Qui a écrit « Africa » de Rose Laurens ?
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Un sorcier vaudou, des tambours, un « soleil rouge » : on connaît l'image avant de connaître les auteurs. Ce n'est pas Rose Laurens qui a écrit « Africa ». Les paroles sont de Jean-Michel Bériat, la musique de Jean-Pierre Goussaud, qui réalise aussi le disque ; Rose Laurens, elle, prête sa voix. Reste à voir pourquoi la chanson a franchi les frontières, et pourquoi on la confond parfois avec celle de Toto.
Qui a écrit et composé « Africa » de Rose Laurens ?
Goussaud est alors le compagnon de la chanteuse, et il signe l'essentiel de son premier album, Déraisonnable. Bériat, lui, met des mots sur sa mélodie. L'interprète, de son vrai nom Rose Podwojny, enregistre aussi une version anglaise, « Africa (Voodoo Master) », pensée pour l'étranger.
On cherche souvent « le mari » de Rose Laurens. Ses compagnons connus : Jean-Pierre Goussaud, le compositeur d'« Africa », puis Christian Soulié, à ses côtés en 2018.
Quand la chanson est-elle sortie, et jusqu'où est-elle montée ?
Le 45 tours paraît en France en octobre 1982 chez Flarenasch ; la version anglaise sort en mars 1983, chez WEA à l'international. Selon la RTBF, le disque dépasse le million d'exemplaires. En France, il se classe en tête des ventes, avant même la naissance du Top 50. À l'étranger, « Voodoo Master » prend la première place en Autriche et la troisième en Allemagne.
On reconnaît le mélange dès la première mesure : des percussions qui roulent, une nappe de synthétiseur très années 80, et une voix grave qui ne force jamais. En 1980, Rose Laurens avait créé le rôle de Fantine dans la première version des Misérables, où elle chantait « J'avais rêvé d'une autre vie », devenu plus tard « I Dreamed a Dream ».
Rose Laurens chante « Africa » dans cette archive de l'INA :

Que racontent vraiment les paroles ?
C'est une femme qui parle. Un sorcier vaudou lui a « peint le visage », son gris-gris la suit « au son des tam-tams », et le refrain dit son envie de « danser comme toi ». Plus loin viennent les pieds nus sous le « soleil rouge » et le vœu de faire sa « tribu » à l'ombre des cases.
Ce « toi » s'adresse moins à un homme qu'à une terre. La chanson est une déclaration d'amour à un continent rêvé, vu depuis l'Europe : la chanteuse ne décrit pas l'Afrique, elle dit son désir d'y être. Notre article sur le djembé et son histoire raconte d'où viennent ces tambours.

« Africa » a-t-elle été accusée de plagiat ?
Non, pas à notre connaissance. Aucune source sérieuse, ni presse ni décision de justice, ne fait état d'une accusation de plagiat contre la chanson. Une confusion est possible avec le « Africa » du groupe américain Toto, sorti la même année, en 1982. Les deux chansons n'ont pourtant ni la même mélodie ni les mêmes auteurs.
La vraie critique est ailleurs. Avec ses sorciers, ses tam-tams et ses cases, le texte aligne des images toutes faites de l'Afrique, et certains l'ont jugé raciste. D'autres y lisent l'inverse : une Européenne qui choisit ce continent, comme le dit un vers, « Parfum de magie sur ma peau blanche de femme ». La question rappelle le débat autour d'un autre tube de la même décennie, « L'Aziza » de Balavoine.
Qui l'a reprise depuis 1983 ?
Ingrid Peters en enregistre une version allemande dès 1983. En mars 2018, Julien Doré la reprend en duo avec Dick Rivers sur son album Vous & moi. Quelques semaines plus tard, dans la nuit du 29 au 30 avril 2018, Rose Laurens meurt des suites d'une longue maladie ; son compagnon l'annonce à l'AFP.
Réécoutez « Africa » en suivant ce « toi » d'un couplet à l'autre : on y entend une femme qui s'invente un ailleurs, dans une chanson que nous chantons encore sans l'écouter. Pour d'autres tubes qui ne disent pas ce qu'on croit, lisez notre article sur ces tubes disco qui cachaient une critique sociale.


