I Will Survive 98 : l'histoire de l'hymne des Bleus

Tribunes pleines d'un grand stade de football couvert, vues depuis le haut des gradins

Le « I Will Survive » des Bleus de 1998 n'est pas tout à fait celui de Gloria Gaynor. C'est la reprise d'un orchestre d'étudiants de Rotterdam, le Hermes House Band, et son refrain sans paroles : « la la la ». D'après Nostalgie, Vincent Candela l'entonne dans le vestiaire le 12 juin 1998, après la victoire contre l'Afrique du Sud, et la chanson accompagne l'équipe de France jusqu'au sacre du 12 juillet face au Brésil. Voici d'où vient cette version, par quel chemin elle est arrivée chez les Bleus, et ce que les paroles racontent quand on les relit.

Quelle version d'« I Will Survive » chantaient les Bleus en 1998 ?

La chanson a vingt ans en 1998. Freddie Perren et Dino Fekaris l'ont écrite, Gloria Gaynor l'a enregistrée chez Polydor en 1978. Mais selon la chronique que lui consacre Eduscol, le site du ministère de l'Éducation nationale, l'arrière latéral Vincent Candela écoutait en boucle, dans le bus de l'équipe, la version du Hermes House Band, « et non la version originale de Gloria Gaynor ».

La différence s'entend dès les premières mesures. Chez Gaynor, des violons répondent à la voix. Chez les Rotterdamois, cette ligne de cordes est devenue une mélodie que toute une salle peut chanter.

Gloria GaynorHermes House Band
Année du disque19781994
Maison de disquesPolydorXplo Music, label créé pour l'occasion
Entre les coupletsdes violonsun chœur qui chante « la la la »
Contexte de sortieen pleine vague discoles fêtes étudiantes, puis le stade du Feyenoord

Le Hermes House Band, un orchestre d'étudiants de Rotterdam

Le quotidien néerlandais NRC a raconté son histoire en octobre 2018. Le groupe naît dans les années 1980 au Rotterdamsch Studenten Corps, une association d'étudiants : c'est l'orchestre maison de sa société « Hermes », d'où le nom. « I Will Survive » est déjà à son répertoire quand le claviériste Mark Snijders le rejoint, en 1987.

Le « la la la » est né d'une contrainte. Pour apprendre les morceaux, les musiciens écoutaient des cassettes. Les cuivres ont retiré les violons de synthétiseur de l'original et simplifié la mélodie jusqu'à cette petite ligne : ils ne sortaient pas du conservatoire, rappelle le journal. Partout où le groupe la joue, la salle se lève, et le public finit par la chanter avant même que l'orchestre monte sur scène.

Le single sort en 1994. Il grimpe à la deuxième place du classement néerlandais, derrière Marco Borsato, puis arrive le 20 octobre 1994 : le Feyenoord bat le Werder Brême 1-0, et le speaker du stade, selon le récit de Mark Snijders, passe la chanson en boucle. Une édition spéciale aux couleurs du club se vend à 15 000 exemplaires supplémentaires en une semaine, et l'orchestre d'étudiants prend la première place. Depuis, rapporte NRC, le « la la la » résonne à chaque but du Feyenoord à domicile.

Du Stade français au vestiaire : comment le « la la la » est arrivé chez les Bleus ?

Avant le football, il y a eu le rugby. Eduscol précise que la chanson était l'hymne officiel de l'équipe de rugby du Stade français avant que l'équipe de France de football se l'approprie.

Le premier match des Bleus se joue le 12 juin 1998 au Vélodrome de Marseille : 3-0 contre l'Afrique du Sud. C'est dans le vestiaire, ce soir-là, que Vincent Candela reprend le refrain, toujours selon Nostalgie.

Pourquoi cette chanson reste-t-elle attachée à la Coupe du monde 1998 ?

Le 12 juillet 1998, la France bat le Brésil 3-0 au Stade de France, avec deux buts de la tête de Zinedine Zidane et un d'Emmanuel Petit. Ce soir-là, écrit Nostalgie, c'est « toute la France qui chante à pleins poumons ».

Pourtant, ce n'était pas la chanson officielle du tournoi. Eduscol rappelle que le Mondial 98 avait « pléthore d'hymnes plus ou moins officiels » et cite, à côté du Hermes House Band, « La Copa de la Vida » de Ricky Martin, « La Cour des grands » de Youssou N'Dour et Axelle Red, ou encore les Gipsy Kings. Ces titres-là ont été écrits ou choisis pour l'événement. Celui des Bleus est arrivé par le vestiaire. Une explication possible à son succès de foule : un refrain sans paroles se chante sans connaître l'anglais.

Gloria Gaynor, elle, en a profité. Deux ans plus tard, raconte Nostalgie, la chanteuse, dont la carrière avait été relancée par cet engouement, offre son disque d'or à Vincent Candela. Le geste a du sel, car sa première rencontre avec le « la la la » s'était mal passée : lors d'une fête d'entreprise à La Haye, raconte NRC, le public s'est mis à chanter la version néerlandaise pendant son concert, et elle a quitté la scène, persuadée qu'on se moquait d'elle.

Que disent les paroles d'« I Will Survive » quand une équipe de foot les chante ?

Rien de sportif. « I Will Survive » est une chanson de rupture. Une femme raconte qu'elle était d'abord « afraid », puis « petrified » à l'idée de vivre sans celui qui l'a quittée. Il est revenu : elle le trouve chez elle, regrette de ne pas avoir changé la serrure, et lui montre la sortie : « Go on now, go ». Puis elle le défie : « Did you think I'd crumble? », pensais-tu que j'allais m'effondrer ?

Le titre est un futur, et un futur ferme : « I will survive », je survivrai, sans conditionnel. On comprend qu'un groupe en plein tournoi, sous la pression d'un Mondial joué à domicile, s'y reconnaisse. Mais il ne faut pas forcer la lecture : rien n'indique que les Bleus pensaient au texte. Ce qu'ils chantaient, c'était le « la la la », un passage où personne ne chante de mots.

2018 : le « la la la » revient sur le perron de l'Élysée

Vingt ans plus tard, la deuxième étoile ramène la chanson. Après la victoire de 2018, rapporte NRC, les joueurs ont de nouveau chanté le « la la la » lors de leur réception sur le perron de l'Élysée, et le single de 1994 du Hermes House Band est remonté à la première place du classement des ventes en France.

Pour comparer avec les chansons écrites pour le tournoi, nous avons fait un classement des hymnes de la Coupe du monde. Et si vous cherchez le retour du titre de Gaynor en dehors du football, dans les clubs et les radios de cette même année, nous l'avons raconté dans 1998, l'année où « I Will Survive » a fait danser la planète.

Hermes House Band - I Will Survive - Lalala

Écoutez la version du Hermes House Band, puis celle de Gloria Gaynor juste après. Là où les stades chantent « la la la », vous entendrez des violons, et une femme qui ferme la porte à un homme. Le disco cachait souvent plus qu'il n'en avait l'air : on l'a montré avec ces tubes disco qui étaient des critiques sociales déguisées.

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