« I Will Survive » en 1998 : chanteuse, date de sortie et sens de la chanson

Homme qui feuillette des pochettes de disques vinyle rangées dans un panier, une platine de DJ au premier plan

« I Will Survive » est sortie en 1978, chantée par Gloria Gaynor et écrite par Dino Fekaris et Freddie Perren. En 1998, pendant la Coupe du monde en France, elle redevient le refrain de tout un pays, mais les Bleus ne chantaient pas l'enregistrement de Gaynor : ils reprenaient celui du Hermes House Band, un groupe néerlandais, dans une version parue en 1994 où un chœur chante « la la la » à la place des violons de l'original. Le tube de l'été 98 avait donc vingt ans. Voici sa date de sortie exacte, ses auteurs, ce que disent ses paroles et la raison de son lien avec 1998.

Quelle est la date de sortie d'« I Will Survive » ?

Le disque sort en 1978 chez Polydor. Mais il ne sort pas comme on le croit. Le label mise alors sur « Substitute », une chanson des Righteous Brothers que le groupe Clout venait de transformer en succès disco en Europe ; « I Will Survive » est rangée sur la face B, le second titre d'un 45 tours, celui que personne n'est censé passer à la radio. C'est ce que rappelle l'essai consacré à la chanson par la Bibliothèque du Congrès américaine.

Le succès vient ensuite, et lentement. En quelques mois, les radios se mettent à jouer la face B, le titre sort enfin sous son propre nom et grimpe le Billboard Hot 100 jusqu'à la première place en mars 1979, où il passe trois semaines au total. Deux dates répondent donc à la question « en quelle année ? » : 1978 pour la sortie, 1979 pour le sommet américain. 1998 n'est ni l'une ni l'autre.

Disque vinyle à étiquette orange qui tourne sur une platine, la tête de lecture posée sur le sillon
En 1978, « I Will Survive » occupe la face B d'un 45 tours : ce sont les clubs, puis les radios, qui ont retourné le disque.

Qui l'a écrite et chantée en 1978 ?

L'interprète est Gloria Gaynor. En 1978, elle n'est pas une débutante : son album « Never Can Say Goodbye » lui a valu, en 1975, le titre de « Queen of Discos » décerné par une association de DJ de discothèques, avec cape, trône et couronne. Puis les tubes se raréfient, alors que le disco envahit les classements américains après « Saturday Night Fever ». La même année 1978, elle se blesse à la colonne vertébrale pendant un concert et se retrouve presque paralysée de la taille aux pieds ; il lui faut une opération et une rééducation douloureuse pour remarcher.

C'est à ce moment que le producteur Freddie Perren vient la chercher pour « Substitute ». Avec Dino Fekaris, un ancien de Motown, il vient d'enchaîner les succès disco pour Peaches and Herb, Tavares, Yvonne Elliman ou les Sylvers. La face B porte leurs deux noms, mais c'est Fekaris qui en a écrit le texte : Gaynor raconte dans son autobiographie qu'ils avaient parlé ensemble des sujets qu'elle aimait chanter, et qu'il est parti de ces conversations. Elle enregistre la voix dans un fauteuil roulant, le dos maintenu par un corset. Une chanteuse qui ne tient pas debout enregistre « I will survive ».

Reste à convaincre la maison de disques, qui refuse de pousser la face B. Gaynor porte elle-même le disque à Richard Kaczor, DJ du Studio 54 à New York, en emmenant le directeur artistique du label pour qu'il voie la réaction de la piste. Le public adopte le morceau sur-le-champ. « Et vous savez que le public new-yorkais n'aime rien tout de suite », se souvenait-elle. En 1980, aux 22e Grammy Awards, la chanson remporte le prix du meilleur enregistrement disco, une catégorie que la Recording Academy n'a décernée que cette fois-là. En 2016, la Bibliothèque du Congrès l'inscrit à son registre national des enregistrements, au titre de la sélection 2015.

Que racontent les paroles ?

Au départ, c'est une chanson de rupture, et rien d'autre. Une femme a été quittée. Elle a passé des nuits à ressasser le tort qu'on lui a fait, puis elle a appris à vivre seule. L'homme revient, « back from outer space », comme s'il rentrait de l'espace, et elle le trouve installé chez elle, la mine triste. Elle lui rappelle qui a frappé le premier : « Weren't you the one who tried to hurt me with goodbye? », n'est-ce pas toi qui as voulu me blesser en disant adieu ?

Le même refrain s'achève sur un mot que l'on chante sans l'entendre : « Oh no, not I ». Pas moi. Le texte ne dit pas que la vie sera facile, il dit qui ne s'effondrera pas. Et le vers suivant corrige l'idée d'une femme qui se ferme : « as long as I know how to love, I know I'll stay alive ». Tant qu'elle sait aimer, elle restera en vie. Elle renonce à cet homme, pas à l'amour, ce qui fait du morceau autre chose qu'une revanche.

Le couplet qui suit le premier refrain change de temps. Il revient sur l'après-rupture : « It took all the strength I had not to fall apart », il lui a fallu toute sa force pour ne pas s'effondrer. Elle a pleuré, elle le dit sans détour, « I used to cry », puis elle s'est reprise. Et son changement tient dans une image : elle n'est plus « that chained up little person still in love with you », cette petite personne enchaînée, encore amoureuse. La chanson ne cache pas la chute ; elle chante la remontée, pas à pas, des larmes jusqu'à la tête relevée.

Pourquoi la chanson a-t-elle dépassé l'histoire d'une rupture ?

Selon l'essai de la Bibliothèque du Congrès, signé par le musicologue Louis Niebur, les auditeurs ont donné au titre bien plus de poids que sa simple histoire dès sa sortie en 1978 : la force, la fierté, l'indépendance, la victoire sur le doute de soi. Il a parlé tout de suite aux trois publics les plus liés au disco. Les femmes y entendent une identité qui ne dépend pas d'un homme ; l'auteur rappelle que le disco a été l'une des premières danses populaires où elles pouvaient danser sans partenaire masculin. Les Afro-Américains y trouvent une voix qui ne s'excuse de rien.

La communauté gay, qui avait fait naître le disco dans les clubs new-yorkais après Stonewall, s'y reconnaît aussi. Pendant l'épidémie de sida, dans les années 1980 et 1990, la chanson devient un chant de solidarité face au deuil. Niebur relève enfin un choix d'arrangement : pas de choristes, une seule voix, ce qui donne l'image d'une personne debout face à tout. Vingt ans plus tard, une équipe de football allait s'en emparer pour d'autres raisons.

Pourquoi associe-t-on « I Will Survive » à 1998 ?

Selon la radio Nostalgie, le défenseur Vincent Candela entonne le refrain dans les vestiaires le 12 juin 1998, après la victoire contre l'Afrique du Sud, et la chanson accompagne l'équipe de France jusqu'au titre mondial du 12 juillet, face au Brésil. La version chantée est celle du Hermes House Band, sortie en 1994. Ce n'était pas la chanson officielle du tournoi, qui était « La Copa de la vida » de Ricky Martin. Le chemin de cette reprise jusqu'au vestiaire est raconté dans notre article sur « I Will Survive », l'hymne des Bleus de 98.

Quelle chanteuse entend-on en 1998 ?

À ceux qui cherchent « la chanteuse d'I Will Survive en 1998 », la réponse est double. La voix de l'original reste celle de Gloria Gaynor, la seule interprète du disque de 1978. Celle des stades, en revanche, n'a pas de vedette : c'est la reprise d'un groupe néerlandais, où un chœur entonne le « la la la » sur la ligne des violons de 1978. Les deux ont pourtant tourné ensemble cet été-là. Revenant en 2010 sur le Top 50 de mai 1998, le site Charts in France s'amusait qu'à la veille du tournoi, ni le « I Will Survive (La La La) » du Hermes House Band, « ou pire la version de Gloria Gaynor », « ne nous ont pas encore cassé les oreilles ». Sous-entendu : elles l'ont fait ensuite.

Cette double vie n'avait rien de neuf. Selon Nostalgie, la chanson compte près de 250 reprises. Dès 1979, Régine et Michèle Richard la chantent en français sous le titre « Je survivrai », et Sabrina Lory en tire « Plus rien ne va » ; viendront ensuite Aretha Franklin, la salsa de Celia Cruz, le pop rock du groupe Cake, le swing des Puppini Sisters. Le public français connaissait donc l'air, et parfois ses paroles traduites, bien avant d'en faire un chant de victoire.

Gloria Gaynor - I Will Survive

Réécoutez-la jusqu'au couplet qui suit le premier refrain et guettez « chained up little person » : c'est là que la femme de la chanson cesse d'être une victime. Le disco a souvent glissé ce genre de message sous la boule à facettes, comme le montrent ces tubes disco qui étaient des critiques sociales déguisées.

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