19 mars 1980, au journal de midi d'Antenne 2, François Mitterrand, alors premier secrétaire du Parti socialiste, est l'invité du plateau. Balavoine aussi. Il trouve qu'on ne lui laisse pas la parole, se lève, puis revient dire ce qu'il a sur le cœur : les jeunes ne croient plus aux partis. Selon les archives de l'INA, il prévient que le désespoir est mobilisateur et qu'il devient alors dangereux.

La colère de Daniel Balavoine face à François Mitterrand (Archive INA)

« Vivre ou survivre » (1982) : le virage électronique

En avril 1982, « Vivre ou survivre » est le premier extrait de l'album Vendeurs de larmes, enregistré l'hiver précédent à Ibiza et coproduit par Andy Scott. Le son devient plus électronique, rappelle Nostalgie.

Le titre pose une alternative. Vivre, c'est-à-dire profiter du temps qu'on a ; survivre, c'est-à-dire le subir. La chanson choisit la première sans rien enjoliver. Balavoine résumait cette philosophie d'une phrase, rapportée par la même radio : « La seule chose dont on puisse être sûr, c'est d'être là. »

« L'Aziza » et « Tous les cris les SOS » : les chansons de 1985

Son dernier album studio, Sauver l'amour, sort en octobre 1985. On y trouve deux de ses chansons les plus reprises.

« L'Aziza » est écrite pour sa compagne, Corinne, juive marocaine. Le mot veut dire « chérie » en arabe, et la chanson défend le droit d'aimer qui l'on veut, d'où qu'il vienne. Elle est vite reçue comme une chanson contre le racisme. Relue quarante ans plus tard, elle soulève d'autres questions, que nous détaillons dans notre article sur « L'Aziza ».

« Tous les cris les SOS » parle de solitude : quelqu'un lance des appels que personne ne semble entendre. Les Enfoirés, Grégory Lemarchal et Zaz l'ont repris. Le texte, vers par vers, est décrypté dans notre article sur « Tous les cris les SOS ».

Pourquoi les chansons de Balavoine résonnent encore ?

Daniel Balavoine meurt le 14 janvier 1986 dans un accident d'hélicoptère au Mali, pris dans une tempête de sable pendant le Paris-Dakar, où il ne courait pas : il y menait une mission humanitaire.

Sa carrière tient en à peine plus d'une décennie, et ses sujets n'ont pas vieilli : la garde des enfants après un divorce, le racisme, une génération qui ne se sent pas écoutée.

La prochaine fois que « Le Chanteur » passe à la radio, attendez le dernier couplet, celui où Henri tombe, au lieu de vous arrêter au refrain. Et pour entendre ce que la voix de Balavoine a apporté au rôle de Johnny Rockfort, reprenez l'histoire de Starmania en réécoutant « SOS d'un terrien en détresse ».

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