Ryan Bingham vs Chris Stapleton : deux voix du country rock
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« Your heart's on the loose » : la première ligne de « The Weary Kind » sort d'une gorge qui a l'air d'avoir avalé du sable. Cette voix, c'est celle de Ryan Bingham, chanteur et guitariste né au Nouveau-Mexique, ancien cavalier de rodéo, oscarisé en 2010 pour cette chanson. Alors, Bingham ou Chris Stapleton, qui est le roi du country rock ? Ni l'un ni l'autre, et c'est plus intéressant ainsi : Bingham vient de la route et de l'Americana, Stapleton de l'écriture pour les autres à Nashville. Pour comprendre le premier, il faut repartir du rodéo.
Qui est Ryan Bingham, l'ancien cavalier de rodéo ?
George Ryan Bingham naît le 31 mars 1981 à Hobbs, au Nouveau-Mexique, et grandit entre cet État et l'ouest du Texas. Sa famille perd son ranch et déménage souvent. Avant la musique, il y a eu le rodéo, et plus précisément la monte de taureaux, dont il a parlé à NPR en septembre 2010.
Il compare l'exercice à une conduite sur l'autoroute à 80 km/h, le volant jeté par la fenêtre. Le corps a payé : à NPR, il énumère les dents perdues, les côtes, une jambe et un poignet cassés, et une lèvre qu'il s'est mordue jusqu'à l'arracher.
La guitare arrive à 17 ans. Sa mère lui en offre une, un ami de la famille lui montre un air de mariachi, « La Malagueña », et il ne la repose plus. Suivent des années à jouer dans des bars et des bowlings, à couvrir le bruit des quilles. Puis Los Angeles, Laurel Canyon et son groupe, The Dead Horses.
D'où vient cette voix éraillée ?
Pas d'un secret de technique vocale qu'on aurait révélé quelque part. NPR le décrivait en 2010 comme un chanteur qui avait dû se battre pour être entendu « par-dessus le vacarme d'un bowling ». Le grain est rauque dès le premier album, et il ne s'est pas lissé depuis.
Ce qui la charge, ensuite, c'est ce qu'elle porte. Sa mère est morte de l'alcoolisme et son père s'est suicidé ; Rolling Stone rappelle que l'album Tomorrowland (2012) traitait de l'après, et que Fear and Saturday Night (2015) en sortait vers la lumière. Quand Bingham chante la perte, il ne joue pas un rôle de composition.
« The Weary Kind » et les distinctions de Ryan Bingham
La chanson est écrite avec T Bone Burnett pour Crazy Heart, le film où Jeff Bridges joue Bad Blake, un chanteur country fini qui enchaîne les bowlings. Bingham connaissait ces salles. Les paroles parlent à cet homme-là : il a joué ses sept aux dés « with nothing to lose », sans rien à perdre. Puis le refrain tombe : « this ain't no place for the weary kind », ce n'est pas un endroit pour les gens fatigués. On pourrait l'entendre comme un verdict ; le texte sonne plutôt comme une main posée sur l'épaule, qui dit qu'il est temps de partir avant de s'abîmer davantage.
Le clip officiel de la chanson :

Le palmarès de cette seule chanson est court à lire et rare à réunir :
- Golden Globe de la meilleure chanson originale, le 17 janvier 2010 ;
- Oscar de la meilleure chanson originale en 2010, partagé avec Burnett, ainsi que le prix de la critique (Critics' Choice) ;
- Grammy Award de la meilleure chanson écrite pour un film, en 2011 ;
- aux Americana Music Awards du 9 septembre 2010, au Ryman Auditorium de Nashville, artiste de l'année et chanson de l'année, devant Patty Griffin, Levon Helm et Steve Earle (Pollstar).
Quel genre de musique joue-t-il ?
On le range dans l'Americana, l'étiquette qui réunit country, folk, blues et rock racines, ces musiques jouées avec de vrais instruments et des histoires d'Amérique ordinaire. Chez lui, l'équilibre bouge d'un disque à l'autre. Mescalito (2007), produit par Marc Ford, ancien guitariste des Black Crowes, sent la frontière mexicaine ; Roadhouse Sun (2009) branche les guitares ; Junky Star (2010), produit par Burnett, raconte des gens en bout de course ou sur la route, croisés en tournée.
Viennent ensuite Tomorrowland (2012), Fear and Saturday Night (2015), American Love Song (2019), un EP en 2023, puis They Call Us the Lucky Ones, sorti le 15 mai 2026 avec The Texas Gentlemen, son premier album complet depuis sept ans. Entre-temps, beaucoup l'ont découvert à l'écran : de 2018 à 2024, il joue Walker, un cow-boy guitariste, dans la série Yellowstone. La série a d'ailleurs fait le même chemin pour d'autres, comme on le raconte à propos de Luke Grimes, l'acteur de Kayce devenu chanteur country.
Côté chansons, les portes d'entrée sont ses singles : « Southside of Heaven » (2007), « The Weary Kind », « Heart of Rhythm » (2012), « Wolves » (2018) ou « Jingle and Go » (2019).
Chris Stapleton, l'autre trajectoire du country rock
Stapleton naît le 15 avril 1978 à Lexington, dans le Kentucky, et grandit à Staffordsville. Son école, c'est Nashville et l'écriture pour les autres. Kenny Chesney chante « Never Wanted Nothing More », George Strait « Love's Gonna Make It Alright », Luke Bryan « Drink a Beer » : Stapleton les a coécrites. De 2007 à 2010, il est aussi la voix du groupe de bluegrass The SteelDrivers.
Son premier album solo, Traveller, sort en 2015. Le 4 novembre de la même année, aux CMA Awards, il chante avec Justin Timberlake et repart avec trois trophées : nouvel artiste, chanteur et album de l'année. Ce soir-là, il reprend « Tennessee Whiskey », une chanson qu'il n'a pas écrite : elle est de Dean Dillon et Linda Hargrove, enregistrée par David Allan Coe en 1981 puis par George Jones. En janvier 2026, sa version devient le premier titre country certifié double diamant aux États-Unis, plus de 20 millions d'unités (Rolling Stone). Traveller lui vaut aussi ses deux premiers Grammy Awards, meilleur album country et meilleure prestation country solo.
Bingham ou Stapleton : qui est le roi du country rock ?
| Ryan Bingham | Chris Stapleton | |
|---|---|---|
| Origine | Hobbs, Nouveau-Mexique, 1981 | Lexington, Kentucky, 1978 |
| Avant la gloire | Rodéo, bars et bowlings | Auteur à Nashville, The SteelDrivers |
| Chanson qui l'a révélé | « The Weary Kind » (2009) | « Tennessee Whiskey » (reprise, 2015) |
| Grande reconnaissance | Oscar, Golden Globe, Grammy | Trois CMA en un soir, plusieurs Grammy dès 2016 |
| Famille musicale | Americana, folk, rock de route | Country, soul, southern rock |
Stapleton est la voix puissante que Nashville a fini par mettre en lumière ; ses chansons tournaient déjà à la radio sous d'autres noms. Bingham, après trois albums chez Lost Highway, publie sur son propre label. Si l'on imagine sa réponse à la question du trône, elle tiendrait en une phrase, inventée ici mais fidèle à son parcours : « Un roi, ça a besoin d'un château. Moi j'ai un camion. »
Ils ne se disputent donc pas le même public, et la question du trône dit surtout notre envie de classer, alors que les deux remplissent des salles et qu'une série télévisée suffit à remettre la country au centre, comme on l'a vu avec l'effet Yellowstone sur la musique country.
Essayez l'écoute dans cet ordre : « The Weary Kind », puis « Tennessee Whiskey », sans pause. La première conseille à un homme abîmé de s'en aller ; dans la seconde, le narrateur a cessé de chercher dans la bouteille ce qu'il a trouvé chez celle qu'il aime, « as smooth as Tennessee whiskey ». Ensuite, poursuivez avec nos dix chansons de Ryan Bingham qui donnent des frissons.


