Musique avec sifflement : les chansons sifflées les plus connues
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Pas un mot, quelques notes soufflées, et la chanson est déjà là. La musique avec sifflement que presque tout le monde reconnaît tient en une poignée de titres : « Wind of Change » de Scorpions, « Patience » de Guns N' Roses, « (Sittin' On) The Dock of the Bay » d'Otis Redding, « Don't Worry, Be Happy » de Bobby McFerrin, et les thèmes des westerns de Sergio Leone. Voici d'où viennent ces sifflements, qui les a soufflés, et comment retrouver le titre d'un air sifflé qui vous trotte dans la tête sans nom.
Quelles sont les chansons sifflées les plus connues ?
Rolling Stone a dressé sa liste des quinze meilleures chansons sifflées. En août 2011, Billboard rappelait les grands succès du Hot 100 portés par un sifflement. En croisant les deux, on obtient une carte assez nette : le sifflement n'est pas un gadget réservé aux génériques, il a porté des numéros un.
| Chanson | Interprète | Où l'on entend le sifflement | Repère |
|---|---|---|---|
| Wind of Change | Scorpions | En ouverture et en finale | Quatrième du Hot 100 en 1991 |
| Patience | Guns N' Roses | En ouverture, sifflé par Axl Rose | Quatrième du Hot 100 en 1989 |
| (Sittin' On) The Dock of the Bay | Otis Redding | À la fin du morceau | N° 1 pendant quatre semaines en 1968 |
| Don't Worry, Be Happy | Bobby McFerrin | Mêlé aux voix, parfois sur plusieurs octaves | N° 1 pendant deux semaines en 1988 |
| Centerfold | J. Geils Band | En conclusion, sur l'air du « na na na » | N° 1 pendant six semaines en 1982 |
| Walk Like an Egyptian | The Bangles | Au milieu de la chanson | N° 1, sortie en 1986 |
| Young Folks | Peter Bjorn and John | L'air principal, sifflé | Sortie en 2006 |
La liste de Rolling Stone ajoute des classiques plus anciens : la « Marche du colonel Bogey », sifflée par les prisonniers britanniques dans Le Pont de la rivière Kwaï (1957), ou le générique du Andy Griffith Show, sifflé par Earle Hagen, que le magazine tient pour peut-être le générique le plus reconnu de tous.
Le sifflement des westerns : Morricone et Alessandroni
Pour beaucoup de lecteurs français, la musique sifflée la plus connue n'est pas une chanson. C'est un western. Les thèmes d'Ennio Morricone pour Sergio Leone doivent leur son à un musicien que peu de gens savent nommer : Alessandro Alessandroni. Sur le journal en ligne italien Il Post, l'écrivain Giacomo Papi, dans un portrait remis en ligne au lendemain de sa mort, en mars 2017, le présente comme le plus célèbre siffleur italien, celui de Pour une poignée de dollars, Et pour quelques dollars de plus et Le Bon, la Brute et le Truand.
L'air est célèbre, celui qui le souffle est resté anonyme. On fredonne Morricone, on imite Clint Eastwood, mais le sifflement, lui, reste sans visage. Interrogé par Giacomo Papi sur ce qui fait un bon siffleur, Alessandroni répondait d'abord par la nature : la forme des lèvres, puis leur position, qui donne un son doux ou agressif.
Si les bandes originales vous intéressent au-delà du sifflement, nous avons consacré un article à la façon dont les musiques de film agissent sur nos émotions.
Otis Redding, un sifflement en guise de dernière phrase
« (Sittin' On) The Dock of the Bay » est sans doute la chanson sifflée la plus émouvante de la liste, à cause de sa date. Selon Rolling Stone, Otis Redding l'a enregistrée quelques jours avant sa mort dans un accident d'avion, survenue en décembre 1967 d'après le Rock and Roll Hall of Fame. Elle est sortie l'année suivante et, d'après Billboard, a tenu quatre semaines à la première place du Hot 100 en 1968.
Le sifflement arrive à la toute fin. Rolling Stone le décrit comme un souffle imparfait, désinvolte, celui de quelqu'un qui laisse passer le temps. C'est exactement ce que raconte le texte : un homme assis sur un quai, qui regarde les bateaux et attend. Les paroles disent l'attente, le sifflement la prolonge quand il n'y a plus rien à dire. On l'écoute aujourd'hui en sachant que l'homme qui siffle n'a jamais entendu son disque à la radio.
« Wind of Change », l'hymne de la fin de la guerre froide
Si l'on cherche une chanson sifflée connue dans le monde entier, celle de Scorpions est la candidate la plus sérieuse. Rolling Stone la décrit comme l'hymne de la fin de la guerre froide, devenue vite un succès international, avec plus de 14 millions d'exemplaires vendus selon le magazine. Aux États-Unis, Billboard la classe à la quatrième place du Hot 100 en 1991.

Le sifflement ouvre la chanson et la referme. Rolling Stone y entend le vent du titre, et c'est bien vu : avant que le chanteur n'attaque un seul vers, la mélodie a déjà tout installé.
Été 2011 : quatre sifflements dans le Top 10 américain
Le sifflement revient par vagues. En août 2011, Billboard relevait une curiosité de classement : quatre chansons sifflées en même temps dans le Top 10 américain. Il s'agissait de « Pumped Up Kicks » de Foster the People, « Good Life » de OneRepublic, « Moves Like Jagger » de Maroon 5 avec Christina Aguilera, et « I Wanna Go » de Britney Spears.
Ryan Tedder, chanteur et auteur de OneRepublic, parlait d'une « whistle revolution », une révolution du sifflement. À Rolling Stone, il expliquait que le sifflement de « Good Life » lui était venu en premier et que la chanson avait été bâtie autour ; il le considérait comme un second refrain, mis en boîte en une vingtaine de prises. Cinq ans plus tôt, « Young Folks » de Peter Bjorn and John avait montré la voie : Rolling Stone soulignait le contraste entre son air sifflé, très simple, et le son électronique, post-punk, du reste du morceau.
Pourquoi une musique sifflée reste-t-elle en tête ?
Aucune des sources citées ici ne donne d'explication scientifique, et nous n'en inventerons pas. On peut en revanche regarder ce que ces chansons ont en commun. Le sifflement porte une mélodie sans un mot : rien à traduire, rien à comprendre, l'air passe d'une langue à l'autre tel quel. Il est aussi le seul « instrument » que presque chacun a sur soi, et qu'on peut reprendre en marchant, en cuisinant, sous la douche.
C'est peut-être pour cela que ce sont des chansons qu'on reprend sans les écouter vraiment. On siffle « Wind of Change » sans penser à la fin de la guerre froide, « Patience » sans se souvenir de l'homme assis dans l'escalier qui attend. Le sifflement garde l'air et laisse tomber l'histoire. Dans la plupart des titres du tableau, il ouvre ou referme le morceau : c'est par lui qu'on entre dans la chanson, ou qu'on la quitte. Sur les mécanismes qui rendent un refrain mémorable, notre article sur les régularités cachées des grands tubes prolonge la question.
Comment retrouver le titre d'une chanson sifflée ?
C'est souvent ainsi qu'on arrive à ce sujet : un air sifflé par un voisin, une publicité, et impossible de mettre un nom dessus. Il existe un outil fait pour ce cas. En octobre 2020, Google a présenté la recherche par fredonnement, qui permet de chanter, fredonner ou siffler un air pour obtenir des titres possibles.
- Ouvrez l'application Google ou le widget de recherche sur votre téléphone.
- Touchez l'icône du micro et demandez quelle est cette chanson, ou utilisez le bouton prévu pour rechercher un titre.
- Sifflez l'air pendant dix à quinze secondes.
- Comparez les propositions : l'outil donne des correspondances probables, pas une certitude.
Lors de son annonce, Google indiquait que la fonction marchait en anglais sur iOS et dans plus de vingt langues sur Android ; ces conditions ont pu évoluer depuis. Quand rien ne sort, les morceaux sans paroles restent les plus durs à retrouver, et nous avons rassemblé quelques pistes dans un article sur ces morceaux que même Shazam peine à reconnaître.
La prochaine fois que vous entendrez quelqu'un siffler dans la rue, essayez de nommer l'air, puis remettez la chanson en entier. Celle d'Otis Redding, surtout : écoutez les paroles avant le sifflement final, et vous ne l'entendrez plus jamais comme un simple air de détente.


