Abraham Laboriel, bassiste et père du batteur Abe Jr

Mains d'un bassiste sur le manche d'une basse électrique à quatre cordes argentée

Son nom figure rarement en gros sur une pochette, et pourtant il est partout dans les crédits. Abraham Laboriel est un bassiste, pas un batteur : né à Mexico, selon Yamaha, à l'été 1947, il a joué sur plus de 4 000 disques et musiques de film selon le magazine Bass Player, cité par la NAMM. Le batteur de la famille, c'est son fils Abe Laboriel Jr, qui tient les baguettes derrière Paul McCartney depuis 2001. Les confondre se comprend : même prénom, même nom, et deux carrières passées dans l'ombre de chanteurs célèbres.

Qui est Abraham Laboriel, le bassiste de studio ?

Abraham Laboriel grandit dans une famille d'artistes. Selon Bass Magazine (juillet 2019), son père, Juan José Laboriel, était compositeur, parolier et acteur, et son frère Juan, devenu Johnny Laboriel, a chanté dans l'un des premiers groupes de rock'n'roll du Mexique. C'est son père qui lui donne sa première leçon de guitare, à six ans.

La basse arrive tard. Il entre en 1968 au Berklee College of Music de Boston pour étudier la composition, en sort diplômé en 1972, et ne prend la basse qu'un an avant la fin de ses études. Berklee lui a remis un doctorat honoris causa en 2005. Un guitariste devenu bassiste sur le tard : on l'entend dans sa main droite, comme on le verra plus bas.

Comment ce bassiste est-il arrivé dans les studios de Los Angeles ?

Après Berklee, il part en tournée avec Johnny Mathis et Henry Mancini. C'est Mancini qui l'aide à s'installer à Los Angeles, et Laboriel lui attribue ses débuts en studio. Sa première séance californienne, en 1976, est pour l'organiste Jimmy Smith, sur l'album Sit on It.

Ensuite, la liste devient vertigineuse. La NAMM cite Ella Fitzgerald, Al Jarreau, Elton John, Michael Jackson, Paul Simon et Quincy Jones ; Berklee ajoute Stevie Wonder, Dolly Parton et Madonna ; Bass Magazine nomme aussi Lionel Richie, George Benson, Lee Ritenour, Larry Carlton, Dave Grusin, Herb Alpert ou Chaka Khan. La Recording Academy l'a désigné quatre années de suite comme musicien le plus précieux dans la catégorie basse, avant de lui accorder le statut honoraire.

Le cinéma compte aussi. Laboriel a enregistré pour des compositeurs de musique de film comme Michael Giacchino. D'après ses propres récits, Mancini comme Giacchino lui ont demandé la même chose : ne pas jouer ce qui est écrit sur le papier, jouer qui il est.

Yamaha BB / Beyond Classic: Abraham Laboriel, Sr.

Qu'est-ce qui rend son jeu de basse reconnaissable ?

Son passé de guitariste s'entend. Bass Magazine décrit un jeu qui mêle doigté de flamenco à quatre doigts, slap, accords grattés, tirés de cordes, trilles et longs glissandos sur le manche. Il le raconte lui-même : beaucoup d'auditeurs le croient bassiste fretless (sur un manche sans frettes) à cause de ces glissés, alors qu'il se dit peu sûr de lui sur ce type d'instrument.

Un détail touchant revient dans le même article : enfant, il a perdu le bout de l'index dans un accident, et il a appris la guitare en compensant avec l'annulaire. Sa première basse, une Goya, il l'achète en 1971 pour 400 dollars à un musicien grec. Plus tard viennent les basses Yamaha ; il présente lui-même le modèle BB dans la vidéo ci-dessus. Il cite aussi James Jamerson, le bassiste de la Motown, comme son grand coup de foudre.

Pour un bassiste qui l'écoute, la leçon n'est pas dans la vitesse. Elle est dans la façon de poser la note au service du chanteur, puis de s'autoriser une phrase chantante quand la chanson laisse de la place. Si vous travaillez le slap, nos techniques pour jouer du slap à la basse donnent les bases avant de viser ses glissandos.

Koinonia, son groupe hors des studios

Abraham Laboriel a cofondé deux groupes de jazz, rappelle Yamaha : Friendship, avec Ernie Watts, Lee Ritenour et Alex Acuña, puis Koinonia avec le percussionniste Alex Acuña ; le saxophoniste Justo Almario y joue aussi. Ce second groupe de jazz et de funk a rempli des salles en Scandinavie et en Europe de l'Ouest, selon Bass Magazine. Côté gospel, Berklee le cite parmi les grandes figures de la basse dans son cours Gospel Bass Lab.

Il a aussi publié des disques sous son nom ou en duo, comme Laboriel Mathieson (2001) et Live in Switzerland (2005).

Abraham Laboriel Jr : le batteur, c'est le fils

Si vous avez tapé « Abraham batteur », c'est lui que vous cherchiez. Abe Laboriel Jr, fils d'Abraham, est diplômé de Berklee en 1993, comme le rappelle l'école. Il a joué avec Steve Vai, Sting, Eric Clapton et B.B. King. Sur le site de Paul McCartney, il est crédité à la batterie, aux percussions et aux chœurs sur tous les titres de Driving Rain, sorti en novembre 2001 ; il fait partie depuis du groupe de scène de l'ex-Beatles.

Son actualité a bougé cet automne. Le 25 septembre 2026, au festival Ohana de Dana Point, en Californie, il a joué avec des membres de Pearl Jam pendant le set d'Eddie Vedder, raconte Louder, puis le 27 avec le groupe, qui cherche à remplacer Matt Cameron, parti après 27 ans. Le communiqué du groupe, publié le 28 septembre, le dit seulement venu en remplaçant, selon Stereogum. Un autre fils, Mateo Laboriel, compositeur et producteur, est lui aussi passé par Berklee.

Abraham Laboriel (père)Abe Laboriel Jr (fils)
InstrumentBasse (d'abord guitariste)Batterie, chœurs
BerkleeComposition, diplômé en 1972Diplômé en 1993
Où l'entendreSéances de studio, musiques de film, KoinoniaPaul McCartney depuis 2001, remplaçant chez Pearl Jam (2026)
Quelques nomsElla Fitzgerald, Al Jarreau, Michael Jackson, Paul SimonSting, Eric Clapton, Steve Vai, B.B. King

Pourquoi les musiciens admirent-ils autant les Laboriel ?

Parce que le père et le fils font le même métier sous deux formes : porter la chanson d'un autre sans jamais la couvrir. Un musicien de séance n'a pas son nom sur la pochette, mais l'artiste le rappelle parce qu'il comprend vite ce que le morceau demande. Le père a été rappelé pendant plus de quatre décennies ; le fils accompagne le même chanteur depuis plus de vingt ans.

Les classements de batteurs, eux, font débat : notre article Laboriel, Gadd ou Colaiuta compare trois batteurs de studio, et là, c'est bien du fils qu'il s'agit.

La prochaine fois qu'un vieux titre d'Al Jarreau ou de Paul Simon passe, oubliez un instant la voix et suivez la basse : les glissés, les notes qui chantent sous le refrain. Puis remettez un concert récent de McCartney et regardez qui est derrière les fûts. Pour entraîner votre oreille à cette écoute, notre guide pour améliorer votre groove à la basse part exactement de là.

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