« Waf » de Julien Doré : la chanson avec ses chiens Simone et Jean-Marc

Deux bergers blancs suisses couchés sur le parquet d'un petit studio, près d'un micro sur pied et d'une guitare

Dans « Waf » de Julien Doré, le mot du titre n'est jamais chanté : ce sont ses deux chiens, Simone et Jean-Marc, qui le disent à leur façon, en aboyant sur le morceau. La chanson figure sur l'album « Aimée », paru en septembre 2020, et les deux bergers blancs suisses y sont crédités comme invités, au même titre qu'un duo. Les paroles, elles, ne parlent pas de chiens du tout : elles parlent d'une terre qu'on dit plate, de pingouins qui s'habituent au nouveau climat et d'un verre de pastis qu'on remplit d'amour pour tenir le coup. Voici ce que raconte le texte, qui sont les deux chiens et où on les entend.

« Waf » de Julien Doré : d'où vient cette chanson ?

« Waf » est le neuvième titre d'« Aimée », le cinquième album studio de Julien Doré. Dans la liste des titres, il apparaît sous la forme « Waf (feat. Simone & Jean-Marc) » : le chanteur a traité ses chiens comme il a traité ses autres invités du disque, Clara Luciani ou les rappeurs belges Caballero et JeanJass. Le quotidien suisse Le Temps, en passant en revue les invités du disque à sa sortie, trouvait « plus farfelu » le choix d'avoir invité ses chiens à chanter.

Le morceau a ensuite eu sa deuxième vie. Le 16 juin 2021, le clip officiel sort sur la chaîne YouTube du chanteur ; ses deux chiens en sont les vedettes, note BFMTV.

Julien Doré - Waf (Clip officiel) ft. Simone & Jean-Marc

Le contexte compte. À la sortie du disque, Paris Match Belgique écrivait qu'il concerne « ce monde qui part en toupille », et le chanteur, installé dans les Cévennes, sa région natale, se dit inquiet de l'avenir de la planète, selon la RTBF. « Waf » arrive au milieu de cet album avec un sourire en coin.

Que disent les paroles de « Waf » ?

Le premier couplet tient en une suite de rumeurs, toutes accrochées à une seule formule d'ouverture. « Il paraît qu'la terre est plate », chante-t-il d'abord ; puis viennent, en tête de vers, des « Que » qui allongent la liste : que les rêves n'existent pas, que les pingouins « s'acclimatent / Fort bien au nouveau climat ». Paris Match Belgique, à la sortie du disque, résumait d'ailleurs la chanson ainsi : il y est question « de Terre plate et de pingouins ». J'y lis la liste des choses absurdes qu'on entend chaque jour, répétées comme des évidences.

Le chanteur ne conteste rien, il aligne. C'est là, à mon sens, que le texte est malin : en mettant sur le même plan une théorie complotiste, un renoncement (« les rêves n'existent pas ») et un mensonge climatique, il montre que tout finit par sonner pareil quand on le répète assez. Puis le couplet bascule vers une seule personne, à qui « ils » font porter la faute de ce qui s'est éteint. La réponse arrive en deux vers : il y a « bien des étoiles mortes / Que je vois briller là-bas ».

Le refrain change de ton. « Sers-moi de l'amour dans un verre de pastaga » : le pastaga, c'est le pastis en argot, la boisson qu'on partage au comptoir. Le vers suivant, « On a fait le tour de Verlaine et de Kafka », dit une fatigue : la poésie et l'angoisse, on connaît, on a tout lu, il reste à trinquer. Le tout est porté par un « Oh là là » répété, qui fait du refrain une ritournelle facile à reprendre.

Berger blanc suisse couché dans l'herbe d'un pré, la gueule ouverte
Un berger blanc suisse, la race de Simone et Jean-Marc (photo d'illustration, il ne s'agit pas des chiens du chanteur).

Le second couplet reprend la formule une dernière fois : il paraît que la nature se porterait mieux sans nos lois. Et la réponse, en attendant l'avenir, tient en deux mots, cacahuètes et pastaga. La dernière partie quitte le comptoir pour le ciel : « Oh là là, viens, on s'accoude aux étoiles », chante-t-il, avec un cœur qui a « soif de Voie lactée ».

Qui sont Simone et Jean-Marc, les chiens de Julien Doré ?

Simone et Jean-Marc sont deux bergers blancs suisses, nés le 29 novembre 2018, selon la RTBF, qui leur consacrait un article en janvier 2021. Le chanteur leur a ouvert un compte Instagram à leur nom, @simoneetjeanmarc, où il les fait parler à la première personne. La RTBF comptait plus de 152 000 abonnés à ce compte en août 2025.

Selon la RTBF, il les emmène partout, « en studio, en tournée ou lors d'interviews ». Leurs prénoms, eux, me font sourire à chaque fois : des noms de personnes, presque de collègues de bureau, donnés à deux grands chiens blancs.

Ce sont bien eux que l'on entend sur le disque. D'après la RTBF, Julien Doré a intégré leurs aboiements et un hurlement dans « Waf », sans oublier de les créditer. Paris Match Belgique emploie le mot exact : les deux chiens sont « samplés », c'est-à-dire enregistrés puis placés dans la production comme on placerait un échantillon de batterie ou de voix.

Les chiens de Julien Doré, au-delà de la chanson

Simone et Jean-Marc ne s'arrêtent pas à « Waf ». La RTBF rappelle que le chanteur a monté avec eux une opération pour la SPA : une marque de croquettes en édition limitée, qui a permis de récolter 60 000 euros pour l'association.

Il a recommencé en septembre 2024 avec le clip de sa reprise de « Pourvu qu'elles soient douces », la chanson de Mylène Farmer : un faux vote par SMS y servait à confirmer un don de 1 euro à la SPA, qui avait rapporté plus de 5 000 euros en deux semaines, selon la RTBF.

Est-ce une chanson qui parle d'un chien ?

Pas vraiment. Une chanson qui parle d'un chien raconte un animal : sa fidélité, sa mort, la promenade du soir. « Waf » fait l'inverse : les chiens ne sont pas le sujet, ils sont des voix. Le texte parle des humains, de leurs croyances et de leurs verres au comptoir ; les chiens commentent par-dessus, sans un mot.

J'entends dans ces aboiements une réponse au premier couplet. Les hommes rapportent ce qu'ils ont entendu dire ; les chiens, eux, ne rapportent rien. Cette lecture est la mienne : le chanteur ne l'a pas formulée ainsi. Mais le choix est là, sur le disque : au milieu d'un texte sur ce qu'on raconte de faux, il donne la parole à ceux qui ne parlent pas.

On serait tenté de la ranger avec les morceaux absurdes qu'on écoute en boucle sans trop savoir pourquoi, ceux de notre article sur la musique « gogole » qu'on adore écouter. Elle tient pourtant debout sans ses chiens : retirez les aboiements, il reste un texte sur la crédulité et la fatigue, écrit avec légèreté.

Comment réécouter « Waf » autrement ?

Lisez d'abord le premier couplet à voix basse, sans musique, en comptant les « Que » qui suivent le « Il paraît » du premier vers. Puis lancez le morceau et guettez les moments où les chiens entrent, en vous demandant à quelle phrase ils répondent. Le refrain, lui, repose sur un « Oh là là » répété qu'on reprend dès la deuxième écoute, une simplicité qui rappelle les mélodies de trois notes qui suffisent à faire une chanson.

Réécoutez-la ce soir au casque, en cherchant le hurlement de Simone ou de Jean-Marc : c'est la seule réplique de la chanson qui ne rapporte rien de ce qu'on a entendu dire.

À lire aussi