Sirène des pompiers, du SAMU, de la police : quelles notes ?

Rue pavée la nuit, éclairée par les feux d'un véhicule de secours

La sirène des pompiers joue deux notes : un la à 435 Hz et un si à 488 Hz, et elle les joue deux fois plus lentement que les autres services. La police, le SAMU et la gendarmerie partent du même la mais sautent plus haut, deux fois plus vite. Ces valeurs viennent du tableau que l'observatoire du bruit en Île-de-France, Bruitparif, a publié en mars 2023 à partir des arrêtés de 1987. Le « la-fa » que l'on attribue parfois au SAMU appartient donc, dans ce tableau, aux gendarmes.

Quelle est la note de la sirène des pompiers ?

Le la, d'abord, puis le si. Entre 435 et 488 Hz, le rapport vaut environ 1,12 : c'est une seconde majeure, autrement dit un ton entier, le plus petit écart de toutes les sirènes françaises.

Ce qui distingue le plus les pompiers, pourtant, n'est pas la hauteur mais le tempo. Bruitparif indique 25 à 30 cycles par minute pour leur avertisseur, contre 50 à 60 pour la police, la gendarmerie et le SAMU. Si l'on compte un cycle par paire de notes, à 30 cycles par minute, chaque paire dure deux secondes ; à 60, une seule. Le « pin-pon » des camions rouges s'attarde sur chaque note, et ce pas suffit à le reconnaître avant même d'avoir identifié l'intervalle.

Le même tableau donne aux pompiers, comme à la gendarmerie, un niveau de 110 dB(A) de jour comme de nuit, alors que la police et le SAMU disposent d'une plage de nuit entre 70 et 90 dB(A). Le ministère de l'Intérieur donnait déjà ces niveaux pour les pompiers, la police et le SAMU dans une réponse publiée au Journal officiel le 15 février 2005.

La sirène du SAMU joue un la-mi, pas un la-fa

Pour le SAMU, la seconde note monte à 651 Hz. Le rapport avec le la de départ est de 1,50, soit une quinte juste : la-mi. C'est l'intervalle des premières notes de « Ah ! vous dirai-je, maman » (do, do, sol, sol), transposé.

Du 29 septembre au 20 octobre 2022, l'observatoire a capté à la porte d'Asnières, à Paris, des sirènes de type américain qui ne respectent pas les dispositions françaises : 5 sur 94 passages du SAMU, 6 sur 1 174 passages de police. Elles venaient en complément de la sirène deux tons, sans la remplacer.

Sirènes de police et de gendarmerie : la-ré et la-fa

La police monte de 435 à 580 Hz, un rapport de 1,33 : une quarte juste, la-ré. La gendarmerie va plus loin, jusqu'à 732 Hz. Bruitparif écrit « Fa ». Le calcul (732 divisé par 435 donne 1,68) tombe en réalité sur une sixte majeure, c'est-à-dire un fa dièse plutôt qu'un fa naturel : l'étiquette arrondit la note à la plus proche sans altération. La sirène de gendarmerie fait le plus grand saut de toutes, une octave moins une tierce mineure. Nommer l'écart avant de nommer les notes, c'est aussi ce qu'on travaille en solfège au piano.

Les ambulances, enfin, n'ont pas deux tons mais trois, suivis d'un silence : 420 Hz, 516 Hz, retour à 420 Hz, puis 1,5 seconde de pause. Bruitparif écrit sol-do-sol. Au calcul, 420 Hz se place un peu sous le la, entre sol dièse et la, et 516 Hz est un do : l'écart (rapport 1,23) tombe entre tierce mineure et tierce majeure. Ce sont les seules à ne pas partir du la.

ServiceNotesFréquencesIntervalleCycles par minute
Pompiersla-si435 et 488 Hzseconde majeure25 à 30
Policela-ré435 et 580 Hzquarte juste50 à 60
SAMUla-mi435 et 651 Hzquinte juste50 à 60
Gendarmeriela-fa (fa dièse au calcul)435 et 732 Hzsixte majeure50 à 60
Ambulancessol-do-sol (Bruitparif), puis silence420, 516 et 420 Hzentre tierce mineure et majeure50 à 60

Notes et fréquences d'après la note de synthèse de Bruitparif (2023) ; intervalles calculés à partir des rapports de fréquences.

Pourquoi presque toutes les sirènes partent-elles du la ?

Quatre services sur cinq partagent le même la à 435 Hz. Ce choix a une conséquence musicale simple : seule la seconde note dit qui arrive. Le la sert de repère commun, comme la note qu'un hautbois donne à tout l'orchestre avant le concert, et l'intervalle qui suit fait office de signature.

Les textes consultés ne disent pas pourquoi ce la-là a été retenu ni pourquoi chaque service a reçu tel intervalle plutôt que tel autre. Toute explication « psychoacoustique » de ces choix précis reste donc une hypothèse. Le 435 Hz intrigue d'ailleurs les musiciens habitués à d'autres repères : le débat sur 440 Hz ou 432 Hz montre combien le choix d'un la peut faire parler.

On lit aussi, y compris dans un ancien article de ce site, que les sirènes joueraient exprès des intervalles dissonants, un triton ou une seconde mineure, et oscilleraient entre 500 et 1 500 Hz pour mieux nous alarmer. Le tableau de Bruitparif ne montre rien de tel : les notes françaises vont de 420 à 732 Hz, et aucune paire ne forme de triton ni de seconde mineure ; quarte, quinte et sixte sont même rangées par la théorie classique parmi les consonances. Les textes, eux, imposent surtout un timbre et une puissance, détaillés plus bas.

Rampe de gyrophares bleus et haut-parleur de sirène noir sur le toit d'un véhicule de secours, de nuit
Gyrophare et haut-parleur de sirène sur le toit d'un véhicule de secours.

Ce que les arrêtés de 1987 imposent aux sirènes

Le cadre tient en trois textes de l'automne 1987, que Bruitparif cite : les arrêtés des 30 octobre, 2 et 3 novembre. Le premier, l'arrêté du 30 octobre 1987, porte sur les dispositifs spéciaux de signalisation des véhicules d'intervention urgente et exige que leurs dispositifs sonores soient conformes à un type agréé. Le troisième, l'arrêté du 3 novembre 1987, approuve le cahier des charges d'homologation des signaux sonores des véhicules prioritaires ; il impose un type agréé à tout dispositif mis en vente à partir du 1er juillet 1988.

Deux phrases de ce cahier des charges, reproduites par Bruitparif, parlent directement à un musicien. La première porte sur le timbre : « Le timbre de chaque note sera tel que le son émis comporte au moins 2 harmoniques dans la bande de 1 000 à 4 000 Hz de niveau supérieur à celui du fondamental. » En clair, le la à 435 Hz n'est que la base : le son doit porter au moins deux harmoniques plus aiguës et plus fortes que lui, ce qui l'éloigne beaucoup du son pur d'un diapason. La seconde fixe la puissance : chaque son, mesuré à 2 mètres, doit se situer entre 90 et 110 dB(A).

L'usage, lui, est encadré par le code de la route. Dans une réponse publiée le 4 mai 2023, le ministère de l'Intérieur rappelle que l'article R. 432-1 limite l'emploi des avertisseurs spéciaux à l'urgence de la mission, sans mettre en danger les autres usagers.

Quelle sirène entend-on le plus en ville ?

À la porte d'Asnières, sur la semaine du 1er au 7 octobre 2022, Bruitparif a compté en moyenne 90 passages de sirène par jour. La police en représentait 72 %, les pompiers 13 %, le SAMU 6 %, les ambulances et la gendarmerie 5 % chacune. Sur ce carrefour parisien, la quarte de la police est de loin l'intervalle le plus entendu.

Reconnaître une sirène à l'oreille

La prochaine fois qu'un véhicule passe, ne cherchez pas le la : il est le même pour presque tous. Écoutez la note qui suit et la vitesse de l'alternance. Une note voisine et un pas lent : les pompiers. Un saut moyen et rapide : la police. Un saut plus large, toujours rapide : le SAMU. Le plus grand écart : la gendarmerie. Trois notes et un silence : une ambulance. Et si le 435 Hz vous a fait tiquer, l'histoire d'un diapason ancien vous montrera que le la n'a pas toujours sonné à la même hauteur.

À lire aussi