Fingerpicking à la guitare : comment l'apprendre pas à pas ?

Main droite d'un guitariste pinçant les cordes d'une guitare acoustique au-dessus de la rosace, pouce sur une corde grave

Le fingerpicking à la guitare s'apprend en deux temps : d'abord un pouce qui tient la basse tout seul, régulier comme une horloge, puis des doigts qui viennent jouer par-dessus, sans le déranger. Tout le reste, les arpèges, le Travis picking, les morceaux folk, découle de cette séparation entre le pouce et les autres doigts. Voici l'ordre dans lequel travailler, avec un motif noté doigt par doigt, le matériel qui aide vraiment et les erreurs qui font plafonner.

Que veut dire fingerpicking, et en quoi diffère-t-il du jeu aux doigts classique ?

Le mot désigne le fait de pincer les cordes avec les doigts plutôt que de les gratter au médiator. Sur une guitare acoustique à cordes métal, on l'emploie surtout pour un style précis : une basse au pouce qui ne s'arrête jamais et une mélodie ou des notes d'accord jouées par l'index et le majeur. Le guitariste classique, lui, pince aussi avec les doigts, mais son pouce n'est pas tenu à cette pulsation régulière.

Le Travis picking est la forme la plus connue de ce jeu. Il doit son nom à Merle Travis, qui a popularisé ce jeu syncopé né dans la région minière de l'ouest du Kentucky : le pouce alterne deux basses, les doigts placent la mélodie entre les temps. Ne le confondez pas avec le tapping, qui consiste à frapper les cordes sur la touche avec la main droite ; c'est une autre technique, détaillée dans notre article sur le tapping à la guitare.

Comment lire les lettres p, i, m, a ?

Les partitions et les tablatures notent les doigts de la main qui pince par des lettres venues de l'espagnol : p pour pulgar, le pouce ; i pour índice, l'index ; m pour medio, le majeur ; a pour anular, l'annulaire. Une cinquième lettre, c (chico), désigne l'auriculaire, rarement utilisé. La main qui appuie sur le manche, elle, est notée en chiffres, de 1 (index) à 4 (auriculaire).

La répartition de départ est simple : p joue les trois cordes graves (6, 5 et 4), i la corde 3, m la corde 2, a la corde 1. Elle bougera plus tard, mais elle évite au débutant de se demander à chaque note quel doigt employer. Si la main gauche vous pose encore problème, nos conseils pour bien placer les doigts sur le manche passent avant tout le reste.

Étape 1 : faire tourner le pouce seul

Dans une leçon diffusée sur la chaîne du magazine Guitarist et résumée par Guitar World, Tommy Emmanuel commence par le pouce, et par lui seul. Il alterne la fondamentale de l'accord et, le plus souvent, sa quinte. Les autres doigts restent posés sur la table de la guitare. Il raconte qu'à l'époque où il enseignait en Australie, il allait jusqu'à les scotcher pour qu'ils ne bougent pas.

Prenez un accord de Sol (cordes 6 et 1 à la case 3, corde 5 à la case 2, le reste à vide). Le pouce joue la corde 6, puis la corde 4, puis la 6, puis la 4, une note par temps. La corde 6 donne Sol, la corde 4 donne Ré : la fondamentale et la quinte. Jouez cette basse au métronome, lentement, jusqu'à pouvoir parler en même temps sans qu'elle flanche.

Tommy Emmanuel Thumbpicking Masterclass

Étape 2 : poser l'index et le majeur entre les temps

Quand le pouce tourne seul, les doigts entrent dans les « et », ces moitiés de temps qui séparent les basses. Voici le motif de base, sur le même accord de Sol, à lire de gauche à droite et à compter « un et deux et trois et quatre et ».

Compte1et2et3et4et
Doigtpmpipmpi
Corde62436243
NoteSolSiRéSolSolSiRéSol

Le pouce tombe toujours sur les temps, les doigts toujours entre eux. Une fois le motif stable, ajoutez un pincement sur le premier temps : le pouce joue la corde 6 en même temps que a (ou m, selon les méthodes) joue la corde 1. Puis passez à Do (le pouce alterne alors les cordes 5 et 4, Do et Mi : ici la tierce) et à Ré (cordes 4 et 5 à vide), sans changer le travail des doigts.

Tommy Emmanuel pousse ensuite l'exercice : le pouce reste régulier pendant que les doigts jouent quelque chose de différent, en contretemps. Il prévient que le cerveau résiste un moment, puis que la coordination finit par venir à force de reprendre lentement.

Quel premier morceau jouer en fingerpicking ?

Tommy Emmanuel en conseille un : « Freight Train ». Le choix n'a rien d'innocent. La chanson est d'Elizabeth Cotten, qui l'a écrite vers 11 ou 12 ans en Caroline du Nord. Gauchère, elle jouait une guitare de droitier simplement retournée : sa basse venait donc des doigts et sa mélodie du pouce, l'inverse exact du motif ci-dessus. Mike Seeger l'a enregistrée, et son premier album est paru chez Folkways en 1958.

Ce qui frappe, quand on rejoue ce morceau, c'est qu'il n'a besoin d'aucune vitesse. Il repose sur une basse qui marche et une mélodie posée par-dessus. Les versions pour droitiers remettent le pouce à la basse, comme dans le motif appris plus haut ; on peut s'y attaquer dès qu'un arpège tourne lentement sur la basse sans la faire trébucher.

Les deux mains d'un guitariste sur une guitare acoustique, la droite pinçant les cordes au-dessus de la rosace
Le pouce garde les basses pendant que l'index et le majeur se partagent les cordes aiguës.

Faut-il un onglet de pouce et une guitare particulière ?

Ni l'un ni l'autre n'est obligatoire pour commencer. L'onglet de pouce (thumb pick en anglais) est un petit médiator qui s'enfile sur le pouce : il rend l'attaque de la basse plus franche que la pulpe du pouce. Tommy Emmanuel se contente d'un sachet d'onglets Dunlop de tirant moyen, dans lequel il garde ceux qui lui vont, et conseille de ne pas les enfiler trop serrés. Les Zookies M-20 de Dunlop, inclinés, sont une autre forme à essayer. Guitar World ajoute qu'un onglet trop long se lime, et qu'un onglet mal ajusté se remet en forme après un passage dans l'eau chaude.

Côté cordes, le tirant light (12-53) se situe entre l'extra light, plus souple, et le medium, plus tendu : un réglage intermédiaire qui ménage la main gauche sans trop perdre de volume sous les doigts. Les cordes polies comme les D'Addario EFT16 Flat Tops limitent, selon la fiche du marchand, les frottements quand les doigts glissent d'un accord à l'autre. Notre guide des cordes de guitare acoustique détaille les matières et les tirants.

Pour la guitare, une folk bien réglée suffit. Les caisses plus petites qu'une dreadnought, formats 000, OM ou Grand Auditorium, se tiennent plus près du corps, un confort réel quand l'avant-bras reste posé longtemps sur la caisse. La Sigma OMTC-1E, avec son pan coupé, en est une version électro abordable ; les modèles ci-dessous vont de la 000 de collection à la 000 d'entrée de gamme.

Les erreurs qui font plafonner en picking

La première tient au pouce : il accélère dès que les doigts entrent en jeu, ou il saute un temps pendant un changement d'accord. On le repère en s'enregistrant avec le métronome. Le remède est de revenir à l'étape 1, puis de remettre les doigts un par un.

La deuxième est de vouloir jouer vite trop tôt. Un motif joué à 60 battements par minute sans accroc vaut mieux qu'un motif à 100 qui boite ; on monte de quelques crans seulement quand trois passages de suite sont propres. La troisième est de laisser la main se crisper : poignet souple, doigts arrondis, et une main posée légèrement, l'auriculaire sur la table si cela vous stabilise.

Enfin, beaucoup s'enferment dans un seul motif. Une fois celui de Sol acquis, déplacez le pincement sur un autre temps, remplacez m par a, essayez la basse sur trois cordes au lieu de deux. Chaque variation est un nouvel exercice de coordination.

Pour organiser ces séances quand on apprend seul, notre méthode pour apprendre la guitare en autodidacte propose un déroulé semaine après semaine. Et quand « Freight Train » sortira sans faute, réécoutez la version d'Elizabeth Cotten : vous entendrez enfin ce que fait son pouce.

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