Musique et endormissement de bébé : ce que disent les études

Boîte à musique ancienne ouverte, mécanisme en laiton visible, sur une commode près d'un lit éclairé par une lampe de chevet

Aucune étude publiée ne montre qu'une musique endort un bébé en 30 secondes. Ce que la recherche a mesuré est plus modeste et plus utile : en musique pour l'endormissement d'un bébé, la berceuse chantée détend le nourrisson, et le bruit blanc peut aider certains nouveau-nés à s'endormir en quelques minutes ; l'appareil qui le diffuse se règle alors bas, se pose loin du lit et ne tourne pas longtemps, pour ménager leur audition. Voici ce que disent les études, ce que cache la berceuse de Brahms, et les réglages que recommandent les pédiatres.

Peut-on endormir un bébé en 30 secondes avec une musique ?

Non, ou du moins rien ne le prouve. Le chiffre ne vient d'aucune publication scientifique : c'est une promesse de titre, pas un résultat. L'étude qui fait référence sur le bruit blanc donne une tout autre échelle de temps.

En 1990, une équipe du Queen Charlotte's Hospital de Londres a fait écouter du bruit blanc à vingt nouveau-nés âgés de deux à sept jours. Seize d'entre eux, soit 80 %, se sont endormis en moins de cinq minutes, contre cinq sur vingt (25 %) dans le groupe témoin, selon l'article paru dans Archives of Disease in Childhood. Les auteurs concluent prudemment que le bruit blanc « peut aider » les mères à calmer les bébés difficiles. L'échantillon est petit, les bébés avaient moins d'une semaine, et l'expérience ne dit rien des nuits suivantes.

Quelle musique aide vraiment un bébé à se calmer avant de dormir ?

La berceuse. Pas une berceuse précise, ni un instrument miracle : ce que les chercheurs observent tient à la forme même du chant pour endormir, que l'on retrouve d'une culture à l'autre.

En octobre 2020, le laboratoire de musique de Harvard, dirigé par Samuel Mehr, a publié dans Nature Human Behaviour une expérience menée sur 144 bébés américains. Chacun regardait un dessin animé où deux personnages chantaient soit une berceuse étrangère, soit une autre chanson étrangère, d'une langue et d'une culture qu'il ne connaissait pas. Avec les berceuses, le rythme cardiaque baissait, les pupilles se contractaient et l'activité électrique de la peau, signe d'excitation, diminuait. L'effet se retrouvait tout au long de la première année.

Deux limites à garder en tête. D'abord, l'étude mesure une détente, pas un endormissement ; selon la Harvard Gazette, les bébés ne restaient attentifs qu'environ cinq minutes, et l'article ne dit pas s'ils se sont endormis. Ensuite, les bébés entendaient des chants, pas des morceaux instrumentaux. Rien, dans ces travaux, ne permet d'établir un classement des instruments, des tempos ou des fréquences qui endormiraient mieux que d'autres.

Un détail de l'étude parle aux parents : interrogés sur le chant qu'ils choisiraient pour apaiser leur enfant, ils ont presque tous désigné la berceuse, alors qu'ils ne la connaissaient pas. Le chant à mi-voix reste d'ailleurs le geste le plus simple à reprendre chez soi : notre article sur le chant en famille donne des idées pour en faire un moment partagé.

Que dit « Guten Abend, gut' Nacht », la berceuse de Brahms ?

La berceuse de Brahms dit tout simplement « bonsoir, bonne nuit ». C'est le premier vers du Wiegenlied, opus 49 n° 4, de Johannes Brahms, publié en novembre 1868 chez Simrock, à Berlin, d'après le catalogue du Brahms-Institut de Lübeck.

Elle n'a pas été écrite pour un public. Brahms l'a offerte à son amie Bertha Faber pour la naissance de son enfant, et la note de programme de l'Orchestre symphonique de Houston raconte deux choses qu'on n'entend pas à la première écoute. La mélodie de la berceuse est un contrechant : elle se superpose à un Ländler viennois, une danse populaire, que Bertha chantait autrefois au compositeur. Et dans le mot qu'il adresse au mari, Brahms imagine la berceuse « pendant qu'elle endort Hans ».

Relisez maintenant les paroles du premier couplet, tirées de la poésie populaire allemande plutôt que de la plume de Brahms. Après le « bonsoir, bonne nuit », l'enfant est « mit Rosen bedacht », couvert de roses, puis invité à se glisser sous la couverture. Et vient le vers que l'on fredonne sans l'entendre : « Morgen früh, wenn Gott will, wirst du wieder geweckt », demain matin, si Dieu le veut, tu seras réveillé. Le réveil est promis pour le lendemain, mais sous condition. Derrière la douceur, la berceuse confie le sommeil de l'enfant à plus grand que ses parents.

Le morceau a traversé les langues et les styles. Céline Dion en a enregistré une version en anglais, publiée sur sa chaîne officielle :

Céline Dion - Brahms' Lullaby (Official Audio)

Écoutez-la en guettant ce qui reste du Wiegenlied : une mélodie qui monte peu, revient sur ses pas, et laisse respirer chaque fin de phrase.

Écouter du bruit blanc pour bébé : à quel volume et à quelle distance ?

Le bruit blanc est un son continu qui mêle toutes les fréquences à intensité égale, comme un souffle de radio mal réglée. Des appareils sont vendus pour le diffuser près des bébés, et c'est leur puissance qui pose problème.

En 2014, une équipe de l'hôpital pour enfants SickKids de Toronto a mesuré quatorze de ces machines au volume maximal, à 30 cm, 1 m et 2 m, en tenant compte de l'oreille d'un bébé de six mois. Leurs résultats, publiés dans Pediatrics, la revue de l'Académie américaine de pédiatrie, sont nets : à 30 cm, toutes dépassaient 50 décibels (dBA, l'unité pondérée selon la sensibilité de l'oreille), la limite recommandée dans les services hospitaliers de nouveau-nés. Trois dépassaient 85 dBA, un niveau qui, tenu plus de huit heures, excède les limites d'exposition fixées pour les adultes au travail.

Appareil blanc à bruit blanc posé sur une étagère de chambre d'enfant, le lit de bébé au loin
L'appareil sur un meuble, à distance du lit, comme le recommandent les pédiatres cités plus bas.

Les chercheurs en ont tiré des consignes simples, reprises par NBC News le jour de la publication :

  • régler l'appareil le plus bas possible, jamais au maximum ;
  • le placer le plus loin possible du bébé : le Children's Hospital of Philadelphia conseille plus de 200 centimètres du lit ;
  • le faire tourner le moins longtemps possible, d'où l'intérêt d'une minuterie qui l'éteint seule ;
  • se demander, enfin, s'il est nécessaire : les auteurs évoquent aussi la possibilité de ne pas s'en servir du tout.

Le pédiatre du CHOP qui signe la note rappelle pourquoi l'enjeu dépasse le confort : une exposition chaque nuit à ces appareils pourrait affecter l'audition, la parole et le langage.

Musique pour dormir pendant 30 minutes : faut-il la laisser tourner ?

On trouve en ligne des vidéos de « musique bébé pour dormir » de trente minutes, d'une heure, d'une nuit entière. Les sources citées ici ne fixent aucune durée d'écoute, et les consignes vues plus haut vont plutôt dans le sens du court. Le conseil des pédiatres français porte d'ailleurs moins sur le fond sonore que sur le moment du coucher.

Sur Santé.fr, le site public d'information santé, la fiche consacrée au rituel du coucher, issue de mpedia, le site de l'Association française de pédiatrie ambulatoire, invite à parler au bébé, à fredonner une berceuse ou à chanter une chanson, en notant que « la musicalité de la langue est opérante ». Elle ajoute deux repères : ne pas faire trop durer le rituel, au risque de gêner l'endormissement, et ne pas attendre que l'enfant soit endormi pour le mettre au lit.

Ce soir, chantez « bonsoir, bonne nuit » en pensant à Bertha Faber et à Hans, et guettez le « si Dieu le veut » vers la fin du couplet : la berceuse de Brahms ne s'écoute plus de la même façon. Puis réécoutez une autre comptine qu'on chante sans l'écouter, dans notre article sur ce que cache « Bon anniversaire les petits indiens ».

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