Fabriquer des instruments de musique avec des objets de récupération
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Pour fabriquer des instruments de musique avec des objets de récupération, il suffit d'une bouteille en plastique, d'une boîte à chaussures, d'une boîte de camembert, de quelques élastiques et d'une paille : on en tire des maracas, un racleur, une guitare, un mirliton, un bâton de pluie, un tambour chinois et même une petite anche de hautbois. À chaque fois, un seul geste compte : repérer la pièce qui va vibrer, puis la laisser libre de le faire. Voici ces sept réalisations pas à pas, avec ce qui fait vraiment le son de chacune, puis ce que des musiciens ont tiré de la décharge elle-même.
Les principes généraux, familles d'instruments, longueur et tension d'une corde, niveau d'eau d'une bouteille, sont expliqués dans l'article Fabriquer des instruments de musique : par où commencer ?. Ici, on passe aux objets, un par un.
Quels objets de récupération donnent quel instrument ?
Avant de vider le bac de tri, un petit inventaire aide à choisir. La vocation d'un objet dépend moins de sa matière que de la manière dont on va le faire sonner : la même bouteille devient hochet si on la remplit, racleur si on la frotte.
| Ce que vous avez | Ce que vous fabriquez | Ce qui produit le son |
|---|---|---|
| Petite bouteille en plastique, riz ou lentilles | Maracas | Les grains qui frappent la paroi |
| Bouteille à anneaux en relief, crayon | Racleur | La pointe qui saute d'un relief à l'autre |
| Boîte à chaussures, élastiques, deux crayons | Guitare | L'élastique, relayé par le couvercle |
| Rouleau d'essuie-tout, papier sulfurisé | Mirliton | Le papier, mis en mouvement par la voix |
| Tube en carton, cure-dents, riz | Bâton de pluie | Les grains freinés par les cure-dents |
| Boîte de camembert, deux perles, ficelle | Tambour chinois | Les perles qui battent les deux faces |
| Paille en plastique | Anche double | Deux languettes qui s'ouvrent et se ferment |
Fabriquer un instrument de musique avec une bouteille en plastique
Pour des maracas, prenez une petite bouteille d'eau bien sèche à l'intérieur. Avec un cornet de papier en guise d'entonnoir, versez du riz, des lentilles ou des pois cassés, sans dépasser le quart de la bouteille : les grains ont besoin de place pour prendre de l'élan avant de heurter la paroi. Revissez le bouchon et entourez-le d'un tour de ruban adhésif. Ces milliers de petits chocs contre le plastique font tout le bruit.
Beaucoup de bouteilles portent sur le flanc des anneaux en relief. Ils font un racleur tout trouvé. Frottez-les de haut en bas avec un crayon : chaque arête fait sauter la pointe, et la suite rapide de petits chocs donne un crépitement, le principe du guiro, un racleur à stries. Allez plus vite, les chocs se rapprochent et le son paraît plus aigu. Serrez la bouteille dans la main pendant que vous jouez, la paroi vibre moins et le son s'assèche.
Instruments de musique en carton : guitare, mirliton et bâton de pluie
Une guitare à élastiques dans une boîte à chaussures
Découpez dans le couvercle une ouverture ronde, de la taille d'un verre retourné, puis refermez la boîte. Tendez quatre ou cinq élastiques autour, dans la longueur, par-dessus le trou. Glissez ensuite un crayon sous les élastiques de chaque côté de l'ouverture. Ce chevalet est la pièce décisive : sans lui, l'élastique frotte contre le carton et s'étouffe ; avec lui, il vibre librement et transmet sa vibration au couvercle, qui joue le rôle de table d'harmonie : une surface bien plus grande, qui met en mouvement beaucoup plus d'air que l'élastique seul. Un rouleau d'essuie-tout collé au bout de la boîte fait un manche pour la tenue, pas pour la note.

Un mirliton dans un rouleau d'essuie-tout
Percez un petit trou dans le rouleau, à trois ou quatre centimètres d'une extrémité. Fermez cette extrémité avec un carré de papier sulfurisé tenu par un élastique, bien à plat. Posez la bouche contre l'autre bout et chantonnez « dou dou dou » : vous ne soufflez pas, vous chantez. Le papier se met à vibrer avec votre voix et lui ajoute un bourdonnement nasillard, celui du kazoo, qui est lui aussi un mirliton ; le petit trou laisse s'échapper l'air que vous poussez. C'est le seul instrument de cette liste où la note vient de vous : le rouleau ne fait que la déguiser.
Un bâton de pluie dans un tube d'emballage
Prenez un tube rigide, celui d'une affiche ou d'un rouleau de papier cadeau. Piquez des cure-dents à travers le carton en suivant une spirale, à un centimètre environ les uns des autres, et coupez ce qui dépasse. Fermez un bout avec un disque de carton et du ruban adhésif, versez une poignée de riz et de lentilles, puis fermez l'autre bout. Retournez le tube lentement : les grains tombent en ricochant d'un cure-dent à l'autre, et ce ruissellement continu imite l'averse. Plus les obstacles sont serrés, plus la pluie dure.
Comment fabriquer un petit tambour chinois avec une boîte ronde ?
Ce qu'on appelle en France le tambour chinois est un petit tambour à deux faces monté sur un manche, avec deux perles attachées à des fils. On fait tourner le manche entre les paumes, et les perles viennent frapper chaque face à tour de rôle. Une boîte de camembert vide et propre, en fin bois de peuplier ou en carton selon les marques, en fait un très bon corps.
- Percez deux trous face à face dans le bord de la boîte, sous le rebord du couvercle, et faites-y passer une baguette chinoise ou un long crayon : c'est le manche. Un point de colle de chaque côté l'empêche de tourner.
- Refermez le couvercle et fixez-le par un tour de ruban adhésif : le fond et le couvercle sont vos deux faces.
- Attachez un bout de ficelle de chaque côté du bord, à mi-chemin entre les deux trous du manche, et nouez une perle au bout de chacun.
- Réglez la longueur : tendue vers le centre de la boîte, la perle doit arriver au milieu de la face. Trop longue, elle dépasse le centre et s'emmêle autour de la boîte ; trop courte, elle n'atteint pas la face.
- Roulez le manche entre vos paumes, par petits allers-retours rapides.
À chaque changement de sens, les perles, emportées par leur élan, frappent les faces de la boîte. Ici, pas de peau tendue : la perle frappe directement le fond et le couvercle, deux plaques minces et légères qui vibrent sous le choc et font résonner l'air enfermé dans la boîte ; plus le geste est vif, plus le roulement est serré.
Une paille peut-elle sonner comme un hautbois ?
Oui, en miniature. Aplatissez une extrémité de la paille sur deux centimètres en la pinçant fort entre les doigts, puis coupez-la en pointe des deux côtés avec des ciseaux. Placez cette pointe entre les lèvres, en la pinçant à peine, et soufflez franchement. Les deux languettes s'ouvrent et se referment très vite : c'est le fonctionnement d'une anche double, celle du hautbois et du basson, et le son a un grain nasillard qui rappelle, de loin, celui du hautbois. Le reste de la paille joue le rôle du tuyau. Raccourcissez-la de quelques centimètres aux ciseaux pendant que vous soufflez, et la note monte à chaque coupe.
Avec des éléments naturels, que peut-on fabriquer ?
La récupération ne se limite pas au bac jaune. Deux bâtons de bois sec entrechoqués font des claves. Deux demi-coquilles de noix, tenues entre le pouce et les doigts, claquent comme des castagnettes. Des graines séchées enfermées dans une boîte d'allumettes donnent un hochet discret. Certains vont bien plus loin et taillent leurs instruments dans ce qu'on mange : cet artiste a transformé des légumes en instruments de musique.
Jusqu'où peut aller la récup ? L'orchestre de Cateura et la lutherie sauvage
À Cateura, un quartier bâti sur une décharge aux portes d'Asunción, au Paraguay, les instruments d'un orchestre d'enfants sortent des déchets. Le reportage de l'émission 60 Minutes de CBS, diffusé en novembre 2013, en détaille l'inventaire : des violons taillés dans des plaques de four, des violoncelles dans des bidons d'huile, des saxophones et des trompettes dans des tuyaux d'évacuation, des clés qui étaient autrefois des pièces de monnaie et des capsules, une peau de tambour découpée dans une radiographie. Le projet est né de Favio Chávez, technicien de l'environnement, et c'est Don Colá Gómez, ramasseur de déchets et menuisier, qui construit les instruments. NPR avait raconté l'histoire de l'orchestre dès décembre 2012.
Ce qui touche, dans cet inventaire, c'est que rien n'y est un gadget. Une plaque de four ne joue pas « comme un violon ». Elle devient le violon sur lequel un enfant apprend. Le carton, lui aussi, peut porter un archet : ce violon fabriqué en carton en donne une autre preuve.
On appelle lutherie sauvage cette façon de faire sonner les objets du quotidien. La RTBF présentait en 2016 Max Vandervorst comme l'un de ses précurseurs en Belgique : une flûte jouée dans un guidon de vélo, une trompette tirée d'un arrosoir, un « scoutophone », arbre à percussions fait de gourdes de camping et de plats en inox, et, chaque semaine, un tour en brocante pour trouver la suite. La Philharmonie de Paris avait programmé dans le même esprit un atelier de percussions pour les 12 à 14 ans, fondé sur « l'invention à partir d'objets de récupération, un peu à la manière des tambours du Bronx » ; ce cycle a depuis été annulé.
Après avoir fait tourner un tambour chinois ou couiné dans une paille, on n'écoute plus tout à fait les disques de la même oreille. Un claquement sec, un crépitement au fond d'un mixage, et l'on se demande quel objet est passé devant le micro. La question a des réponses : des Beatles à Billie Eilish, ces artistes ont recyclé des sons d'objets du quotidien. Réécoutez-les avec, en tête, la boîte de camembert et ses deux perles.


